La défense intérieure des Celtics, un retour à la NBA de l’ancienne école ?

par Raphaël Delaveaux

C’est la fête dans le Massachusetts, les Celtics accèdent aux Finales NBA pour la première fois depuis 2010. Bien que leur attaque est un de leurs atouts forts, depuis le début de l’année 2022, les Boston Celtics possèdent la meilleure défense de la NBA. Et c’est sûrement la raison qui les a menés aussi haut. Et ce, tant visuellement que statistiquement, avec une première place au defensive rating (106.7 depuis le 1er Janvier).

Essentiels dans le succès de Boston, Al Horford et Robert Williams se sont bien trouvés dans une raquette celte longtemps questionnée. – Photo : Getty Images

Logiquement récompensés pour leurs efforts collectifs, le meneur Marcus Smart a raflé un titre de défenseur de l’année, une rareté pour un extérieur. Mais il ne faudrait pas oublier ce travail magnifique des intérieurs Celtes, Al Horford et Robert Williams III, qui ont protégé le cercle tout au long de la saison. Entre le retour au haut niveau de Big Al et l’émergence du TimeLord, les Warriors auront fort à faire pour marquer régulièrement dans la raquette de Boston. Alors, une rotation à deux vrais intérieurs, impeccable et appliquée défensivement, peut-elle permettre de ramener un titre, dans cette NBA toujours plus small-ballisée et de plus en plus rapide ? 

Dans le 5 majeur des Celtics, 2 tours jumelles comme dans les 90’s

Même si aucun des 2 intérieurs ne dépassent les 2m10, et donc ne sont pas des « 7 footers » (2,06 m, 6’9 pour les deux joueurs), l’intelligence de jeu, le sens du placement et du timing de Rob Williams et de Al Horford leur permettent de combler ce déficit de taille face aux intérieurs NBA. À titre de comparaison, les raquettes de quelques équipes dans ces playoffs comptent toujours un joueur plus petit ou moins imposant physiquement : Adebayo et Tucker (2,06 m et 1,96 m) au Heat, Green et Looney aux Warriors (1,98 m et 2,06 m), Powell et Finney-Smith aux Mavs (2,08 m et 2,01 m) … La seule raquette qui rivalisait physiquement, c’est celle des Milwaukee Bucks, avec Giannis et Brook Lopez (2,11 m et 2,13 m), mais leur jeu est radicalement différent des deux Celtics, avec des points marqués principalement à l’intérieur pour le Greek Freak et du shoot à 3 points pour BroLo. 

Le Buck Grayson Allen en grande difficulté face aux tours de contrôle des C’s. – Photo : Jim Davis / Globe Staff

Le modèle physique se rapproche de “twin towers”, mais dans le jeu, le duo d’intérieurs ne ressemble à personne d’autre :

Robert Williams III, c’est un pivot rebondeur, défenseur, protecteur de cercle en défense, et poseur d’écrans ainsi que finisseur de alley-oops en attaque. Un profil comme il en existe partout dans le monde du basket, à l’exception que le TimeLord possède une dimension athlétique rare. Quand il saute, il peut toucher les 17 bannières (bientôt 18, qui sait ?) du T.D Garden et attraper n’importe quelle passe en l’air. Il se place intelligemment des deux côtés du terrain et progresse chaque année, au point de devenir un élément central de la réussite de la franchise. Une nouvelle trouvaille du front office de Boston, à la draft, sélectionné en 27e position de la draft 2018.

Peu utilisé lors de ses deux premières saisons dans la ligue (8 puis 13 minutes de moyenne par match, 61 matchs joués en 2 ans) puis passé par la G-League, Rob a pu se développer pleinement au sein du collectif depuis la saison 2020-21. D’ailleurs, son potentiel défensif était déjà visible dès sa saison rookie, car même avec un temps de jeu limité, le TimeLord affichait des moyennes de 1,3 et 1,2 contre de moyenne, une véritable prouesse.

Al Horford, c’est un poste 4/5 complet, impactant dans tous les aspects du jeu. Un joueur intelligent, qui a un grand feeling pour le jeu. Propre, sans fioritures, Big Al attend que le jeu vienne à lui pour prendre la bonne décision collective. Après 15 saisons passées dans la grande ligue, le Dominicain a régalé les fans d’Atlanta, avec quatre sélections au All-Star Game, puis ceux de Boston (1x All-Star), pour ensuite passer par Philly et Oklahoma City, avant de revenir dans le Massachusetts. Et son impact se ressent dès la première saison de son retour. Il facilite le jeu Celte, en tant que bon passeur, joueur au poste solide, partenaire de pick and roll fiable et capable de poser le ballon à terre pour quelques drives vers le cercle. Il n’excelle pas dans une tâche particulière mais préfère être bon dans tous les secteurs du jeu.

Al Horford peut sortir les muscles. À l’image de ses Playoffs, son Game 1 des Finales a été très costaud.

Al Horford est le joueur dont un collectif a besoin pour aller loin. Alors oui, lors de ses précédents passages en postseason, peut-être qu’il a manqué de méchanceté, de ce petit plus qui fait les grands champions, mais l’ancien joueur de Florida en NCAA a passé ce cap cette année. Lui qui a échoué à plusieurs reprises en finales de conférence et qui détenait le triste record du plus grand nombre de matchs joués en playoffs sans atteindre les finales (141 matchs) va enfin goûter au graal de tout joueur de basket. Une récompense méritée pour un intérieur qui va bientôt passer la barre des 1000 matchs disputés en NBA.

Mais les Twin Towers de l’ancienne NBA étaient plus portées vers l’attaque, dans une ère où le scoring se passait majoritairement à l’intérieur. Olajuwon et Sampson (Hakeem est un formidable défenseur), Robinson et Duncan (même constat pour les deux) étaient des attaquants élite avec des moves au poste, une capacité incroyable sur pick and roll et un jeu offensif complet. Mais avec Rob&Al, ce sont des « facilitateurs » en attaque, qui ne sont pas sur le terrain pour marquer. La plupart du temps, ils sont soit la quatrième, soit la cinquième option offensive, mais très certainement la première ou seconde en défense. Remparts défensifs et défenseurs capables sur l’homme, ils peuvent contenir quelques drives des extérieurs sur des switchs défensifs, pour ensuite faire une bonne rotation et ne pas encaisser le panier. On ne devient pas la meilleure défense de la NBA sans des intérieurs polyvalents et capables dans plusieurs situations.

Les derniers rempart d’une défense de fer

Avant de continuer l’hommage aux intérieurs des Celtics, il faut saluer la rigueur défensive insufflée par Ime Udoka et son staff à tout l’effectif. Entre Marcus Smart récompensé du DPOY, Jaylen Brown toujours autant appliqué, la progression de Tatum, Grant Williams, Derrick White, Daniel Theis et les autres, le réservoir est grand pour embêter n’importe quelle attaque de NBA. Grâce à cela, en plus d’être le meilleur defensive rating de la saison régulière, à égalité avec les Warriors, les Celtics sont 2e au rating en playoffs (105,9), juste derrière les Bucks, qu’ils ont battu en demi-finale de conférence.

Aux côtés de Robert Williams, c’est tout un collectif à la philosophie défensive qui s’est mis au diapason dans les tâches ingrates « qui font gagner des titres ». – Photo by Adam Glanzman / Getty Images

Pour prendre un exemple très récent, regardons le game 1 des finales NBA. Après avoir pris en pleine tête le run du troisième quart-temps des Warriors (38 points encaissés), les Celtics se sont relevés de la plus belle des manières. Avec 12 points de retard à l’orée du dernier acte, ça sentait le roussi pour les Celtics, mais ils ont réussi à retourner la situation, en infligeant un terrible 40-16 (oui, 40 points sur le dernier quart-temps) aux Warriors.

Bien évidemment, l’attaque des C’s était au maximum de la réussite, avec un 15/22 aux tirs, dont 9/12 derrière l’arc, 11 passes décisives ; mais la défense a aussi permis de gagner ce match 1 à l’extérieur. Al Horford et Robert Williams se sont relayés (5 et 6 minutes dans la dernière période) pour fermer la boutique et permettre à leur équipe de prendre ce match 1, au combien important en Finales. Les Warriors sont limités à 7/17 aux tirs, 2/8 à trois-points et 4 pertes de balle, avec très certainement leur pire quart-temps des playoffs. Les profils des deux intérieurs des Celtics permettent ce relais dans les moments décisifs, si précieux dans des séries où le niveau est de plus en plus élevé.

Le début d’un retour à deux intérieurs en NBA ?

Si l’on sait que le basket européen apprécie toujours les postes 4 intérieurs, capables de jouer dos au panier, la NBA a entamé depuis quelques années une transition vers ces ailiers-forts très proches des ailiers, capables de tout faire avec un physique imposant. Al Horford, qui avait muté vers un jeu en tant que pivot avec Atlanta et son association avec Paul Millsap, est revenu sur ses pas et joue souvent en poste 4, avec Rob Williams à ses côtés. Encore un coup très malin de la part de Brad Stevens de ramener Big Al en provenance du Thunder cet été, et ce modèle qui a permis aux Celtics d’arriver en Finales NBA revient en force dans la grande ligue, et pourrait continuer dans les années futures.

Une des belles surprises des playoffs, les Grizzlies, ont ramené eux aussi un intérieur défensif dans leur frontcourt, en la personne de Steven Adams. L’association Steven Adams/Jaren Jackson Jr est une vraie réussite, grâce à la polyvalence de JJJ, leur capacité à protéger le cercle et à contenir leurs adversaires au poste. Leur première saison ensemble est très concluante, les Grizzlies ont terminé 2e de l’ouest et se sont battus en demi-finales face aux Warriors, sans Ja Morant. Une association entre un taulier, vétéran NBA avec déjà 9 saisons au compteur, et un jeune à fort potentiel, qui peut s’avérer payante à l’avenir.

Le rookie Evan Mobley défendu par Rob Williams, deux intérieurs au profil différent mais deux joueurs d’avenir pour leur franchise respective.

Un autre exemple, qui se développe doucement, vient des Cavs, avec Evan Mobley et Jarett Allen (et Lauri Markannen, 2,13 m, en poste 3). Deux défenseurs « élite », deux attaquants capables mais pas spécialistes, la comparaison avec Rob et Al ne peut que se faire, la taille en plus pour les twin towers de Cleveland. La réussite des Celtics doit sûrement rassurer Koby Altman sur ce modèle à deux intérieurs. Deux jeunes à potentiel, sous contrats pendant plusieurs années, l’avenir peut donner raison à la franchise de l’Ohio avec leurs deux big men.

Al Horford et Robert Williams III, ce sont les remparts des Celtics, qui permettent à la franchise de viser plus haut. Soldats de l’ombre, moins exposés médiatiquement que le duo Brown/Tatum et essentiels en défense, les intérieurs celtes, chacun dans leur domaine, ont un profil intéressant dans la NBA d’aujourd’hui.

Cette équipe des Celtics, qui bataille pour une bague qui serait la première depuis 2008, a permis l’émergence du TimeLord et la renaissance de Big Al. Dans une saison à deux faces, les C’s peuvent aller chercher le titre avec deux vrais intérieurs titulaires et importants dans la rotation, chose rare dans ces dernières années. Cette série de Finales risque d’être très intéressante, avec une opposition de style, entre Tall-ball et Small-ball.

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