Stephen Curry Steve Kerr Warriors

Dans la douleur, les Warriors ont regagné leur place au sommet

par Nicolas Deroualle

Il y a deux ans, les Dubs terminaient avec le pire bilan de la Conférence Ouest et de nombreuses incertitudes sur l’avenir. Mais aujourd’hui, les doutes ne sont plus. L’écurie Warriors s’est hissée au sommet de la ligue et se trouve à deux matchs de récupérer leur trône.

Tandis que Stephen Curry, Klay Thompson et Draymond Green caressent du bout des doigts un quatrième titre, retour sur les deux dernières années des Warriors marquées de drames, d’espoirs et, finalement, de succès.

Après un dunk en Finales, Klay retombe mal et, lui qui semblait indestructible, fait face à la plus grande blessure de sa carrière. Une rupture des ligaments croisés l’écarte alors des parquets pendant de longs mois. La rééducation semble bien se dérouler, l’arrière se prépare à disputer la saison, mais le 19 novembre 2020, tout bascule. Six jours plus tard, la nouvelle se confirme : Thompson souffre d’une rupture du tendon d’Achille.

Le temps se fige à San Francisco, l’impensable s’est produit. À une semaine de la reprise, Klay doit à nouveau subir une opération et passer par une longue rééducation qui le tiendra loin des terrains pour une seconde année consécutive.

« Pour moi, quand c’est arrivé, ça a été difficile à digérer pendant plusieurs mois. C’était dur », racontera-t-il plus tard à NBC Sports. « Je ne peux pas mentir, c’était très dur. En particulier la deuxième fois. La première fois, je l’ai accepté. On joue le titre, on a fait cinq finales consécutives, ce genre de choses arrive. La deuxième fois était juste complètement inattendue. C’était une semaine avant la saison. Je m’entrainais très dur depuis un an et demi. »

« Klay Day », c’est avec ces sept lettres que Stephen Curry poste, le 9 janvier 2022, une vidéo de son Splash Brother pour faire monter la hype. Pour cause, depuis plusieurs semaines, se profile le retour de Klay Thompson sur les parquets de la NBA. Cela fait alors exactement 941 jours que Curry, Thompson et Draymond Green ne se sont plus retrouvés en même temps sur un parquet. En plus de 900 jours, forcément, il s’en passe des choses, et on ne croit pas si bien dire.

2018—19 : Les maîtres de la NBA posent un genou à terre

La nouvelle est difficile à digérer pour les Warriors, mais le début de la saison approche et il faut mobiliser les troupes. Kevin Durant, qui a souffert d’une rupture du tendon d’Achille en Finales, est parti à Brooklyn pour relever un nouveau défi. Orphelins de leur double MVP, Curry et Green composent le cœur de l’équipe. Autour d’eux, l’effectif a été remodelé.

Au-delà de celui de KD, l’été a été marqué par les départs de DeMarcus Cousins, Shaun Livingston et Andre Iguodala notamment. Des pièces importantes lors du run de Golden State en Finales. Le front office décide alors de miser sur la jeunesse.

La franchise accueille alors Marquese Chriss, Eric Paschall, Willie Cauley-Stein et un jeune du nom de Jordan Poole, numéro 28 de la draft. Surtout, les Warriors font venir D’Angelo Russell pour tenter de pallier au mieux l’absence de Klay Thompson sur le backcourt. Sur le papier, l’effectif semble plutôt compétitif pour tenter d’accrocher une place en playoffs.

Les Dubs entament alors la saison 2020-21 avec un Big Three par intérim. Curry, Green et Russell se retrouvent au centre du jeu du coach Steve Kerr. Malheureusement, le premier match n’est qu’un présage de cette saison moribonde pour les guerriers. Défaite de 19 points face aux Clippers de Kawhi Leonard. La deuxième confrontation est à l’image de la première, compliquée. Le talent manque sur le parquet.

Klay Thompson, blessé, seul sur le banc. Photo : Ezra Shaw/Getty Images

Un match plus tard, Golden State accueille Phoenix. Très vite, l’adversaire prend le match à son compte avec 43 points au premier quart-temps tout en profitant d’un Stephen Curry assez maladroit (3-11). Kerr donne alors les clefs à son meneur pour faire parler ses talents de scoreur et réduire l’écart. Seulement, voilà que sur une possession anodine, Curry vient se heurter au colosse Aron Baynes et chute lourdement sur le parquet. Son poignet se tord alors contre le parquet, sous le poids du pivot.

Silence dans l’Oracle. Le visage de la franchise reste à terre, s’accrochant fermement à son poignet gauche. Se produit alors la dernière chose dont les Warriors ont besoin, le double MVP sort du terrain en mordant son maillot. Il sait alors que c’est du sérieux. Scénario cauchemar, le sort s’acharne sur les Warriors. Après la perte de Klay, Curry se blesse et est écarté des terrains. 

Le cœur n’y est plus pour chez les Dubs. C’est la déprime et même Kerr semble démotivé alors que la saison vient à peine de débuter. Les séries de défaites et les blessures s’enchaînent. Russell manque un grand nombre de matchs, Green souffre de problèmes au dos. Malgré les efforts de leurs jeunes, les Warriors subissent la saison.

Après un exercice à 50 défaites et une pandémie, Golden State savoure son intersaison. Curry et Green en profitent pour guérir, le front office, qui a récupéré le 2e choix de la draft, sélectionnent James Wiseman pour renforcer le secteur intérieur.

2020—21 : Une saison sans enjeux, qui pose les prémices

Transféré en milieu de saison précédente, D’Angelo Russell n’est plus là. Il a été remplacé par Andrew Wiggins, qui prend le poste d’ailier. Les Warriors s’attachent également les services de Kelly Oubre Jr pour sa dimension athlétique et son shoot extérieur.

Cette saison sera celle de Stephen Curry. Si la saison 2015-16 est un heat check sur 82 matchs, la saison 2020-2021 n’en est pas très loin en termes de folie au scoring. Le chef est en feu et il prouve à la ligue qu’il est loin d’être fini. Au bout de six matchs, il s’octroie même le luxe de battre son record en carrière avec 62 points sur la tête des Blazers.

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Stephen Curry, arrosé par Damion Lee après ses 62 points contre Portland. Photo : Ezra Shaw/Getty Images

Golden State fait partie des surprises de la saison. Personne n’aurait parié sur eux avant le début de l’exercice, avec la nouvelle absence de Thompson. Pourtant, Steve Kerr et ses hommes montrent une belle combativité. Le chef est bien épaulé par Wiggins, qui explose enfin et devient l’un des meilleurs two way players de la ligue. Il peut aussi compter sur Jordan Poole, qui poursuit sa progression, ainsi que les jeunes Wiseman et Oubre.

Les Dubs terminent un bilan de 39 victoires pour 33 défaites. Ils manquent — de peu — les playoffs après un match de play-in tournament irrespirable face aux Lakers d’un LeBron James très clutch. Qu’importe, c’est une saison plus qu’encourageante pour la franchise qui prouve encore une fois qu’il faudra compter sur elle l’année suivante.

2021—2022 : le retour au sommet

À l’été 2021, le mot d’ordre est la continuité. On garde les mêmes et on recommence. On récupère un ancien de la maison en la personne d’Andre Iguodala, qui semble avoir retrouvé ses cannes. Surtout, tout le monde le sait : cette saison, Klay Thompson sera de retour.

Le fameux 9 janvier 2022 est donc le « Klay Day ». Les Warriors affichent un bilan de 29 victoires pour seulement 9 défaites avant le retour de leur arrière. Avec le comeback anticipé de Thompson, ils figurent parmi les favoris de l’Ouest.

Dans une Chase Center en fusion, le speaker des Dubs cite bien le nom de Klay Thompson parmi les joueurs qui figurent dans le cinq de départ. Le match débute et il règne comme un air de 2015 sur le parquet. Klay, Dray et Steph sont alignés tous les trois. Pour son retour, le numéro 11 de Golden State se montre très offensif en attaquant le cercle, en se créant ses shoots et surtout en marquant un énorme dunk pour faire exploser la salle. Au final, il jouera 32 matchs sur cette saison.

Klay Thompson se préparant à disputer son premier match depuis plus de deux ans, le 9 janvier 2022. Photo : Jed Jacobsohn/NBAE via Getty Images

Pendant son absence, le formidable centre de formation qu’est la franchise californienne a encore une fois révélé de nouveaux talents. Issu de la Draft 2021, l’ancien membre de la G League Ignite Jonathan Kuminga monte en régime toute la saison et nous gratifie de beaux highlights.

À l’arrière, Jordan Poole crée la sensation cette année. Croisement entre Thompson et Curry, Poole apprend auprès de ses coéquipiers All-Star et absorbe leurs conseils comme une éponge. Au fil des mois, il s’impose dans l’effectif. Il tourne notamment à 25,4 points de moyenne en mars, avec un pourcentage de 44% derrière l’arc. Les Splash Brothers ont alors un petit frère.

Andrew Wiggins, ancien numéro de la Draft qui a fait face à de nombreuses critiques, continue de s’imprégner de la culture de la gagne des Warriors. Le Canadien est comme un poisson dans l’eau au sein du collectif de Kerr. Il a la confiance de son coach pour sa capacité à scorer, avec 17,2 points de moyenne à 39,3% à trois points, mais surtout pour son excellence défensive. Athlète hors normes doté de longs bras, Wiggins s’est mis à défendre et pose problème à de nombreux arrières et ailiers de la ligue.

Alors qu’on lui reprochait régulièrement de ne pas se montrer actif en défense, il se classe parmi les joueurs qui contestent le plus de tirs par match avec 8,4 de moyenne. Lorsqu’il défend un shoot, il maintient son adversaire direct à 43,3%. Son apport a grandement contribué à la première place de Golden State dans le classement du Defensive Rating.

26e défense de la ligue il y a deux saisons, les Warriors ont retrouvé leur force. Premiers au Defensive Rating (106,9), leurs adversaires affichent un taux de réussite de 43,8% au tir et 33% à trois points, les deuxièmes pourcentages les plus faibles de la ligue. Chaque tir est contesté.

En chef d’orchestre de la défense, Draymond Green parle, replace et coache même ses coéquipiers en défense. L’équipe est motivée et fait les efforts, à l’image de Wiggins, Otto Porter Jr,mais aussi Gary Payton II, devenu le chouchou du public grâce à son hustle et ses actions spectaculaires. Stephen Curry, quant à lui, n’est plus un mismatch. Il fait parler son cardio et se montre solide de son propre côté du terrain.

Kevon Looney, également, est apparu en meilleure forme que jamais cette saison. Il a réussi, pour la première fois de sa carrière, à jouer les 82 matchs d’un exercice qui a été de loin son meilleur. Sa présence physique et sa lecture de jeu comptent énormément dans le système des Warriors, tout comme ses 7,3 rebonds et ses 8,6 tirs contestés par match. Golden State a retrouvé de sa superbe, avec un groupe complet et rodé.

Avec un excellent équilibre entre jeunesse et expérience, les Dubs terminent à la 3e place de la conférence Ouest. C’est ainsi que, pour la première fois depuis 2019, les guerriers retrouvent les playoffs. Sous les encouragements des fans, qui n’ont plus eu l’occasion de chanter si fort depuis deux ans, ils éliminent Denver, Memphis, puis Dallas. Et revoilà les Warriors en Finales NBA.

« We’re back, baby! » Draymond ne le sait que trop bien, les Warriors viennent d’accomplir quelque chose de très grand. Après deux ans à côtoyer les bas-fonds de la ligue, la continuité et la confiance du front office a fini par payer. Stephen Curry, Draymond Green et Klay Thompson ont dû passer par un chemin difficile pour en arriver là, mais ils l’ont fait, bien aidés par un nouveau groupe tout aussi déterminé.

Lancé dans une bataille féroce face à Boston, le mot d’ordre de Golden State est « victoire ». Quelle que soit l’issue de cette série, les Warriors peuvent déjà être satisfaits de leur parcours cette saison. Il ne leur reste désormais plus qu’une marche à gravir pour retrouver le sommet. « Strength in Numbers», right?

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