Le Heat, une fin crève-coeur dans une saison pleine d’émotions

par Raphaël Delaveaux
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Après une saison régulière maîtrisée et une première place acquise (bilan de 53 victoires pour 29 défaites), le Heat s’est hissé en finale de conférence et n’a lâché qu’après 7 matchs face aux Celtics. Un Jimmy Butler Superstar en playoffs et dans la course au meilleur joueur de ces phases finales, un Tyler Herro auréolé de son premier trophée de 6e homme de l’année, un Bam Adebayo trop discret en Finales de conférence et le reste de l’effectif toujours au garde à vous comme de bons soldats floridiens (coucou Max Strus, Gabe Vincent, Victor Oladipo et les autres).

Le Miami Heat a des bases solide et peut, avec un an de plus passé ensemble, revenir plus fort la saison prochaine. Encore faudrait-il que l’effectif reste inchangé cet été, pour pourquoi pas viser un titre dès 2023 …

Jimmy fâché, Jimmy superstar

27,4 points, 7,4 rebonds et 4,6 passes décisives, ce sont bel et bien les stats de Jimmy Buckets sur ces playoffs 2021-22. Une hausse de 6 points par rapport à sa saison régulière, car quand c’est “gametime” et que les matchs comptent, il répond présent. L’ancien de Marquette a toujours aimé ces moments chauds et son niveau de jeu augmente considérablement. Il n’y a qu’à se rappeler de la Bulle en 2020 avec l’accession de la franchise floridienne en Finales, dans le sillage d’un Jimmy Butler au sommet de son art.

Face aux Hawks, l’ailier était tout simplement injouable, à 30,5 points, 7,8 rebonds et 4,8 passes décisives, à 54,3 (!) % aux tirs. Il réalise son deuxième meilleur match des playoffs dans le game 2, avec 45 points, 5 rebonds et 5 passes décisives à 15/25 aux tirs et 11/12 depuis la ligne de lancers. Le Heat ne laisse qu’un petit match aux Hawks avant de tranquillement filer au tour suivant pour y affronter leurs amis des Sixers. 

Face à son ancienne franchise, aucun cadeau. Même s’il démarre plus discrètement sa série au scoring (15 puis 22 points aux matchs 1 et 2), le Heat est bien en jambes collectivement : 25/12 pour Adebayo et 25/7 de Herro au game 1, 23 points pour Bam, 19 et 18 pour Oladipo et Herro au match 2. Paradoxalement sur cette série, le MIP 2015 réalise ses meilleurs matchs dans les 2 défaites de sa franchise, aux matchs 3 et 4 : 33 points, 10 rebonds, 54,5 % aux tirs et 40 points, à 13/20 aux shoots. L’ancien Sixer a sûrement voulu rappeler au Wells Fargo Center qui était le meilleur joueur de la franchise en 2019…

Après un gros blowout au match 5 (120-85, 23/9/6, 60 % au tir de Jimmy), l’occasion de terminer les 76ers chez eux était trop belle pour ne pas être saisie : résultat, 32 points, 8 rebonds et 4 passes décisives, un Harden limité à 11 points et 9 tirs tentés et un célèbre “Tobias Harris over me ?”, traduisez “Vous avez choisi de garder Tobias Harris à ma place ?”. Bye les Sixers, merci d’avoir participé, les finales de conférence arrivent.

Face aux Sivers, Jimmy Butler a donné quelques bons souvenirs à son ancien coéquipier Tobias Harris. – Photo : Miami Herald

Ce sont les terribles Celtics, tombeurs des Nets en 4 matchs puis des Bucks en 7, qui se dressent sur la route des finalistes 2020. Et le ton est donné dès le premier match par Jimmy Buckets, avec 41 points à 12/19 au tir, 9 rebonds, 5 passes décisives, 4 interceptions et 3 contres. Un cauchemar pour les adversaires, présent partout sur le terrain, l’ailier confirme dans le 2e match malgré la grosse victoire des Celtics, en scorant 29 points à 11/18 aux tirs.

Et là, le Jimmy qu’on connaît bien disparaît au profit d’un joueur peu agressif, pas impliqué et plus du tout le leader statistique et vocal du Heat. 8, 6 et 13 points aux 3 matchs suivants; 10 tirs rentrés sur 40 (25 %) en 3 matchs, et une seule victoire au match 4, arrachée grâce à un grand Bam Adebayo (31/10/6) et un bon P.J Tucker (17 points). Avant le match 6, le grand public pense que le Heat va sortir par la petite porte, mais la bête blessée se réveille.

Dans un TD Garden logiquement tout acquis à la cause des Celtics, le public va avoir le droit à une performance tout simplement All-Time. 47 points, dont 17 dans le dernier quart-temps, à 16/29 aux shoots, avec 9 rebonds, 8 passes et 4 interceptions. Tout simplement, Jimmy dépasse LeBron James (45) et Dwyane Wade (46) au nombre de points marqués dans un match à élimination de l’histoire du Heat. Ce soir-là, on a l’impression de revivre le 45/15/5 de LeBron face aux mêmes Celtes, il y a 10 ans de cela. Sur la lancée de ce match légendaire, le Miami Heat va jouer un match 7 à domicile pour aller en Finales NBA.

Le momentum est pour eux, Jimmy réalise un gros Game 7 (35 points et 9 rebonds) mais le Heat shoote mal (6/30 à 3 points), et seul Bam Adebayo surnage (25/11). Quand bien même, la franchise floridienne est à un trois point rentré en fin de match par Butler de se hisser en finale. Mais bon, le tir n’est pas rentré, les Celtics sont passés, et Jimmy part en vacances avec beaucoup de regrets sur certains coéquipiers.

Le Heat, avec son roster physique et complet, a manqué de peu les Finales NBA. – Photo : Reuters

Adebayo et Herro en demi-teinte, Kyle Lowry comme l’ombre de lui même

Avant de partir directement sur de la statistique pure, quand on regarde le Heat lors de ces playoffs, les lieutenants attitrés de Jimmy Butler au début de saison n’ont pas tenu leur rang aussi bien qu’il aurait fallu pour viser les finales.

Adebayo était moins tranchant, moins imposant alors qu’il est une bête physique rare, même dans une ligue comme la NBA. Tyler Herro a eu moins de coups de chauds, plus de bas que lors de la saison régulière et s’est blessé dans les matchs importants. Et Kyle Lowry a simplement disparu des radars, en faisant passer Gabe Vincent comme un élément indispensable à la mène du Heat pour gagner. 

Statistiquement, les 3 lieutenants ont tous nettement baissé leurs statistiques sur ces playoffs 2022. Pour le bras droit Bam Adebayo, bien qu’il ne soit pas un énorme scoreur, son apport offensif s’est drastiquement réduit, en passant de 19 à 15 points de moyenne, et de 10 à 8 rebonds par match. Moins tranchant, il donnait parfois l’impression d’un Draymond Green en attaque, comme un joueur dont on ne se soucie que très peu. Il n’a pas facilité la tâche à son franchise player, alors que le All-Star a montré lors des deux dernières saisons qu’il faisait partie de l’élite des intérieurs mondiaux. 

Tyler Herro, le sixth man of the year 2022, a montré de belles choses lors de cette postseason : 24 points face aux Hawks au Game 3, 25 points/7 passes face aux Sixers au match 1 et des performances à 18 points. Mais l’ancien de Kentucky a eu moins de coups de chaud, était moins dangereux pour les défenses adverses. Le tout s’est ressenti sur son temps de jeu, passé de 32,6 en saison régulière à 25,4 en playoffs.

À titre de comparaison, il marque moins que lors de ses playoffs de sa saison rookie (16 points par match). Pas une foudre de guerre en défense, si Tyler ne met pas dedans, il ne peut pas tenir sa place aussi longtemps. Lui qui a demandé à devenir titulaire la saison prochaine aura du pain sur la planche pour montrer qu’il a sa place parmi les meilleurs scoreurs/créateurs depuis les lignes arrières de la ligue. 

Bam Adebayo et Tyler Herro n’ont pas su apporter autant qu’il l’aurait fallu au Heat dans ses Playoffs. – Photo : Michael Reaves / Getty Images

Enfin, le champion NBA 2019 Kyle Lowry, signé à l’intersaison par Pat Riley pour apporter toute son expérience et ses qualités de passeur et de facilitateur, est celui qui a le plus baissé sa production entre sa saison régulière et ses playoffs. 13,4 points et 7,5 passes décisives sur 63 matchs disputés, la saison est gérée par Kyle pour se concentrer sur l’objectif du titre. Et là, patatra, les moyennes baissent, les blessures arrivent et le Heat ne peut plus compter sur son vétéran. 10 matchs joués sur les 18 de Miami, 2 matchs joués face à Philadelphie pour 3 points de moyenne et une série quasi-fantomatique contre les futurs finalistes des Celtics, Kyle Lowry n’y était pas.

Il réalise un seul vrai bon match dans sa campagne de playoffs, il aide bien Jimmy Butler lors de la grosse victoire floridienne au TD Garden lors du match 6 (18 points, 10 passes) ; mais au global, Lowry ce sont 7,8 points, 3,6 rebonds et 4,7 passes décisives, à seulement 29,1% au tir. Médiocre, il plombe malheureusement le Heat au pire des moments. 

Enfin, une petite mention à Duncan Robinson, qui est presque sorti de la rotation d’Erik Spoelstra, en passant de 10,9 à 5,6 points par match, et en ne disputant que 13 des 18 rencontres (pour 12 minutes par match). Tôlier de l’épopée dans la Bulle en 2020, le sniper devra se battre la saison prochaine pour retrouver son temps de jeu.

Oladipo, Strus et Vincent, des surprises dont seul le Heat a le secret

Seul le Miami Heat a ce secret pour développer ces joueurs, pour la plupart non-draftés, et en faire des soldats complets et utiles pour le collectif. Parmi les joueurs qui ont joué régulièrement lors de ces playoffs, 7 n’ont pas été choisi lors de la cérémonie. Un chiffre record, qui montre la stabilité de cette franchise.

Parmi eux, Max Strus et Gabe Vincent, le back-court souvent titulaire du Heat pendant ces playoffs, ont prouvé qu’ils avaient leur place aux sommets de la grande ligue. Strus, ce sont 18 matchs joués et 18 matchs en tant que titulaire, avec quelques beaux coups de chaud. 10,9 points, 4 rebonds et 2 passes avec de la bonne défense sur les extérieurs adverses, l’arrière a sécurisé sa place dans l’effectif de la franchise.

Son compatriote du back-court Gabe Vincent a tenu son rang comme un bon meneur solide. 8 points et 3,2 passes, on ne pouvait demander beaucoup plus à un joueur qui traînait encore en G-League il y a 2 saisons. Le seul reproche qu’on peut faire aux deux joueurs, c’est sûrement leur pourcentage au tir global pendant ces playoffs (37,4 pour Strus et 38,2% pour Vincent), mais au vu de toutes les blessures et des ajustements faits, ce sont les deux grosses satisfactions du Miami Heat cette saison.

Le rookie Evan Mobley défendu par Rob Williams, deux intérieurs au profil différent mais deux joueurs d’avenir pour leur franchise respective.

L’autre belle histoire de la saison floridienne, c’est la renaissance de Victor Oladipo. L’ancien arrière des Pacers, avec lesquels il a signé ses meilleures saisons en emmenant la franchise en playoffs (2x All-Star), s’est cassé la jambe début 2019 et est passé par Houston, avant d’arriver en Floride. Même s’il n’a pu jouer que 8 matchs de régulière cette saison, Vic s’est battu pour avoir sa place sur le terrain en playoffs, et a apporté lors des playoffs : 15 matchs, 10,6 points, deux performances à 23 points et les prémisses d’un solide retour en NBA pour Dipo. Reste encore à voir ce que l’arrière fera cet été.

Des mentions restent obligatoires pour P.J Tucker, qui a apporté sa défense et ses 3 points dans le corner, pour Caleb Martin et son énergie et pour tous ces joueurs qui ont apporté au Heat pendant la saison : Omer Yurtseven, Dewayne Dedmon et évidemment Udonis Haslem, qui veut rempiler pour une nouvelle saison au sein de la franchise.

Quel Heat la saison prochaine ? 

Saison terminée, et malgré les regrets du Game 7, durant lequel le Heat était à un trois-point de Jimmy Butler (ou de Max Strus, petit clin d’œil à son panier annulé) de se hisser une nouvelle fois en Finales NBA, la saison du Miami Heat est globalement une réussite. Ils n’étaient pas les favoris pour être dans les deux meilleures équipes de l’Est, mais l’expérience du front office et des coachs a permis de sublimer cet effectif.

Maintenant, à quoi va ressembler la franchise en 2022-23 ? Sous contrat, l’ossature principale du Heat est sécurisée :

  • Jimmy Butler, garanti jusqu’en 2024-25 (player option en 2025-26)
  • Bam Adebayo, garanti jusqu’en 2025-26
  • Kyle Lowry, jusqu’en 2023-24

Duncan Robinson, malgré le fait qu’il doive se relancer, est sous contrat jusqu’en 2025-26. Max Strus et Gabe Vincent ont un contrat au minimum (1,7/1,8 million de dollars) pour la saison prochaine, non garanti, et on ne peut imaginer que Pat Riley ne profite pas de ces joueurs à prix mini.

Ensuite, P.J Tucker a une player option à 7,3 millions et devrait l’exercer pour rester en Floride. Victor Oladipo, qui a signé au minimum pour relancer sa carrière, arrive en fin de contrat cet été, et rien n’a encore été dit concernant son avenir. Le reste du roster arrive en fin de contrat. Markieff Morris, qui n’a pas joué depuis son altercation avec Nikola Jokic en novembre, est aussi en fin de contrat et n’a pas donné d’informations.

Le Heat de 2022-23 conservera-t-il dans ses rangs et dans sa raquette PJ Tucker et Victor Oladipo ? – Brett Davis / USA Today

Cet été, le Heat saura utiliser son attractivité pour ramener des vétérans intelligents et capables d’apporter en playoffs. 10 joueurs sont sous contrat actuellement et la franchise va drafter en 27e position. Nul doute que Pat Riley va construire un effectif capable de retourner en Finales de Conférence avec ces 5 places disponibles dans le roster en prenant quelques agents-libres et des joueurs non-draftés.

Le Heat va continuer d’être dangereux en 2022-23. Forts d’un exercice maîtrisé et de playoffs magnifiques, les Floridiens ont la défense nécessaire pour aller loin et l’intelligence pour faire les bons ajustements. Jimmy Butler a encore quelques belles saison à nous proposer, Bam Adebayo et Kyle Lowry ne peuvent que mieux faire lors des prochains playoffs, Tyler Herro prétend à une place de titulaire et doit le prouver cet été, et les role players comme Gabe Vincent et Max Strus vont prendre de plus en plus de place.

Le Heat est séduisant pour les agents libres, et nul doute que pour gagner un titre, aller à Miami doit être dans la tête de plus d’un joueur qui voudra changer d’air cet été.

Photo by Michael Reaves / Getty Images

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