Robert Sarver, propriétaire des Suns, suspendu par la NBA

par Benjamin Moubeche

La NBA a décidé de suspendre Robert Sarver, propriétaire des Suns et du Mercury, pendant un an pour ses agissements racistes, sexistes et toxiques envers ses employés. Il ne pourra pas, pendant cette période, travailler au sein de la franchise ou assister à des matchs. L’homme d’affaires écope également d’une amende de 10 millions de dollars — le montant maximum que peut imposer la ligue — et sera contraint de suivre un programme d’un an centré sur le respect et le comportement approprié sur le lieu de travail.

Robert Sarver Phoenix Suns
Robert Sarver, propriétaire des Suns et du Mercury de Phoenix, lors des Finales WNBA 2021. Photo : Christian Petersen/Getty Images

Ces mesures font suite à une enquête ouverte par la NBA en novembre 2021, suite à la publication d’un article d’ESPN révélant ses agissements. Menée par l’organisme indépendant Wachtell, Lipton, Rosen & Katz, l’enquête se base sur 320 entretiens individuels avec d’actuels et anciens employés des Suns ou du Mercury, ainsi que sur plus de 80 000 documents.

Pour quelles raisons Robert Sarver est-il suspendu ?

« Le niveau de misogynie et de racisme dépasse les bornes », témoignait l’un des co-propriétaires minoritaires de la franchise au mois de novembre. Dans l’article d’ESPN, plus de 70 employés des Suns décrivaient alors un lieu de travail toxique, parfois hostile, sous la direction de Sarver.

L’enquête de la NBA a confirmé que les agissements racistes de l’homme d’affaire. Pendant ses 18 ans dans l’organisation des Suns, il a notamment employé le « N-word » à au moins cinq reprises. Earl Watson, sur le banc de l’équipe de 2015 à 2017, se rappelle notamment l’avoir entendu dans le vestiaire des coachs.

Dans son communiqué, la ligue relève également la « conduite inéquitable envers les employés féminins » de Robert Sarver. Elle retient des « commentaires liées au sexe sur le lieu de travail », des « commentaires inappropriés sur l’apparence physique des employées et des autres femmes », ainsi que des actes inappropriés avec des employés masculins.

Le propriétaire des Suns aurait été particulièrement intrusif avec ses joueurs, son staff et ses employés, selon ESPN. Il leur aurait régulièrement posé des questions sur leur vie sexuelle et des éléments de vie privée en tenant des « propos insoutenables ». Le Français Elie Okobo fait partie des victimes de ces agissements.

Enfin, la NBA retient un traitement dégradant des employés, se traduisant essentiellement par des cris et des insultes. « Ça vous brise. Je suis dure à briser, et ça m’a brisé », dénonce une ancienne membre de l’organisation. « Cela a détruit ma vie. J’envisageais de me suicider », raconte une autre.

Plusieurs employés affirment avoir pris des antidépresseurs à cause de leurs problèmes sur leur lieu de travail. D’après un ancien membre des Ressources Humaines, il leur était demandé de ne pas adresser de plainte sur leur lieu de travail. Beaucoup ne supportaient plus ces conditions.

Plusieurs infractions évidentes au règles et politiques de la ligue, motifs de sanctions, qu’il avait initialement réfuté.

« Bien que je ne sois pas d’accord avec certains détails du rapport de la NBA, je voudrais m’excuser pour mes paroles et mes actions qui ont offensé nos employés. J’assume l’entière responsabilité de ce que j’ai fait. Je suis désolé d’avoir causé cette douleur, et ces erreurs de jugement ne sont pas représentatives de ma philosophie personnelle ou de mes valeurs. J’accepte les conséquences de la décision de la NBA. Ce moment est une opportunité pour moi de démontrer une capacité à apprendre et à grandir alors que nous continuons à construire une culture de travail où chaque employé se sent à l’aise et valorisé. »

Robert Sarver, en réaction à la décision de la NBA

Qu’implique cette sanction ?

Pour les raisons évoquées précédemment, Robert Sarver a été suspendu de l’organisation des Suns et du Mercury pour une année. Cela signifie qu’il n’aura plus le droit de se rendre aux matchs et entraînements de ses équipes, ou même d’être présent dans l’un des centres d’entraînement ou bureaux des deux franchises. Il ne pourra plus non plus représenter l’organisation publiquement ou, bien entendu, s’impliquer d’une quelconque manière dans sa gestion.

Pendant la durée de cette suspension, l’homme d’affaire devra valider un programme d’entraînement au respect et aux conduites appropriées en entreprise. Les 10 millions de dollars d’amende qu’il sera contraint de payer seront versées à des organisations engagées sur des problématiques de racisme et de discriminations de genre.

La sanction de Sarver reste relativement légère comparée à celle de Donald Sterling en 2014. L’ancien propriétaire des Clippers a été banni à vie de la ligue pour des commentaires racistes dans la sphère privée. Le comité de direction de la NBA l’avait alors forcé à vendre la franchise, une mesure bien plus radicale que dans le cas présent.

Quelle est la suite pour les Suns et le Mercury ?

Cette saison, les deux franchises sous la direction de Robert Sarver fonctionneront donc sans leur propriétaire principal. Le communiqué des Suns sur l’affaire n’indique pas dans quelles conditions il sera remplacé. La franchise insiste sur les changements qui ont déjà été opérés au sein de l’organisation et ceux qui le seront à l’avenir.

En juillet 2021, quelques mois avant la première enquête, l’organisation commençait déjà à se transformer. Les dirigeants avaient alors embauché un nouveau directeur des Ressources Humaines et plusieurs exécutifs, qui ont instauré des changements positifs depuis leur arrivée. Les employés des Suns et du Mercury disposent désormais d’une ligne directe pour signaler les mauvaises conduites, une équipe d’investigation interne, ainsi que de nouvelles politiques et de nouvelles mesures pour veiller à leur respect.

Sur le plan sportif, les deux équipes sont à un tournant de leur projet. Les Suns, qui ont re-signé Deandre Ayton pendant l’intersaison, espèrent jouer le titre la saison prochaine. Malgré les playoffs décevants du groupe de Phoenix, emmené par Chris Paul et Devin Booker, ils sont attendus parmi les favoris cette saison. En WNBA, du côté du Mercury, l’icône de la franchise Diana Taurasi envisage de prendre sa retraite, ce qui tournerait une page de l’histoire de toute la ligue féminine. Les enjeux sont immenses pour ces deux franchises.

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