Mo Bamba a-t-il encore un avenir à Orlando ? 

par Lukas Folkowski

Au moment de sa draft en 2018, le pivot issu de l’université de Texas était annoncé comme l’un des futurs freaks de la ligue. Du haut de ses 2,13 mètres et fort d’une envergure de 240 centimètres, il était prédestiné à devenir l’un des meilleurs joueurs défensifs. Sélectionné avec le 6e choix par le Orlando Magic, tout ne s’est pas passé comme prévu.

Victime d’une fracture de fatigue à la jambe gauche, Mo Bamba a connu des débuts compliqués. Il a pu jouer seulement 47 matchs lors de sa saison rookie. Avec la présence de Nikola Vucevic au même poste, il a eu un temps de jeu réduit en ne jouant que 16 minutes par match. Malgré le départ du Monténégrin, le temps de jeu de Mo n’a pas grimpé, la faute à des soucis physiques et un manque de régularité.

Évoluant au poste 5 au côté de Wendell Carter Jr — WCJ — l’année dernière, Bamba a connu une réelle progression statistique. Atteignant presque 11 points de moyenne, avec 8 rebonds et 1,7 contre par match, le tout à 38 % de loin. Il s’est imposé comme un titulaire indiscutable dans son équipe. Sauf que collectivement, la saison d’Orlando a été mauvaise avec seulement 22 victoires pour 60 défaites.

Le prototype parfait de l’intérieur moderne 

Tout d’abord, Mo Bamba est un pivot qui s’appuie énormément sur ses qualités athlétiques pour impacter une rencontre. Doté d’une bonne mobilité latérale, il peut défendre sur les extérieurs adverses. Cependant, c’est en défendant son cercle qu’il est le meilleur. Avec 118 contres distribués l’année dernière — soit le 5e plus haut total de la ligue — il s’est affirmé comme un défenseur élite sur cet aspect. En contrant 5,9 % des tirs adverses, il se situait à la 4e place, devant d’autres pivots reconnus pour leur défense tels que Rudy Gobert ou Evan Mobley.

Mo Bamba, un serial stopper ? – Photo : USA Today

Par ailleurs, il est capable d’étirer les défenses adverses grâce à son shoot extérieur. L’année dernière, il tournait à 38,1 % à trois points tout en en prenant 4 par matchs, soit 45,5 % de ces tirs.  Ayant une sélection de tir analytique, il prend très peu de shoots à mi-distance et se limite aux tirs qui rapportent le plus — à trois points et proche du cercle —. Il a ainsi un Effective Field Goal Percentage – adresse générale en ajustant le pourcentage à trois points – supérieur à la moyenne de la ligue (56,6 % contre 53,2 %). 

Sauf que rapidement, lorsque l’on regarde évoluer Mo Bamba, on constate qu’il n’est pas un attaquant à proprement parler. Encore fruste au niveau de la création, il se limite principalement à des catchs-and-shoot (72 % de ses tirs proviennent d’une passe). Parfois, il peut être frustrant, car il ne post-up que très peu et se repose trop sur son adresse extérieure. 

Son manque de poids lui fait défaut puisqu’avec « seulement » 105 kilos, il est difficile pour lui de défendre au poste les intérieurs adverses. Cela se traduit aux rebonds où il ne prend que 15% des rebonds lorsqu’il joue, soit le 26e meilleur pourcentage de la ligue derrière des joueurs tels que Mason Plumlee ou Bobby Portis.

Cependant, Mo Bamba est un joueur encore jeune. Agé de seulement 24 ans, sa progression est loin d’être terminée. Le problème réside avant tout dans le fait que sur le même poste, se trouve également un autre jeune prometteur : Wendell Carter. Jr.

Wendell Carter Jr ou Mo Bamba ?

WCJ est un intérieur de 208 cm pour 122 kilos capables d’évoluer à la fois au poste 4 et au poste 5. Doté d’un très bon QI basket, il sait lire les défenses afin de faire la bonne passe (15,4 % des paniers du Magic provenaient d’une passe de WCJ). Par ailleurs, il a su développer un solide shoot à mi-distance (46 % de réussite) qui laisse présager une augmentation de sa réussite de loin (32,7 % en n’en prenant 3,5 par matchs). 

Défensivement, il est un joueur qui sait faire les bonnes rotations afin de déjouer les attaques adverses. Il fait ainsi baisser le pourcentage de réussite de son adversaire de 3,0% lorsqu’il défend sur lui. Rebondeur sous-estimé, il a tourné cette saison à une moyenne de 10,5 prises par match, soit 18,5 % des rebonds lorsqu’il jouait.

Ainsi, le Magic se retrouve avec deux jeunes intérieurs préférant tous deux évoluer au poste de pivot. L’association des deux n’a d’ailleurs pas été des plus concluantes, puisqu’ils se sont gênés mutuellement lorsqu’ils étaient ensembles, ce qui a nui au collectif floridien.

Voici deux tableaux qui résument les chiffres d’Orlando avec la présence ou l’absence de ses jeunes pivots :

Avec Mo BambaSans Mo Bamba
Offensive rating Orlando103,8105,9
Defensive rating Orlando113,1113,2
Net rating-9,3-7,3
Avec Wendell Carter Jr.Sans Well Carter Jr.
Offensive rating Orlando106,9103,2
Defensive rating Orlando110,4115,5
Net rating-3,5-12,3

Au vu des chiffres dans ces deux tableaux, on constate que l’absence de WCJ a été beaucoup plus préjudiciable pour Orlando que l’absence de Bamba. Plus précisément, l’équipe se portait mieux lorsque Mo Bamba ne jouait pas. 

En effet, même si ces chiffres défensifs individuels évoqués plus haut sont excellents, ils ne permettent pas à son équipe d’être meilleure. Et offensivement, sa simple présence est davantage un poids qu’une véritable aide. 

À l’inverse, Orlando était meilleur offensivement et défensivement lorsque WCJ était sur le terrain. Pour valider ses propos, le +/- de WCJ (-3,5) était meilleur que celui de Mo Bamba (-10,0), ce qui tend à prouver que la présence du second n’était pas si importante que cela.  

Tous ces chiffres démontrent que l’année dernière, Wendell Carter Jr était un joueur plus valuable que Mo Bamba pour Orlando. Mais comme cela est souligné, c’est une tendance qui correspond à des faits passés, et l’arrivée de Paolo Banchero pourrait faire évoluer cela.

Bamba est-il le complément idéal de Banchero ?

Paolo Banchero est un ailier fort de 208 cm capable de tout faire sur un terrain. Avec un jeu de passes au-dessus de la moyenne, il peut aisément évoluer en tant que 2d ball handler. S’appuyant sur ses excellentes qualités athlétiques, il est également capable de sanctionner à mi-distance. Cependant, il n’est pas encore un shooter d’élite comme en témoigne son adresse à 3 points en NCAA (33,8 % avec beaucoup de tirs ouverts). De plus, il est encore trop irrégulier en défense pour apporter des garanties de ce côté-là du terrain. 

Sélectionné avec le first pick de cette année, il est vu comme l’avenir de la franchise. Ainsi, le front office devrait — va ? — construire autour de son joyau afin de l’exploiter au maximum.

Les premiers pas de Paolo Banchero avec le Magic, en Summer League 2022. – Photo : Ethan Miller / Getty Images

À première vue, il semblerait que Banchero feat très bien avec Mo Bamba. Les défauts de l’ancien Blue Devils seraient combler par les points forts de Mo Bamba, à savoir la défense et le shoot à longue distance. 

Mo Bamba pourrait alors parfaitement assumer ce rôle de défenseur. La saison dernière, le pourcentage de ses adversaires diminuaient lorsqu’ils étaient défendus par Mo (-2,3% à trois points et -4,9% à deux points). Avec le playmaking de Banchero, il aurait alors plus de shoots complètement ouverts. Exercice dans lequel il excellait l’année dernière en tournant à 39% de réussite sur les tirs à trois points en catchs-and-shoots. 

Pour autant, il ne faut pas sous-estimer WCJ puisque ce dernier est un joueur très intelligent capable de s’adapter à toutes les situations auxquelles il fait face. Grâce à son physique, il contient très bien les défenseurs intérieurs. En faisant diminuer de 11,2% le pourcentage de réussite proche du cercle, il a un bien meilleur pourcentage que Mo Bamba (-6,1%). Il serait ainsi plus à même de défendre les pivots adverses. 

Alors que tous les projecteurs seront braqués sur Banchero, WCJ pourra aisément évoluer sans ballon. Cette année, tandis qu’il n’avait que le 6e Usage Percentage – pourcentage des possessions de l’équipe utilisée par le joueur lorsqu’il est sur le terrain – de l’équipe (21,0 %), il avait pourtant le meilleur PER (18,4). Capable d’évoluer avec et sans la balle, il représente donc une seconde menace offensive crédible au côté de Banchero. 

Enfin, il ne faut pas oublier que le Magic devrait enregistrer le retour de Jonathan Isaac. Victime d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche dans la bulle de Disney, il n’a plus joué un match professionnel depuis deux ans. Pouvant évoluer sur les postes 3 et 4, on peut imaginer que sur certaines séquences, Banchero et lui soient associés afin d’avoir un lineup très mobile.

Mo Bamba peut-il partir ?

Mo Mamba au Magic, quatre saisons et puis s’en va ? – Photo : Jonathan Bachman / Getty Images

Mo Bamba se retrouve à une période charnière de sa carrière. Prolongé pour 21 millions sur deux ans — dont la deuxième année est en option —, il constitue une opportunité intéressante pour n’importe quelle équipe. En effet, avec un contrat n’étant pas cher sur une courte durée, il représente un pari peu risqué pour quiconque chercherait à l’obtenir. Il est certain que plusieurs franchises se positionneront sur son cas au moment de la trade deadline. 

Bien entendu, son destin est entre les mains de John Hammond, GM du Magic. Encore un joyau à polir, il est indéniable qu’il ne sera pas bradé. Pour le récupérer, il faudra sûrement échanger un joueur avec un choix de draft. 

Orlando en reconstruction, cela signifie que les résultats ne seront pas au cœur du projet du Magic. Le développement interne est le principal objectif de la saison à venir. Il aura la possibilité de rester à Orlando, mais cela ne sera pas facile pour lui puisqu’il devra faire face à une opposition âpre. 

En quatre années en Floride, Mo Bamba est passé de pièce majeure pour le futur à élément instable pour le présent. La concurrence est rude en NBA, et tout va très vite. Jamais mis dans les conditions idéales pour son développement, il a constamment dû s’adapter. Pour autant, il reste un joueur jeune qui possède encore une importante marge de progression. Nul doute que son avenir s’inscrira dans la Grande Ligue, à Orlando ou ailleurs.

Photo de couverture : Mike Ehrmann / Getty Images

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