Les Philadelphie 76ers, un échec cette saison et des questions pour l’avenir

par Raphaël Delaveaux

Depuis la défaite des Sixers en demi-finale de conférence (4-2 pour le Miami Heat), les sourires ont disparu de la cité de l’amour fraternel. Au cours de cette saison 2021-22, les supporters sont passés par toutes les émotions : l’affaire Ben Simmons qui a duré 6 mois, l’émergence de Tyrese Maxey, la saison de calibre MVP de Joël Embiid et évidemment, le trade pour James Harden à la deadline. Il est temps de revenir sur cette saison de Philadelphie, et de se poser des questions sur l’avenir de la franchise, du côté du coaching staff, du front office et de l’effectif de la franchise de Pennsylvanie.

Un début de saison sous tensions

S’il y a bien une franchise qui a débuté l’exercice 2021-22 avec des inconnues, c’est bien les Sixers. Sortis en finale de conférence face aux Hawks l’année précédente (avec un choke monumental de Ben Simmons sur cette fin de série), les 76ers ne pouvaient pas compter sur l’Australien sur ce début de saison, entre ses soucis psychologiques et ses problèmes de dos. Malgré tous les reproches que l’on peut faire au numéro 1 de la draft 2016, il était leur meilleur défenseur, leur playmaker primaire, un triple All-Star et un joueur qui tournait à 14 points, 7 rebonds et 7 passes décisives de moyenne sur l’exercice 2020-21. Quoi qu’on en dise, il était leur deuxième joueur le plus important de leur effectif. La perte de Ben Simmons a pesé sur la franchise pendant la première partie de saison. 

Obligés de composer sans leur meneur, les 76ers se sont magnifiquement adaptés : Tyrese Maxey a step-up de la meilleure des manières, en étant responsabilisé à la mène. Le résultat est magnifique : 17,5 points (+9,5 par rapport à la saison 2020-21), 3,2 rebonds (+1,5) et 3,4 (+1,4) passes de moyenne en 72 matchs. Présent dans la course au MIP, Tyrese a apporté un vent de fraîcheur à cet effectif. Une bouffée d’air frais et de jeunesse qui a permis aux Sixers de rivaliser toute la saison dans les hauteurs de l’est, alors même que ce n’était pas gagné avant la saison.

Tyrese Maxey figure comme la plus grande satisfaction des Sixers dans cette campagne 2022. Photo : Mitchell Leff / Getty Images

Une saison surprenante et le trade à la deadline

Malgré toutes ces interrogations, les Philadelphia 76ers surprennent les observateurs. Tyrese Maxey est devenu le meneur titulaire, en tant que clair 3e option offensive ; Seth Curry, avant le trade de James Harden, tournait à 15 points de moyenne, à 40 % aux tirs ; Tobias Harris a rempli son rôle (17 points, 7 rebonds), Danny Green est toujours le 3&D qu’il a été tout au long de sa carrière. Quant à Joël Embiid, le plus français des camerounais a fini la saison comme meilleur marqueur de la NBA (une première pour un pivot depuis Shaq en 2000), et comme 2e du MVP pour la deuxième saison consécutive. Si l’on peut discuter sur ce titre de meilleur joueur, qui aurait pu revenir à JoJo, on ne peut nier que son exercice 2021-22 est monstrueux, et qu’il montre qu’il fait partie des meilleurs joueurs de la planète (30,6 points, 11,7 rebonds et 4,2 passes).

Une saison surprenante, qui a pris un tournant le 10 février avec un transfert. James Harden in, Ben Simmons out, la franchise s’est débarrassée d’un problème qui trainait depuis l’été précédent, tout en ramenant un scoreur et playmaker hors-normes en la personne de The Beard. Lui qui voulait tant s’en aller de Brooklyn se retrouve à jouer avec un intérieur dominant comme Joël Embiid pour la première fois de sa carrière, une association alléchante sur le papier, comparée au duo Shaq/Kobe.

Les premiers matchs sont alléchants, avec un Harden retrouvé qui recommence ses step-backs signature, tout en continuant à distribuer des caviars à ses coéquipiers (10,3 assists/match, 2è meilleure moyenne de la saison). Les observateurs se disent que ce duo ne pourra être arrêté en postseason, mais peu à peu la hype redescend. Face à Toronto, Philly domine les 3 premières rencontres, mais Harden est dans le dur (seulement 19 points par match à 40% au tir sur la série). Les dinos reviennent à 3-2, mais les Sixers se reprennent en remportant le match 6. Qualifiés pour les demi-finales de conférence, une question se pose sur l’état de santé de Joël Embiid, blessé à la toute fin du match 6, alors que l’issue de la rencontre était déjà claire.

Dominés par le Heat, une sortie par la petite porte

Blessé au pouce, puis gêné par une fracture de l’orbite droit avec une légère commotion cérébrale, Joël Embiid est contraint de laisser ses coéquipiers pour les deux premières rencontres face au Heat. En son absence, Bam Adebayo domine (23,5 points, 10,5 rebonds sur ces 2 matchs) et Philly coule, avec 2 revers de 14 et 16 points. 

JoJo revient, le momentum bascule, le Wells Fargo Center rugit, les Sixers dominent les deux rencontres suivantes et reviennent à égalité. Mais le Process – enfin ce qu’il en reste – est trop diminué sur la série, et n’est que l’ombre de lui-même à cause de ses multiples blessures (19,8 points, 9,8 rebonds à 42,6 % aux tirs). Le Heat remporte la série 4 victoires à 2, avec dernier match sur le parquet du Wells Fargo Center. Joël s’est battu, mais trop diminué physiquement et bien défendu par Miami, le natif de Yaoundé n’a pas pu peser autant qu’il le voulait. Dommage pour Embiid, qui sortait d’une saison all-time, et qui aurait pu faire mieux sans cette blessure en toute fin de premier tour.

Joël Embiid, le vengeur masqué, avait relancé la série lors de son retour au Game 3. Photo : Mitchell Leff / Getty Images

Avant de revenir sur les raisons de cette défaite, le gros point positif de ces playoffs, c’est bel et bien Tyrese Maxey. L’ancien pensionnaire de Kentucky a parfaitement rempli son rôle lors des playoffs, avec du drive et du shoot : il est d’ailleurs le meilleur scoreur de la franchise face au Heat, avec 20,3 points de moyenne sur la demi-finale de conférence. Même si T-Max considère qu’il n’était « tout simplement pas assez bon”, sa série est du niveau d’une troisième option en playoffs, mais malheureusement pour lui, ses leaders n’étaient pas au rendez-vous. Tobias Harris est resté dans l’ombre mais a assuré, en tant que 3/4ème option suivant les matchs (16 points, 5,7 rebonds, 3 passes décisives), et certains joueurs comme Paul Reed ont montré quelques bribes positives. 

Mais lors de cette série (et même lors de ces playoffs) le premier joueur pointé du doigt comme le responsable de cette défaite, c’est James Harden. Il n’a pas réussi à être au niveau d’une première option offensive extérieure, loin de ses standards de Houston. Sur la série du 2ème tour, le barbu ne dépasse qu’une fois les 30 points, et ne passe qu’une seule autre fois la barre des 20 points. Finalement, Harden tourne à 18,2 points et 7 passes décisives de moyenne, à seulement 40,5 % aux tirs. Le pourcentage n’est pas si choquant pour James Harden, mais il ne prend plus autant de tirs qu’à l’accoutumée, provoque moins de lancers (5,3 par match) et ne semble pas être impliqué sur le terrain. Il a certes perdu de sa superbe physiquement, mais l’attitude de Harden questionne : il n’est plus aussi agressif, plus aussi tranchant dans ses choix, comme une impression de peur de prendre certains tirs. La stat qui fait mal pour le barbu, c’est ce 0 point inscrit en deuxième mi-temps du match 6, alors que les Sixers étaient menés 3-2 et faisaient face à une élimination des playoffs. Transféré à l’intersaison contre Ben Simmons (entre autres), le MVP 2018 est éligible à une extension de 233 millions de dollars sur 4 ans, s’il choisit de prendre son option.

Un regard sur le trade Simmons/Harden et sur la direction des 76ers

Daryl Morey, Elton Brand et le front office des Sixers ont réussi à transférer le Rookie de l’année 2018 contre le MVP de la même année, et c’est tout à leur honneur tant la côte de Simmons ne faisait que chuter, puisqu’il n’a pas mis le pied sur un parquet depuis le 21 juin 2021 et le game 7 face aux Hawks. En récupérant James Harden, qui avait demandé son transfert de Brooklyn, les Sixers ne pouvaient que s’améliorer (à noter que la perte de Seth Curry, qui tournait à 15 points de moyenne à 40 % derrière l’arc, s’est faite ressentir lors de ces playoffs), mais l’apport du barbu fût moindre que ce qui était escompté. 

En fin de saison régulière, juste après le All-Star break, le duo Embiid/Harden se trouve facilement. Leur entente est quasi-parfaite, le style de jeu colle, le Camerounais est dans les hauteurs de la course au MVP et on retrouve ce James Harden tranchant dans ses décisions et grand playmaker (2e meilleur passeur de la saison régulière, avec 10,3 passes). Mais très vite en playoffs, et comme évoqué précédemment, les moyennes de The Beard baissent, il ne prend plus autant de tirs, et la dernière image que l’on retient de lui, c’est ce 0 point, à 0 sur 2 aux tirs en deuxième mi-temps lors du game 6 décisif face au Heat.

Ben Simmons face à James Harden la saison passée ont été les principaux protagonistes du trade qui a animé la deadline de février 2022 – Getty Images

Les Philadelphia 76ers font face à leurs fantômes du passé, battus par le Heat d’un certain… Jimmy Butler, ancien de la maison. 27,5 points, 7,5 rebonds et 5,5 passes décisives (à 51% aux tirs) face aux Sixers, Jimmy Buckets a malmené la défense des Sixers toute la série. Il ne s’est pas privé de faire passer un message en sortie de match 6 (victoire 99-90 au Wells Fargo Center) : “Tobias Haaris over me ?!”, traduisez “vous avez choisi Tobias Haaris à ma place ? Un mess ge directement adressé aux dirigeants de la franchise, qui l’ont envoyé à Miami dans un sign-and-trade en 2019, après l’élimination au buzzer face aux Raptors de Kawhi Leonard.

Les décisions de la franchise commencent à être remises en cause : ils avaient dans leur effectif ce leader, meneur d’hommes sur le terrain qu’est Jimmy Butler, mais n’ont pas pu le garder à cause du contrat signé par Tobias Harris (5 ans et 180 millions de dollars, qui court jusqu’en 2024). Avec la masse salariale générée par le reste de l’effectif à l’époque, Butler a été contraint d’aller voir ailleurs. Finalement, ce leader charismatique, meilleur en playoffs qu’en saison régulière, aura mené Miami 2 fois aux Finales de conférence en 3 ans (en Finales NBA même en 2020), tandis que les 76ers n’ont pas atteint ce tour depuis 2001. 

Autre point remis en cause, le coaching. Doc Rivers est présent sur le banc depuis l’éviction de Brett Brown en 2019, après l’élimination, encore une fois en demi-finale de conférence, face aux Raptors futurs champions. Sortis au même stade que l’an dernier, les Sixers (plutôt le président des opérations basket Daryl Morey) ont tenu à conforter le Doc sur le banc, en sortie de défaite : « Je pense qu’il est un grand coach et j’adore travailler avec lui. Je pense qu’avec Elton Brand (le general manager des Sixers, ndlr), nous formons une bonne équipe, et on verra où cela nous amène. On est confiant sur le fait que cela nous amène à un stade où on peut jouer le titre. ». Le coach champion NBA avec les Celtics en 2008 a ajouté qu’il avait fait “du bon boulot” cette saison, en ne se déclarant pas inquiet pour son poste après cette élimination.

Je pense que Doc Rivers un grand coach et j’adore travailler avec lui. On est confiant sur le fait que le trade de James Harden nous amène à un stade où on peut jouer le titre.

Daryl Morey, le président des opérations basket des Sixers

On peut comprendre l’envie des Sixers de conforter leur groupe en sortie de défaite, mais plusieurs observateurs tiquent quant au poste qu’occupe le Doc. Il est vrai qu’il est sous contrat jusqu’en 2025, et que son groupe commence à bien se connaître, mais si les Sixers ne parviennent pas à se hisser en finale de conférence la saison prochaine, pas sûr que le technicien se trouve toujours sur le banc à la fin de l’exercice.

Enfin, le candidat MVP Joël Embiid n’a pas caché sa nouvelle frustration en sortie de défaite à la maison, en parlant du rôle de son coéquipier All-Star : “Je ne suis pas sûr que l’on n’en ait plus besoin, nous avons eu ce que nous attendions de James Harden. Tout le monde s’attendait à voir le James Harden de Houston, mais il n’est plus celui-là”. S’il n’est plus l’attaquant formidable qu’il était à H-Town, son playmaking a nettement progressé ; mais JoJo s’attendait sûrement à ce que son rôle redevienne partiellement celui d’un joueur d’isolation, qui prend une dizaine de step-backs par match. Que nenni, El Barbudo préfère passer le ballon et jouer avec ses coéquipiers, en se mettant plus en retrait. Joël Embiid a tenu à protéger son lieutenant, mais a trouvé les mots justes pour qualifier sa prestation : semblable à sa saison régulière, mais sûrement pas assez pour aller chercher le haut du panier. La saison prochaine risque d’être palpitante à Philly.

Quels 76ers la saison prochaine ?

On sent que l’exercice 2022-23 est un ultimatum pour la ville de l’amour fraternel. Embiid est toujours aussi dominant, et aura sûrement à coeur de venir chercher son titre de MVP qui lui échappe depuis 2 saisons. Tyrese Maxey va continuer à progresser, et peut se montrer de plus en plus dangereux, alors qu’il a dû s’adapter toute la saison (Simmons absent puis arrivée de Harden). Tobias Haaris est sous contrat et va continuer sa production statistique habituelle. Des joueurs comme Matisse Thybulle, Georges Niang, Shake Milton ou Paul Reed seront très vraisemblablement présents, toujours en développement.

Mais, la situation de James Harden pose question. Éligible à une extension de 233 millions de dollars sur 4 ans, soit un contrat supermax, le barbu touchera plus de 50 millions par an à plus de 35 ans à la fin de son contrat, s’il décide de signer à Philly. Une somme astronomique qui pose question au sein des observateurs NBA, puisque Harden n’est plus le même joueur physiquement que lors de ses années à Houston/OKC. Son drive n’est plus aussi tranchant qu’auparavant, et son pourcentage au tir, semblable à ses années Houston, est compensé par le fait qu’il tire moins en volume. Ses moyennes de points baissent, en en playoffs, The Beard score moins de 20 points de moyenne pour la première fois depuis son passage dans l’Oklahoma (en tant que 6ème homme). Son contrat, il peut le mériter d’un point de vue de sa capacité à créer du jeu, même cette saison, mais son état physique n’est pas rassurant, alors qu’il va sur ses 33 ans. Daryl Morey et Elton Brand ont beaucoup de questions à se poser sur le cas James Harden.

Rapidement, on peut évoquer la terrible blessure de Danny Green, titulaire lors de ces playoffs, qui s’est rompu le tendon d’achille à 35 ans, et devrait manquer tout l’exercice 2022-23. Précieux en post-season, comme lors de ce match 3 face au Heat (21 points à 7 sur 9 à trois points), son absence se fera ressentir, d’autant que les 76ers manquent d’adresse derrière l’arc sans leur sniper.

Doc Rivers et Tobias Harris seront sans doute du côté de Philly en 2022-2023, mais avec qui autour d’eux ?
Tim Nwachukwu / Getty Images

Philly a besoin de quelques ajustements pour viser le titre en 2023. Leur raquette semble verrouillée, avec Harris et Embiid. Les lignes arrières sont aussi connues (vraisemblablement) avec Maxey et Harden, il ne reste qu’à pourvoir ce poste 3. Matisse Thybulle peut remplir ce rôle, mais semble un peu juste en tant que titulaire dans une équipe qui vise le titre. Un vétéran à la Danny Green peut se trouver cet été sur le marché des agents libres, et pourrait s’avérer crucial dès le début de saison. Du côté du banc, Shake Milton, Georges Niang et Paul Reed ont montré de belles choses en playoffs, mais l’effectif de la franchise de Pennsylvanie semble manquer d’un vrai 6ème homme attitré, qui score en sortie de banc (un profil à la Tyler Herro/Jordan Clarkson). Ce rôle sera difficile à remplir, car ces profils sont assez rares.

Le front office des Sixers a du pain sur la planche, à l’orrée d’un exercice 2022-23 capital pour la franchise, entre concrétisation du Process, questions salariales et effectif à peaufiner ; l’été va être mouvementé du côté de Philadelphie.

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