Le transfert de Donovan Mitchell à Cleveland décrypté

par Lukas Folkowski

Un des feuilletons de l’été, peut-être le dernier, se termine enfin. D’après Adrian Wojnarowski d’ESPN, Donovan Mitchell est envoyé à Cleveland dans un trade impliquant pas moins de trois joueurs et cinq premiers tours de Draft.

Le récapitulatif du trade :

Cleveland Cavaliers

  • Donovan Mitchell

Utah Jazz

  • Lauri Markkanen
  • Ochai Agbaji
  • Collin Sexton
  • 3 first round non-protégés (2025, 2027, 2029)
  • 2 first round swap (2026, 2028)

Le départ de Donovan Mitchell était-il inévitable ?

Après une nouvelle fin de saison collective décevante, Utah paraissait prêt à chambarder ses meubles. Cela ne s’est pas fait attendre puisque dès l’ouverture de la Free Agency, on apprenait que Rudy Gobert était tradé à Minnesota contre des jeunes et des picks de draft.

Forcément, les jours de Donovan Mitchell à Salt Lake City étaient comptés. De multiples équipes s’étaient positionnées sur son profil, mais une team avait l’air en pôle position pour obtenir les services de « Spida » : Les New York Knicks.

L’intérêt de l’équipe de la Big Apple pour Mitchell ne date pas d’hier. Depuis de nombreuses années, l’avenir des deux parties semblait lié, puisque l’arrière souhaite rejoindre un grand marché afin de développer sa propre image. 

Sauf que les pourparlers entre les deux franchises n’ont jamais abouti. New York a sans cesse décliné les demandes de Utah, à savoir obtenir au moins 3 first rounds non protégés, RJ Barrett et Quentin Grimes. En prolongeant « Broadway Barrett » en début de semaine, le front office New-Yorkais espérait tout de même continuer à discuter avec ses homologues de Utah pour obtenir Mitchell. Sauf que ce fut le point de non-retour. 

Ainsi, il ne restait plus qu’une seule équipe dans la course pour acquérir Mitchell : les Cleveland Cavaliers. Sortant d’une saison inattendue conclue par une élimination au Play-In, l’arrivée de Spida pourrait permettre à l’équipe de passer un cap.

Donovan Mitchell, un talent supplémentaire au service du collectif ? Photo : Alex Goodlett / Getty Images

En effet, Donovan Mitchell qui ayant bientôt 26 ans, a déjà été sélectionné à trois reprises au All-Star Game. Cela est totalement mérité au vu de son apport sur le parquet. On parle ici d’un joueur offensif possédant un bagage technique complet lui permettant de scorer comme bon lui semble. Depuis le début de sa carrière, il tourne à une jolie moyenne de 23,9 points à 44,1 % au tir dont 36,1 % de loin. Il est un joueur capable de prendre feu à tout moment grâce à son adresse et son sang-froid. Par exemple, il a réalisé une série exceptionnelle contre Denver en 2020 (36,3 points de moyenne) avec une pointe à 57 points, établissant la troisième plus grande marque dans l’histoire des playoffs. 

Il est donc un scoreur d’élite qui portait réellement Utah en attaque. L’année dernière, quand  il était sur le parquet, Utah inscrivait 117,6 points pour 100 possessions tandis que lorsqu’il n’était pas là, ce chiffre tombait à 111,7 points. 

Il a également progressé dans son playmaking pour dépasser les cinq passes décisives par matchs sur les deux précédentes saisons. Sauf que cela est encore trop insuffisant. Dans l’Utah, il n’est jamais parvenu à former un véritable duo complémentaire avec Rudy Gobert. L’année dernière, Mitchell ne faisait que deux passes par rencontre à son pivot, signe que les deux joueurs avaient du mal à cohabiter. 

Par ailleurs, son manque d’investissement défensif lui a souvent été reproché, alors même que c’était un de ses points forts au moment de sa draft. L’année dernière, Utah encaissait 111,7 points pour 100 possessions quand Mitchell était sur le parquet, contre 105,2 lorsqu’il était sur le banc. 

Ainsi, aussi bon offensivement, il représente en défense un poids pour son équipe. Au cours des derniers playoffs, alors qu’il était en difficultés en attaque (25,5 points, mais à 39,8 % dont 20,8 % de loin), il n’a pas réussi à step-up défensivement et s’est fait dominer par Jalen Brunson (27,8 points à 48,4 %). 

Donovan Mitchell n’est peut-être pas un franchise player capable de conduire son équipe jusqu’au titre. Pour autant, il reste un joueur formidable qui pourrait permettre à Cleveland de s’améliorer. 

Cleveland devient-il un prétendant sérieux à l’Est ?

Dans l’Ohio, Mitchell sera associé à Darius Garland sur le backourt. 

Le meneur des Cavs sort d’une excellente saison (21,7 points, 8,6 passes) récompensée par une sélection au All-Star Game. Capable de shooter peu importe la distance, il est surtout reconnu pour son playmaking bien au-dessus de la moyenne, comme en témoigne ses 19 passes décisives contre Philadelphie l’année dernière. Du début à la fin, il a porté sur ses épaules l’attaque de Cleveland.

Sauf qu’en Play-in, il est apparu émoussé physiquement, et les défenses se sont focalisées sur lui afin de faire déjouer Cleveland (27,5 points à 43,1 % dont 30,8 % de loin et 5,5 ballons perdus). 

Par conséquent, l’arrivée de Donovan Mitchell va lui permettre d’être soulagé en attaque puisque le jeu ne reposera plus uniquement sur ses épaules. Il aura ainsi plus d’espace pour pouvoir scorer grâce à son adresse longue distance (38,8 % sur les deux dernières saisons). 

Cependant, l’association des deux joueurs peut poser des questions dans l’animation offensive puisqu’ils devront tous deux apprendre à évoluer sans ballons. L’année dernière, Garland affichait un Usage Percentage de 28,1 % tandis que Mitchell atteignait 33,1 %, soit la 5ème plus grosse moyenne de la ligue.

De plus, leur association défensive pose problème. En effet, avec deux joueurs de 185cm, Cleveland se retrouve avec un backcourt de petite taille. Les mismatchs seront alors nombreuses, et J. B. Bickerstaff — coach de l’équipe — devra se montrer ingénieux pour compenser ce déficit physique.

Heureusement pour les Cavs, ils comptent dans leurs rangs de multiples défenseurs intérieurs excellents, en la personne de Evan Mobley et Jarrett Allen. Ce n’est pas pour rien que Cleveland possédait le 7e meilleur rating défensif. De plus, avec Isaac Okoro et Lamar Stevens sur les ailes, les 3&D de l’Ohio pourront soulager leur backcourt.

Evan Mobley, Darius Garland et Jarrett Allen, les trois jeunes mousquetaires accueillent un nouvel équipier de premier choix ! Photo : Jason Miller / Getty Images 

Ainsi, la venue de Donovan Mitchell semble corriger un des défauts majeurs des Cavs l’année dernière, à savoir l’animation offensive, sans que cela soit trop contraignant défensivement.

Son arrivée pourrait alors permettre à cette franchise de passer un cap : enfin franchir un — des ? — tour de playoffs. Cleveland n’a plus dépassé le 1er tour sans LeBron James depuis 1998, et il est certain qu’avec l’arrivée de Mitchell, cela soit l’objectif premier.

La phase de reconstruction qui a fait suite au départ du King en 2018 est enfin terminée, et les Cavs compte désormais gagner. Avec son noyau de jeunes joueurs, Cleveland fait figure d’équipe ambitieuse qui pourrait dominer la conférence Est sur le long terme.

Utah a-t-il réussi son transfert ?

Au cours des six dernières saison, Utah a constamment réussi à se qualifier en playoffs. Pour autant, l’équipe n’est jamais parvenue à franchir les demi-finales de conférence Ouest. Ayant atteint un plafond de verre qu’ils ne parvenaient pas à briser, il était tout à fait prévisible que l’équipe des Rocheuses fasse table rase du passé. 

Comme a pu l’expliquer Jake Fischer, Utah voulait absolument obtenir de nombreux picks dans le trade de Mitchell. Cleveland est l’équipe qui présentait l’offre la plus alléchante pour eux puisqu’en plus des picks, le Jazz récupère Lauri Markkanen ainsi que Collin Sexton via sign-and-trade (72M/4 ans).

Après une saison tronquée par une blessure au ménisque gauche, Sexton aura à cœur de rappeler son niveau, lui qui tournait à 24,3 points de moyenne en 2020-2021. Âgé de seulement 23 ans, il possède une grande marge de progression et nul doute qu’il pourra s’épanouir au sein de cette équipe en reconstruction.

Danny Ainge, fidèle à ses principes, joue la musique de la reconstruction au Jazz. Photo : Omar Rawlings / Getty Images

Ainsi, en un été, Danny Ainge – GM de Utah depuis peu —, est parvenu à obtenir  7 premiers tours de drafts ainsi que 3 picks swaps et une ribambelle de jeunes joueurs à développer en échange de ses deux stars. 

C’est une stratégie qui a porté ses fruits dans le passé, comme en témoigne son expérience avec Boston conclue avec Jason Tatum et Jaylen Brown. Ainsi, Danny Ainge s’engage une nouvelle fois dans une opération de reconstruction, sauf que celle-ci n’est pas finie.

En effet, l’équipe compte dans ses rangs des joueurs importants qui ne rentrent pas dans la timeline de la franchise, à savoir Mike Conley, Bojan Bogdanovic, Jordan Clarkson et à moindre mesure Rudy Gay. Mais pour les équipes voulant les acquérir, il faudra sûrement proposer des picks et/ou des jeunes à potentiels. 

L’intersaison de Utah est donc loin d’être terminée, et il va être intéressant de voir quelle voie la franchise prendra dans sa reconstruction. Ce qui est certain, c’est que les dirigeants disposent de nombreux assets afin de ramener cette équipe au sommet des montagnes.

Photo de couverture : Jason Miller / Getty Images

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