Chicago Bulls : un été décisif pour le futur de la franchise

par Lukas Folkowski

Trop bon pour être mauvais mais trop mauvais pour être bon, tel pourrait être la devise des Bulls cette saison. Alors que ces cadres vieillissent et que leurs jeunes ne se développent pas aussi bien qu’imaginer, Chicago va devoir prendre des décisions franches afin de pouvoir trouver une éclaircie dans ce brouillard tenace. 

Un échec collectif 

Pour tout fan de basketball, la saison des Bulls a été très compliquée à suivre. L’équipe n’a en effet jamais réussi à répondre aux attentes qui leur étaient fixées, à savoir se qualifier directement pour les playoffs. Malgré un public rallié à sa cause (1er en attendance), il n’y a jamais eu de réel engouement à propos des Taureaux. 

Les Bulls ne possédaient que la 24e meilleure attaque de la ligue alors qu’ils avaient dans leur rang de nombreux joueurs giftés offensivement. Cela s’explique par cette volonté de miser sur le shoot à mi-distance, qui est pourtant reconnue comme étant le tir le moins rémunérateur. 

En effet, Chicago était l’équipe qui tentait le plus de long mid-range dans toute la ligue pour une efficacité très bonne (5eà 44,8 %), mais loin d’être suffisante. Ce constat s’applique plus généralement pour le tir à mi-distance, où la team était 5e en termes de fréquence (35,2 %) et 6e au pourcentage de réussite (45,6 %). 

Sauf que dans les secteurs les plus rémunérateurs, les Bulls ont trusté parmi les mauvais élèves. On pense notamment au nombre de tirs lointains tentés (30e avec 28,9 tentatives), avec une réussite qui n’était pas suffisante pour pallier à ce faible volume (16e à 36,1 %). 

Le manque d’agressivité des Bulls a également été l’une de leurs principales faiblesses en attaque. L’équipe privilégiait souvent le jeu en périphérie, sans être assez inquiétante proche du cercle. Ce n’est donc pas étonnant si la franchise n’était que 26e en termes de lancers-francs tentés. On peut également souligner le fait que l’équipe ne jouait pas assez vite pour s’offrir des paniers faciles en transition. 

Néanmoins, et grâce à leur défense élite, les Bulls sont parvenus à accrocher le play-in. C’est de ce côté-là du terrain que l’équipe a surpris de nombreux spécialistes, car les joueurs majeurs ne sont pas reconnus pour leurs exploits défensifs. 

C’est en réalité grâce à ses efforts collectifs que Chicago est parvenu à être la 5e meilleure défense de la ligue. Le coach Billy Donnovan a notamment misé sur une protection de son secteur intérieur — quitte à concéder des shoots extérieurs — pour encaisser le moins de points possible. 

Chicago défendait notamment en drop en raison du manque de mobilité de ses intérieurs. Cependant, les joueurs qui n’étaient pas impliqués dans l’action continuaient de rester actifs. On a notamment vu à de nombreuses reprises des défenses agressives sur le porteur de balle malgré le drop grâce à cette défense collective. 


Après un panier sur LeBron James, Patrick Beverley se permet de chambrer son ancien coéquipier. C’est l’une des images fortes de la saison maussade des Bulls. – Photo : Kevork Djansezian / Getty Images

L’arrivée de Patrick Beverley en cours de saison a permis à l’équipe de retrouver ce joueur qui leur manquait cette année : un combo guard 3&D capable de proposer une défense intense sur le meilleur arrière adverse tout en évoluant sans ballon en attaque. Il a ainsi repris une partie de ce que pouvait faire Lonzo Ball avant que ce dernier ne se blesse en janvier 2022. 

Cette arrivée a été l’une des rares éclaircies dans la saison maussade des Bulls. L’équipe a remporté 59 % de ses rencontres avec lui, contre 45 % en son absence. On retiendra la belle victoire contre les Los Angeles Lakers le 26 mars en prime time européen avec un Pat Bev chambreur à l’égard de son ancienne franchise, et notamment LeBron James

C’est donc avec un bilan peu reluisant de 40 victoires pour 42 défaites que les Bulls sont parvenus à accrocher le 10e spot qualificatif pour le play-in. Grâce à un Zach Lavine des grands soirs (39 points), Chicago a réussi à s’imposer à Toronto, avant de succomber face au collectif de Miami. 

Cette dernière défaite a été à l’image de la saison de Chicago : une équipe irrégulière capable de dominer la majeure partie d’une rencontre avant de sombrer inexplicablement dans le clutch. 

Des jeunes qui tardent à éclore

La franchise de l’Illinois compte dans ses rangs de nombreux jeunes avec un potentiel plus ou moins intéressant. Néanmoins ces derniers semblent avoir beaucoup de difficultés à se développer au sein du système de Billy Donovan. 

Celui qui illustre le mieux cela est Patrick Williams. L’ailier drafté en 4e position dans la cuvée 2020 peine à concrétiser les espoirs placés en lui au moment de sa sélection. Il montre en effet quelques progrès dans certains secteurs du jeu, notamment dans sa défense sur l’homme où il était déjà très fort, me cela reste encore insuffisant. 

Il est un joueur qui est aujourd’hui trop spectateur du jeu. En effet, ce dernier refuse de prendre les matchs à son compte, et préfère que la balle vienne à lui plutôt que l’inverse. On le voit donc passer de nombreuses minutes dans les corners à attendre de recevoir la balle (41,5 % à trois points dont 46 % dans les corners).

C’est son manque d’agressivité qui l’empêche de montrer l’étendue de son talent, car « P-Will » est capable de réaliser des performances intéressantes quand ils décident de prendre les initiatives. Cela a notamment été le cas contre Dallas en fin de saison (23 points, 8 rebonds, 2 steals, 2 blocks à 9/18). 

Les flashs que l’on voit de lui sont bien évidemment séduisants, mais ils sont aujourd’hui insuffisants pour un joueur de son niveau. C’est donc pour cette raison qu’il a perdu son statut de titulaire sur la fin de saison au profit d’Alex Caruso, préféré pour son énergie qu’il apporte sur le parquet. 

Malgré une bonne saison statistique (10,2 points, 4,0 rebonds), Patrick Williams va devoir se montrer plus agressif s’il veut confirmer les espoirs placés en lui au moment de sa Draft. – Photo : Michael Reaves / Getty Images

Ayo Dosumnu, quant à lui, a eu beaucoup plus de mal à confirmer les espoirs entrevus au cours de son année rookie. Passé l’effet de surprise, les défenses se sont adaptées à son jeu sans ballon en lui laissant notamment moins d’espace pour sanctionner de loin. Il a également montré quelques limites au playmaking alors même que l’absence de Lonzo Ball aurait dû lui permettre de s’affirmer un peu en tant que titulaire. 

L’un des principaux problèmes dans la saison du sophomore réside dans le fait qu’il n’a pas montré de vrais progrès par rapport à son exercice rookie. Cela pose forcément des questions sur le plafond du joueur sélectionné en 38e position, même si à terme il pourrait faire une carrière en tant que rôle player chez un contender.

La déception liée à Dosumnu contraste avec la saison que vient de réaliser Coby White. Ce dernier, après avoir longtemps été essayé en tant que meneur titulaire, s’est affirmé cette saison comme un super 6e homme capable de mettre le feu aux défenses adverse. Même s’il a fait sa moins bonne saison en carrière d’un point de vue statistique (9.7 points, 2.8 assists), il a été un élément essentiel pour la qualification au play-in. Il a notamment réalisé une deuxième partie de saison solide (11,6 points, 3,9 assists à partir de février). 

Bien évidemment on peut être déçu de son évolution compte tenu de sa sélection à la Draft (7e en 2019), et des nombreux joueurs au même poste sélectionné après lui, comme Tyler Herro (13e) ou Jordan Poole (28e). Il semble cependant avoir enfin trouvé son rôle dans la grande ligue, lui qui déclarait en avril qu’Il y a « plus de maturité dans mon jeu », précisant que « Je continue de travailler sur mon leadership, la création, et tous les aspects du jeu d’un meneur ». 

Dalen Terry quant à lui n’a pas eu de réelles occasions pour montrer tout son potentiel (6 minutes de moyenne en 38 rencontres) malgré quelques flashs intéressants. Cela a notamment été le cas contre Milwaukee en février où il a réalisé une performance complète en compilant 13 points, 7 rebonds et 6 passes en 27 minutes.

Une double timeline problématique 

La franchise a décidé de miser ces dernières années sur des joueurs performants tout de suite afin d’avoir des résultats sportifs immédiats. Sauf que ces ajustements sont bien trop insuffisants pour espérer être une place forte de l’est. 

L’exemple parfait qui illustre cela est l’arrivée de Nikola Vucevic à la Trade Deadline en février 2020. L’intérieur a été obtenu en échange de Wendell Carter Jr (15,2 points, 8,7 rebonds cette saison) et de deux first round pick qui sont devenus Franz Wagner (18,6 points cette année) et le 11e choix de la draft à venir. 

Certes le monténégrin continue d’afficher un niveau intéressant (17,6 points, 11,0 rebonds à 52,0 %) accompagné de quelques progrès défensifs, mais cela reste tout de même insuffisant. Son arrivée n’a pas réellement permis à l’équipe de passer un cap, qui a en échange « hypothéquer » une partie de son avenir sur un joueur qui n’est que 3e dans la hiérarchie. 

L’intérieur qui va fêter ces 33 ans le 24 octobre prochain est d’ailleurs unrestricted free agent cet été, ce qui signifie qu’il pourra rejoindre l’équipe qu’il souhaite. Les Bulls paraissent être actuellement en bonne position pour le resigner, mais il n’est pas certain qu’il soit encore dans l’Illinois à la reprise. 

Demar DeRozan (à gauche) et Nikola Vucevic (à droite) sont des éléments majeurs des Bulls. Néanmoins, n’auraient-ils pas mis le feu à l’avenir de la franchise ? – Photo : Michael Reaves / Getty Images

A contrario, Demar DeRozan a été une véritable surprise. Signé via sign-and-trade à l’été 2021, il avait réalisé l’année dernière la meilleure saison de sa carrière (27,9 points, 5,2 rebonds, 4,9 passes). Il avait notamment porté à de nombreuses reprises à bout de bras ces taureaux pour leur permettre de retrouver la post-season.

Mais la saison 2022-23 a été une sorte de redescente sur terre pour l’arrière originaire de Californie. Il a affiché un niveau proche de ce qu’il avait montré jusqu’ici dans sa carrière (24,5 points, 4,6 rebonds, 5,1 passes) en restant tout de même l’un des meilleurs joueurs à son poste. 

Son jeu anachronique — basé principalement sur le mi-distance (69 % de ses tentatives l’année dernière) — ne semble pas suffisant pour permettre à Chicago de trôner en haut de l’Est. Et alors qu’il aura 34 ans le 7 août prochain, il paraît compliqué de voir une réelle évolution dans son jeu. 

On remarque donc immédiatement qu’il n’a pas les épaules pour être le franchise player qui emmène loin sa team en playoffs. Et on touche là un des problèmes principaux de l’effectif des Bulls, puisqu’aucun joueur ne semble en mesure d’assumer ce rôle.

Et Zach Lavine n’y fait pas exception. 

Est-ce que Chicago peut gagner avec Zach Lavine ? 

Arrivé dans la Grande Ligue en 2014, l’arrière n’a fait que progresser pour devenir aujourd’hui un des meilleurs joueurs à son poste. On a ici affaire à l’un des meilleurs scoreurs de la ligue en raison de sa capacité à sanctionner les défenses aux trois niveaux. 

Depuis son retour de blessure en 2018, il tourne à 25,1 points de moyenne à 47,7 % au tir, alors qu’il prend énormément de tirs compliqués. Il a par ailleurs progressé sur son tir lointain pour être aujourd’hui une menace sérieuse derrière la ligne en tournant à 38,8 % de réussite sur 7,1 tentatives par rencontre sur la même période. 

Il est le type de joueur capable de prendre feu au shoot à tout moment pour scorer dans toutes les positions qui existent. On se souvient notamment de son coup de chaud contre Charlotte il y a quelques années (49 points à 13/17 de loin) qui avait permis à Chicago de remporter la rencontre grâce à un money time d’anthologie.

Mais malgré quelques progrès dans le playmaking, il n’est pas un joueur qui est capable de faire tourner une attaque par lui-même. Ces choix offensifs peuvent en effet soulever de nombreuses interrogations, surtout quand il décide de s’entêter à sanctionner par son shoot lointain. 

Sur le début de la saison 2022-23, il n’était que l’ombre de lui-même. Certes les statistiques étaient loin d’être alarmantes, mais il était trop dépendant de sa réussite aux tirs. Bien évidemment le joueur revenait de son opération réalisée durant l’été, ce qui pouvait expliquer ce manque d’attaque vers le cercle. Il est d’ailleurs monté en puissance à partir de janvier (26,4 points à 50,2 %), preuve qu’il reste un des meilleurs joueurs de la ligue à son poste malgré sa non-sélection pour le All-Star Game. 

L’ancien vainqueur de concours de dunk a réalisé une bonne saison individuelle (24,8 points, 4,5 rebonds, 4,2 passes), mais il n’est pas parvenu à qualifier son équipe en playoffs. – Photo : Icon Sportswire / Getty Images

Mais lorsque l’on pense à Zach Lavine, l’un des problèmes qu’on lui reproche est son manque d’investissement défensif. Certes il n’a jamais été reconnu comme un spécialiste pour lockdown ses adversaires, mais il doit s’investir davantage, car il a aujourd’hui un impact négatif pour son équipe (-0,7 de defensive box plus/minus). 

Son association avec DeRozan ne parait pas optimale puisque les deux ont des profils assez similaires malgré quelques différences notables — notamment sur leurs qualités aux tirs —. On est en effet en présence de deux scoreurs peu investis en défense et qui ont tous deux besoins du ballon en attaque pour faire des différences. 

On prend donc conscience que Zach Lavine est loin d’être un franchise player pour un contender au titre. Il est au mieux une 2nd — voir même une 3e option — d’une équipe qui se bat pour remporter le trophée Larry O’Brien puisque ce n’est pas vraiment un joueur all-around. Néanmoins, il a resigné aux Bulls l’été dernier au max pour un montant de 215 millions sur 5 ans, avec une player option à 49 millions sur la dernière année. 

Il est donc normal que son nom ait été évoqué à de nombreuses reprises dans des rumeurs de trade ces dernières semaines. On parle en effet ici d’un double-All Star de seulement 28 ans qui arrive dans les plus belles années de sa carrière. Il pourrait être une recrue intéressante pour des équipes en besoin de scoring pour passer un cap, comme les Knicks qui ont affiché quelques limites de ce côté-là du terrain durant les playoffs. 

Un propriétaire peu enclin à faire des dépenses

Le propriétaire de la franchise, Jerry Reinsdorf, est devenu au fil des années une personne détestée par la fanbase en raison de ces choix plus désastreux les uns que les autres. 

Arrivé à la tête de la franchise à l’été 1985 après avoir racheté l’équipe pour la modique somme de 9,2 millions de dollars, celui qui est alors le président de l’équipe de baseball de la ville — les White Sox — profite de la popularité grandissante de sa team pour réaliser d’immense bénéfice. 

La franchise était par exemple évaluée à 4,1 milliards de dollars en octobre 2022 selon Forbes. Nul doute que ce chiffre devrait être en réalité plus importants étant donné que les Charlotte Hornets ont été vendus pour environ 3 milliards de dollars il y a quelques semaines. 

Le problème réside dans le fait que Reinsdorf n’est pas un véritable fan de basketball, et qu’il préfère largement le baseball. Il expliquait qu’il serait prêt à échanger les titres des Bulls contre une victoire des White Sox aux World Series — ce qui est finalement arrivé en 2005 —. Il a par ailleurs déclaré en 2012 que « le basketball n’est qu’un jeu (tandis que) le baseball est une religion ». 

On comprend donc que les Bulls ont un propriétaire qui ne semble pas vraiment attaché à sa franchise. Mais le problème réside dans le fait que cette équipe continue encore aujourd’hui d’attirer les fans du monde entier et de vendre de nombreux produits dérivés. Cela profite directement à Reinsdorf, dont la fortune est estimée à environ 2,2 milliards de dollars. 

Ce dernier est notamment décrié pour sa volonté de mettre d’abord en avant l’aspect financier devant l’aspect sportif. Ce n’est donc pas étonnant que les Bulls n’aient que rarement été au-dessus de la luxury tax depuis l’arrivée du propriétaire. Le staff n’a d’ailleurs été que très rarement renouvelé afin de justement faire des économies, alors même qu’il a été décrié à de nombreuses reprises, notamment sur la gestion des blessures. 

Le duo « GarPax » — composé de Gar Forman et John Paxon — a longtemps été considéré comme le pire duo de GM de la ligue. Ces derniers sont restés 18 ans à la tête de la franchise, avant d’être remplacés en 2020 par Arturas Karnisovas. Ainsi, malgré son passé glorieux, Chicago peine à être considéré comme une franchise sérieuse.

L’équipe se retrouve à un moment charnière de son histoire et va devoir prendre des décisions fortes : viser un titre rapidement en investissant dans des joueurs d’un calibre supérieur, ou bien privilégier le développement de ses jeunes en se débarrassant de ses meilleurs joueurs. Rien n’est écrit dans le marbre, et nul doute que Chicago sera l’une des franchises à suivre le soir de la draft, et dans les semaines à venir. 

Photo : Chris Schwegler/Getty Images

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