Collin Sexton Cleveland Cavaliers

Comment la valeur de Collin Sexton s’est-elle effondrée ?

Du projet « Sexland » à une qualifying offer

par Florian Tixier

Il était une pièce centrale du projet futur des Cavaliers. Pourtant, principal Free Agent restant sur le marché, Collin Sexton n’a toujours pas signé de contrat NBA pour la prochaine saison. L’arrière formé à Alabama est victime d’une chute d’attention surprenante, et cela malgré des statistiques impressionnantes il y a encore peu de temps.

À sa sortie d’Alabama, Collin Sexton devient rapidement la pièce centrale du nouveau projet des Cavs post LeBron James. Avec son 8e choix lors de la Draft 2018, Cleveland jette son dévolu sur ce petit meneur féroce avec un jeu débordant de passion.

Grand bien leur en a pris. Après le départ du King vers les lumières de Los Angeles, Sexton produit une superbe première année dans l’Ohio. Avec 16 points et 3 passes de moyenne dans un environnement complexe, il s’impose dans la All-Rookie Second Team.

C’est lors de la Draft 2019 que les questions sur son avenir commencent à se multiplier. Avec le cinquième choix, les Cavs décident de sélectionner le génie offensif de Vanderbilt : Darius Garland. Koby Altman, nouveau président de la franchise, justifie son choix en expliquant vouloir former une paire d’arrières similaire à celle des Blazers, avec Damian Lillard et CJ McCollum.

« Collin a étudié Portland durant tous les playoffs. Il était genre : « Ça pourrait être nous » », assurait alors Altman, soutenu par ses joueurs. Le Front Office aurait même demandé la bénédiction de Sexton, afin d’éviter tout conflit futur. « Je pense que Collin et moi pouvons vraiment bien jouer ensemble », confirmait également Garland, confiant. « On a bien vu que Damian Lillard et CJ McCollum jouaient super bien ensemble en playoffs. L’avenir s’annonce radieux pour nous. »

Trois ans après, le projet est mort dans l’œuf.

Les deux guards ont pourtant eu leurs temps forts, surfant sur hype étiquetée « Sexland » grâce aux bons résultats du duo. Seulement, leurs problèmes défensifs et leur manque de complémentarité sautent aux yeux aujourd’hui.

Collin Sexton est un joueur capable de terminer une saison à plus de 24 points et 4 passes de moyenne. Certains joueurs ont été All-Star pour moins que ça. Il ne faut donc pas s’arrêter sur le faible intérêt qu’on lui porte… quoique plusieurs facteurs l’expliquent très bien.

Collin Sexton à Cleveland, stop ou encore ? Le meneur prometteur doit déjà envisager d’autres options. Photo : Vaughn Ridley / NBAE via Getty Images

Une blessure pour couper un élan positif

Onze petits matchs, c’est le total de rencontres jouées par l’arrière de Cleveland en 2021-22. La cause : une déchirure du ménisque survenue en novembre. L’adage nous dit qu’il vaut mieux être sur le terrain lorsqu’une équipe gagne et se construit. C’est l’inverse qui est arrivé à Collin Sexton.

Absent lors de la saison la plus excitante et victorieuse depuis le départ du King, il a manqué le train. Il n’a pas eu la chance de contribuer à l’installation d’un nouveau modèle et d’une forte identité chez les jeunes Cavaliers. Depuis sa saison faste 2020-21, les cartes ont été redistribuées. L’avenir de l’Ohio est désormais entre les mains du trio Garland-Mobley-Allen.

C’est la principale cause de la réticence de la franchise à garder Sexton. Surtout maintenant qu’elle a complété ses lignes arrières avec le retour d’un Ricky Rubio fiable, le maintien de Caris LeVert, ainsi que la Draft d’Isaac Okoro, puis d’Ochai Agbaji.

Darius Garland, une concurrence démesurée

Pour Sexton, la principale barrière vers un gros contrat et un rôle prépondérant des Cavs se nomme Darius Garland.

La pépite de Cleveland a hérité du plus gros contrat de l’histoire de la franchise et surtout d’une étoile au All-Star Game 2022. Garland a prouvé son aptitude à porter son équipe, avec des statistiques brutes puis avancées pour en témoigner. Avec quasiment 22 points et 9 passes de moyenne dans une équipe du top 6 la majorité de la saison, il fait déjà partie du gratin de la ligue. Sexton a, quant à lui, disparu des conversations.

Darius Garland et Collin Sexton ne se complètent absolument pas. Ces deux profils ne dépassent pas le mètre 85. Il paraît impossible de les associer à long terme tant le mismatch défensif est criant. Il faut donc faire un choix du côté offensif.

Prenons pour cela la troisième saison de Sexton, sa meilleure. De l’autre côté, prenons la troisième saison de Garland, soit une très bonne campagne couronée d’un All-Star Game. Sur les statistques brutes, Collin Sexton marque trois points de plus, mais distribue presque cinq passes de moins. Cependant, il faut s’intéresser aux statistiques avancées pour réaliser le gouffre d’efficacité et de « talent » entre les deux joueurs.

Darius Garland a pris l’ascendant dans son duel interne pour le poste de meneur du projet Cavs. Photo : Todd Kirkland/Getty Images

Efficacité : Lors de sa troisième saison, Sexton a affiché un usage rate (pourcentage d’utilisation de la balle lorsqu’on est sur le terrain) de 30%. C’est deux points de plus que Garland, ce qui montre qu’il avait bien plus la balle dans les mains pour créer. Malgré tout, c’est bien le plus jeune des deux qui avait un PER (statistique faite pour quantifier l’efficacité) plus d’un point supérieur à celui de Sexton. Le calcul est pourtant connu pour surévaluer le scoring. Darius Garland a moins la gonfle entre les mains, mais crée plus d’occasions et avec un plus haut niveau d’efficacité.

Création : Mesurés à 1,85m, les deux doivent évoluer au poste 1 dans la NBA moderne. Une NBA où les mismatchs se multiplient, ce qui oblige le coach à avoir des garanties à la création. Et quand il faut donner la balle à l’un de ses « petits », c’est de nouveau Darius Garland qui se trouve nettement plus inspiré. Il distribue déjà plus de 4 passes supplémentaires par match. Mais il possède également un assist percentage (pourcentage de paniers de ses coéquipiers qui viennent de l’une de ses passes décisives quand il est sur le terrain) de 40% ! Sexton plafonne, quant à lui, à seulement 22%. Les deux ont pourtant le même pourcentage de perte de balles. Il y a des différences très marquées entre les deux hommes sur le plan du playmaking.

Shotmaking : On a vu ses highlights toute l’année. Darius Garland sait organiser l’attaque de l’équipe et trouver ses propres tirs. Alors que Sexton était la principale menace offensive de Cleveland, Garland a bousculé la hiérarchie . Il s’est révélé être un créateur exceptionnel et un shooter d’une rare précision. Ses 38,7% à trois points à 6,7 tentatives de moyenne sont de très bons standards. Il s’agit de 1,2% de réussite de plus que pour Sexton, sur 2,3 tentatives de plus par match.

Au-delà des chiffres, c’est bien par son profil taillé pour la ligue actuelle que Garland est préféré à Sexton. Créateur moderne, excellent sur pick-and-roll, capable de sanctionner derrière les écrans… il est dans la veine des Curry, Lillard ou Young, tandis que Sexton semble coincé entre deux postes.

Des demandes salariales irréalistes

Alors que Sexton s’attendait à un contrat maximum l’an dernier, l’offre qui est arrivée jusqu’à lui se situerait plutôt dans les 40 millions de dollars sur trois ans. Une proposition à peine plus élevée que les 13 millions de dollars la saison et qu’il avait refusé pour deux raisons.

Malgré sa blessure et la situation concurrentielle de Cleveland, Sexton reste un bon playmaker qui vaut plus que ce genre de contrats. Cependant, la franchise vient de prolonger Garland, a misé 100 millions de dollars sur Jarrett Allen et réfléchit déjà aux prolongations d’Evan Mobley et d’Isaac Okoro. Sexton n’est donc pas la priorité.

Son rôle pose également problème. Alors que son profil semble le pousser naturellement vers un rôle de sixième homme au gros temps de jeu, l’arrière ne semble pas prêt à l’accepter. Par son profil, Garland a besoin d’être entouré de 3 and D bien plus solides défensivement que Sexton. Cette direction explique les choix forts de Koby Altman lors des Drafts précédentes, avec les sélections d’Okoro et d’Agbaji pour l’entourer.

Quelles options pour Collin Sexton ?

Trois choix s’offrent désormais à Collin Sexton :

Accepter le contrat de Cleveland. Même si l’agence de Sexton a publiquement annoncé un refus, cette option n’est pas à écarter. Un contrat de trois ans lui permettrait de se remettre sans pression de sa blessure et de se relancer dans un groupe ambitieux. Il a une place dans cette équipe qui veut s’installer en Playoffs, dans un rôle où il peut contribuer et performer sur le plan statistique.

Sexton suivra-t-il l’exemple de Kyrie en allant jouer dans une autre franchise ? – Photo : David Liam Kyle/NBAE via Getty Images

Jouer ailleurs en acceptant l’offre d’une autre équipe. Cela n’en prend pas la direction, car seuls San Antonio et Indiana ont encore les fonds pour poser un contrat intéressant. Cependant, aucune opération ne semble sur le point d’arriver. Un sign-and-trade avec des équipes qui se réorganisent comme les Lakers ou le Jazz pourrait se faire, mais les options s’amenuisent.

Accepter la qualifying offer. C’est le scénario le plus probable pour l’arrière. Cela revient à accepter 7,2M pour devenir agent libre non restreint l’an prochain. L’idée serait alors profiter de son année pour se remettre de sa blessure et tenter d’exploser son salaire. C’est risqué, mais c’est le sens dans lequel on semble actuellement se diriger.

À Cleveland, Collin Sexton est passé de projet central à pièce non désirée en seulement 18 mois. Entre blessures et concurrence, la NBA va parfois si vite que des joueurs à la limite du All-Star Game peuvent rapidement disparaitre des radars. Sexton reste malgré tout un très bon arrière et il ne serait pas surprenant de le voir revenir au top dans les prochaines années.

Photo de couverture : Kent Smith/NBAE via Getty Images

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