Draft 2022 : Un premier tour profond

Bennedict Mathurin, Jeremy Sochan, TyTy Washington, Jaden Hardy, Tari Eason

par Florian Tixier

Après avoir étudié les joueurs majeurs du top 4 et la première partie des lottery picks, il est temps de se pencher sur la deuxième partie de cette lottery. Zoom sur 14 joueurs qui, sauf catastrophe, ne descendront pas en dessous du top 20 en juin prochain.

Il faut bien sûr prendre ces positions avec précaution. Les choix des Front Offices leur sont propres et chacun choisit de porter son attention sur un joueur pour des raisons particulière. Mais ce sont bien les quatorze joueurs décrits dans ces trois articles qui devraient occuper, en majeure partie, les premières places du Barclays Center.

Bennedict Mathurin

Sophomore (20 ans) – Arizona – AI/A – Fin de Lottery

Ben Mathurin voudra-t-il bien devenir le 3 & D que l’on voit en lui ? Photo : Sean M. Haffey/Getty Images

Après Jaden Ivey et Johnny Davis, on reprend le scénario de l’arrière sophomore qui a explosé statistiquement et qui a pris les rênes de son équipe durant l’année.

Leader du Canada lors de la coupe du monde U19 remportée par les USA, Mathurin est devenu la menace principale de l’attaque d’Arizona. Cette saison, il a porté son équipe jusqu’au sweet sixteen. On garde en mémoire ses cartons monstrueux, comme son 30/8/4 au deuxième tour face à TCU.

Le Canadien est un scoreur de premier ordre. En témoignent ses 18 points de moyenne à 37 % de réussite à trois points. Son point fort reste son shoot soyeux, qu’il peut déclencher avec rapidité et efficacité.

À l’aise sur un poste de forward, son avenir pourra s’écrire en tant que grand poste 2 et jusqu’au petit poste 4. En effet, ses mensurations lui offrent une versatilité offensive impressionnante.

Mathurin est long, athlétique et particulièrement physique — quand il le veut bien — pour sanctionner derrière la ligne. Il peut également attaquer des close out agressivement pour aller chercher des tirs à mi-distance ou des lancers francs bien sentis.

L’ailier est un scoreur racé qui devrait passer le cap de la NBA sans trop de difficultés. Avec 2,01 m sous la toise et presque 2,10 m d’envergure, Mathurin possède les aptitudes physiques pour devenir un monstre défensivement… s’il en a la volonté.

Le problème principal du Wildcat reste sa concentration et son implication sur le terrain. Montrer si peu d’intérêt à la défense avec un tel physique est presque criminel. Le mental du prospect n’est pas à remettre en question. Après tout, il s’est montré capable de poser 9 points de suite pour amener son équipe en prolongation puis gagner le match dans une partie éliminatoire. Toutefois, Mathurin n’en a juste rien à faire, pour l’instant, de son propre côté du terrain.

Souvent paresseux, il n’hésite pas à complètement laisser passer son adversaire direct la majeure partie du temps. Il nous montre pourtant des flashs défensifs exceptionnels lorsqu’il en a la volonté.

Si cela vient de l’environnement d’Arizona, qui ne veut pas frustrer sa petite star, cela pourrait être réglé rapidement en NBA. S’il est question d’une mentalité à la Jabari Parker, c’est plus problématique.

Au rayon des inquiétudes se trouve également son rôle futur. On voudrait lui confier ce fameux rôle du 3 & D qui pourrait lui coller à la peau et en faire un joueur majeur en NBA. Mais sa défense ne rassure pas et il semble vouloir un rôle beaucoup plus important. En est-il seulement capable alors que son handle et sa création ne sont, pour l’instant, pas à la hauteur ?

Mathurin est un prospect très intéressant. Scoreur talentueux doté d’aptitudes physiques exceptionnelles, son plus grand défaut est de ne pas entrer dans la case qui lui a été attribuée. Mais le profil vaut bien le coup de prendre ce risque.

Comparaisons :

  • Devin Vassel
  • Mikal Bridges si efforts défensifs
  • Terrence Ross si aucun effort défensif

Jeremy Sochan

Freshman (19 ans) – Baylor – AF – Fin de lottery

Des cheveux de toutes les couleurs pour un glue-guy parfait ? Photo : Ron Jenkins/Getty Images

On attendait Kendall Brown comme l’héritier de Davion Mitchell en lottery 2022. Finalement, c’est plutôt l’ailier fort qui devrait être le Bear appelé le plus tôt en juin prochain. Il pourrait d’ailleurs devenir le premier Polonais de l’histoire sélectionné au premier tour.

Remplaçant durant la saison, cela n’a pas empêché Sochan de montrer l’étendue de son potentiel à la manière d’un Scottie Barnes l’an dernier du côté de Florida State.

Le potentiel, voilà ce que l’on achète avec Sochan. Très jeune joueur, il a montré des flashs qui suggèrent qu’il pourrait devenir un joueur parfaitement adapté à la NBA d’aujourd’hui. Balancé du poste 3 au poste 5 durant la saison de Baylor en raison des blessures, Sochan n’a pas bronché et a su se montrer performant dans cette prestigieuse formation.

L’ailier fort a impressionné par sa polyvalence défensive. Capable de résister au combat sous les cercles, de protéger sa raquette malgré sa petite taille, Sochan dispose surtout d’une mobilité impressionnante. Rapide des pieds et des hanches, Sochan pourra utiliser son corps puissant et mobile pour défendre du poste 2 aux petits postes 5 en NBA.

En attaque, c’est plus compliqué. Mais on parle d’un joueur de 18 ans qui a montré cette saison des flashs de création et d’utilisation offensive intéressante. Véloce depuis son poste 4, Sochan a montré un QI basket développé qui lui permet d’éviter les mauvais choix.

Son shoot semble pour l’instant être un sacré chantier. Ses 29 % à trois points sont clairement insuffisants pour imaginer un rôle de poste 4 créateur à terme. De haut de ses 2,03 m, il est trop petit pour s’imaginer en poste 5.

Il doit impérativement devenir une menace de loin, car il ne pourra pas être le seul non shooter sur le terrain. Avec une moyenne aux lancers francs d’à peine 58 %, les Front Offices ne sont pas plus rassurés. Son rôle offensif devrait passer par de la création et de l’énergie à la manière d’un Draymond Green, mais son handle et sa création sont pour le moment au stade embryonnaire.

Ces critiques sont durs pour un aussi jeune joueur qui a évolué dans un environnement ultra compétitif et sérieux comme Baylor. Tous ne s’en sortent pas aussi bien — n’est-ce pas Kendall Brown ? —, mais on parle ici d’un potentiel top 10 de Draft. Il faut se montrer exigeant dans son évaluation.

Malgré tout, on ne peut passer sur un tel potentiel qui devrait, à minima, devenir un glue guy de haut niveau.

Comparaisons :

  • Draymond Green
  • Nicolas Batum
  • P.J. Washington

TyTy Washington

Freshman (20 ans) – Kentucky – MJ – Fin de lottery

Booker, Herro, Maxey… Washington dans les pas de ses récents ainés. Photo : Andy Lyons/Getty Images

Lorsque le nom de TyTy sera appelé, ce sera sûrement après le 10e choix. C’est dire si cette classe d’âge n’est pas dominée par les petits. Meilleur meneur de jeu pur de sa Draft, le leader de Kentucky est l’un des seuls gestionnaires attendus au premier tour en juin.

Et quel gestionnaire ! Washington en a fait son argument de vente principal cette année à Kentucky. Il s’agit d’un véritable maestro du pick and roll. L’unique système efficace de coach Calipari dans cette triste saison de Kentucky était son jeu d’écran avec l’intérieur destructeur Oscar Tshiebwe.

Dans une ère où la NBA se définit surtout par le jeu en transition et sur pick and roll, TyTy Washington est le meneur de jeu parfait pour ces systèmes. Rapide, capable de punir les switchs, de trouver son grand qui roll et les rotations faibles de l’équipe adverse, Washington est le prototype parfait du créateur balle en main que l’on attend en NBA.

Si l’on rajoute à cela une vitesse impressionnante sur jeu rapide, une certaine capacité à pull up derrière les écrans et même de jouer à côté d’un second ball handler, on obtient un prospect particulièrement intrigant. Il devrait même être suffisamment malléable pour performer rapidement dans une équipe ambitieuse.

Cependant, Tyty est plutôt fluet sur un terrain. Haut de son mètre 93, il n’affiche qu’un petit 85 kilos qui ne lui permet pas de résister aux gros physiques NCAA et NBA. Il a une tendance à exploser au contact et cela ne rassure pas, alors qu’il devra gérer certains spécialistes défensifs à l’échelon supérieur. Son handle et le combo dribble/dribble main faible doit impérativement s’améliorer s’il veut performer dans ce rôle de porteur de balle sous la pression de gabarits plus imposants que lui.

On a avec TyTy Washington un profil rare de cette classe de Draft, un gestionnaire fait pour le pick and roll et le jeu rapide. Cependant, il reste pour l’instant coincé entre un potentiel porteur de balle et un simple pétard de sortie de banc.

Il a malgré tout montré une certaine mentalité de tueur dans la saison moribonde de Kentucky. Pour finir, on se demande surtout s’il pourra perpétuer la tradition des arrières sous-utilisés par Calipari et qui explosent en NBA. Après Booker, Herro ou encore Maxey, a-t-on sous les yeux la prochaine pépite de Kentucky ?

Comparaisons :

  • John Wall
  • D’Angelo Russell
  • De’Aaron Fox

Jaden Hardy

Freshman (20 ans) – G League Ignite – A – Milieu de premier tour

Une simple mauvaise saison pour le prospect de premier plan qu’est Jaden Hardy ? Photo : KeShawn Ennis/NBAE via Getty Images

Un arrière avec un immense talent offensif, qui trust les premières places de sa classe d’âge depuis quelques années et qui s’engage avec l’Ignite. Après Jalen Green en 2021, voici Jaden Hardy. Mais, pour lui, la saison dans l’antichambre de la NBA a eu l’effet opposé.

Arrivé en grande pompe pour prendre la suite du duo Kuminga/Green dans cette deuxième saison de l’Ignite, comment Hardy a-t-il pu descendre jusqu’à possiblement se retrouver en dehors du top 14 ?

Dans sa classe d’âge, Jaden Hardy est l’arrière phare de Team USA depuis petit. 1,93 m pour plus de 2,08 m d’envergure, le prospect se démarque d’abord par son potentiel de tireur. L’arrière est un scoreur référencé par le tir. Il affiche depuis le lycée un certain talent pour marquer grâce à son poignet.

Hardy arrivera sans doute à shooter en NBA, même si ses pourcentages globaux ne le suggèrent pas vraiment. Cela s’explique principalement par une ligne à trois points plus lointaine qu’en NCAA et un manque criant de systèmes et de création dans son équipe.

Avec un joli pourcentage de 37 % de réussite à trois points en situation de catch and shoot et un intéressant pourcentage de réussite aux lancers francs (88,2 %), on peut voir en lui un futur très bon tireur.

Il a montré un shotmaking de haut niveau et une véritable capacité à créer l’espace nécessaire pour lui permettre de dégainer. Quand on ajoute à cela un corps plutôt NBA Ready et une habitude à l’adversité de la G League, Hardy devrait se montrer performant plutôt rapidement. Et cela en préservant une marge de progression intéressante.

Malheureusement, on ne peut que déplorer sa saison sous le signe de la déception. Alors qu’il avait déjà du mal à dominer physiquement en high school, ses limites athlétiques se sont montrées criantes à l’étage supérieur. Son premier pas n’est clairement pas assez rapide pour créer un décalage dès le départ et sa finition au cercle est encore très perfectible.

On voit bien de plus en plus de joueurs performer sans ces qualités — à la manière de Devin Booker —, mais les défauts d’Hardy restent inquiétants. Incapable de créer le jeu à cause d’un handle tout juste moyen, c’est avant tout sa compréhension du jeu qui pèche. Il devra faire de gros progrès sur ce point pour mériter sa place en NBA.

Le jeune arrière sort d’une saison difficile, mais il a tout de même su montrer sa capacité à scorer naturelle. Il faut bien noter qu’il a joué contre des joueurs proches du niveau NBA toute la saison, avec une ligne plus lointaine. Cela peut expliquer le mur auquel il a fait face.

Sa saison n’a pas été des plus calmes, entre blessures très tôt dans la saison, une situation COVID difficile en G-League et surtout l’explosion d’un talent comme Scoot Henderson à ses côtés. Hardy est sûrement plus qu’une simple première saison en demi-teinte chez les pros.

Comparaisons :

  • Buddy Hield
  • Anfernee Simons

Tari Eason

Sophomore (21 ans) – LSU – AF/AI – Milieu de premier tour

Tari Eason apparaît clairement comme bien plus qu’un sixième homme. Photo : Sean Gardner/Getty Images

L’un des joueurs les plus âgés du haut de la Draft, mais également l’un des joueurs les plus prêts à se confronter au monde des pros. L’ancien joueur de Cincinnati a explosé sous les couleurs de LSU cette année au point de devenir l’un des chouchous des Front Offices NBA, séduits par ce morphotype d’ailier ultra moderne.

2,03 m pour plus de 100 kilos, Eason est un ailier fort puissant et athlétique comme l’Amérique sait en produire. Véritable buffle physique, le joueur de Louisiane apparaît déjà comme le meilleur défenseur extérieur de la Draft.

Sa polyvalence défensive lui permet quasiment de défendre tous les postes sur un terrain. Physique et puissant pour défendre les grands, il dispose d’une mobilité et d’une vitesse suffisante pour switcher à sa guise. Sa versatilité défensive rappelle un certain Scottie Barnes l’an dernier.

Cette particularité est son principal atout pour s’offrir une place parmi les lottery picks cette année. Plus que cela, Eason est un joueur mature qui a su progresser dans ses tirs (de 24 à 36 % à trois points), dans sa lecture de jeu et la compréhension de son rôle. Il joue désormais beaucoup plus off ball avec des coupes loin du ballon bien senties, ce que l’on attendra de lui à l’échelon supérieur.

Tari Eason est également un joueur plutôt âgé qui n’a rassuré finalement que cette année, au sein du cadre propice, en sortie de banc dans un effectif plutôt rodé de LSU. Son irrégularité aux tirs inquiète et certains se demandent si son année n’est pas exceptionnellement bonne.

Son futur rôle en NBA laisse en suspens de nombreuses questions. On se demande s’il pourra vraiment jouer le rôle d’un poseur d’écran efficace alors qu’il semble incapable de prendre de bonnes décisions une fois la balle en main — sensation confirmée par son ratio turnover/assist assez désastreux. Alors que l’on demande aux ailiers modernes de créer de plus en plus, Tari Eason ne pourra pas jouer 30 minutes dans une bonne équipe simplement grâce à une capacité défensive supérieure à la moyenne.

Malgré son âge, Tari Eason apparaît aujourd’hui comme un projet. Il lui faut absolument un cadre sain pour parfaire ses points forts, mais surtout progresser naturellement dans un effectif qui saura le mettre à l’aise dans un premier temps. Le pari est risqué, mais le jeu semble en valoir la chandelle en milieu de premier tour.

Comparaisons :

  • OG Anunoby
  • Jonathan Kuminga
  • Scottie Barnes

Photo : Brian Rothmuller/Icon Sportswire via Getty Images

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