La chasse à Dallas : les clés pour viser les Finales NBA

par Teddy Perez

Avec cette première qualification en Finales de conférence depuis le sacre de 2011, les Mavericks ne cessent d’impressionner. Luka Doncic et ses coéquipiers viennent de sortir les finalistes en titre de l’Ouest, des Suns qui avaient réalisé un bilan de 64 victoires pour 18 défaites – soit le record de la franchise.

Désormais tourné vers la baie de San Francisco, le collectif de Dallas a ses chances pour créer un second « exploit » et retrouver – qui l’eut cru – la scène des Finales NBA.

Les Warriors se dressent sur leur passage. Le monstre de la dernière décennie possède toujours autant de talents que lors de ses épopées de 2015 à 2019. Et, bien évidemment, profite d’un jeu collectif bien huilé, dégainant à longue distance et rigoureux en défense. Tiens, voilà des caractéristiques qui colleraient parfaitement à une certaine équipe du Texas…

Photo : Ron Jenkins/Getty Images

On oublierait presque cette formule à chaque entame des Playoffs. Une équipe épanouie collectivement et sérieuse en défense est un danger pour quiconque viendrait se frotter à elle.

Sur la lancée de sa régulière, où Dallas avait terminé sur 17 victoires pour 6 défaites en post All-Star Game, la franchise s’est mieux organisée que les années passées. Tombée face aux Clippers en 2020 en six matchs puis 2021 en sept rencontres, il manquait un léger quelque chose pour enfin franchir un tour en post-season. La différence, nous l’avons évoquée, se trouve dans l’équilibre et la connexion de tout un roster.

Depuis le début de la carrière de Luka Doncic, les critiques reviennent chaque année quant au niveau du supporting cast qui l’entoure. À l’approche des Playoffs, on le trouve souvent un peu léger pour concurrencer les plus grosses écuries. Et, à moins de se référer aux fantaisies de Doncic, il était trop compliqué de simplement chercher une qualification pour le tour suivant après des séries exténuantes pour les Mavs de Luka.

Cette saison, la donne a changé. Un an après le départ du coach historique Rick Carlisle, l’effectif texan est extrêmement complet, moderne et très harmonieux. Autour de la star slovène, c’est tout un panel de joueurs adroits et d’athlètes intelligents et durs sur l’homme qui se sont positionnés. Dans des costumes de role players, ils remplissent à merveille les missions confiées par Jason Kidd et son staff, peu importe le temps de jeu accordé.

Le combo-guard Jalen Brunson avait commencé ses Playoffs avec un record à 41 points face au Jazz. Photo : Mark J. Rebilas/USA Today Sports

Le collectif des Mavericks au grand galop

Luka nous a habitués à de belles performances au scoring depuis ses débuts en NBA. Face à Phoenix, son poignet n’a une nouvelle fois pas tremblé (32,6 points à 47,6%). Ses coéquipiers l’ont d’ailleurs suivi dans ce sens.

En tête de la liste figure Jalen Brunson. Le meneur a su prendre cette place de lieutenant, laissée vacante par Kristaps Porzingis depuis février dernier. Pour rappel, la licorne lettonne s’est vue échanger à la trade dealine contre Spencer Dinwiddie et Davis Bertans. Un move de dernière minute jugé à chaud comme un mauvais coup par les Mavs …

Revenons à notre Brunson. Il faut avouer que le combo guard n’a pas vraiment le profil d’un « second » meilleur joueur d’une équipe qui joue le titre. Pour autant, le meneur en grande réussite accompagne parfaitement le leader incontesté de Dallas.

Ce groupe encourage aussi Doncic à réaliser des efforts défensifs rares dans ses habitudes. À 2,1 interceptions par match, il a été le meilleur dans ce domaine sur cette série. Oui, Luka s’y est mis ! Et c’est aussi grâce à cela que les Guards des Suns ont transpiré durant tout l’affrontement.

La paire Dorian Finney-Smith — Reggie Bullock, suppléé en sortie de banc par Frank Ntilikina, en pression constante, a étouffé Chris Paul et Devin Booker si bien que ces deux joueurs n’ont pas pu développer le jeu de Phoenix. Difficile pour eux de trouver des shoots faciles ou même de valoriser leurs coéquipiers à la passe comme ils savent le faire depuis un an et demi.

Notre Frenchie et ses coéquipiers auront une nouvelle fois leur importance dans la stratégie de Jason Kidd pour tenter de stopper – entre autres – les trois Splash Brothers.

Reggie Bullock, le bulldog défensif et bon catch and shooteur, est une pièce maîtresse de l’effectif de Jason Kidd. Photo : Tom Fox/Dallas News

Une chose est sûre avec cette série : quelques joueurs des Mavs ont joué leur contrat NBA pour les années à venir. Jalen Brunson est agent libre cet été. Lui qui touchait moins de deux millions de dollars devrait voir son salaire nettement revalorisé.

De même pour l’auteur de l’incroyable Game 7 à 30 points. En sortie de banc, Spencer Dinwiddie tient le rôle parfait d’energizer d’une équipe compétitive dès sa rentrée sur le parquet. D’ici deux ans, il ne disposera plus d’un contrat garanti. Que ce soit les Mavs ou bien d’autres franchises, on a pu observer les pleines capacités d’un 6e homme excellent – malgré une blessure handicapante en cours de saison. On peut également se réjouir du sort de Fran Ntilikina.

Notre frenchie est le seul représentant français de ces Finales de Conférence. On connaît ses déboires passés dans sa jeune carrière NBA. À Dallas, il a à cœur de se concentrer sur la défense et le collectif. Le panier n’est toujours pas sa priorité, mais doit-il l’être pour un joueur fait pour sacrifier ses statistiques personnelles pour se mettre au service de ses coéquipiers. Tout comme Maxi Kleber l’an prochain, son contrat n’est pas garanti. À lui de se montrer « indispensable » aux Mavs ou, du moins, d’afficher son plus beau profil pour espérer perdurer en NBA.

Luka Magic, le métronome des Mavs va-t-il jeter un sort aux Warriors ?

Maintenant que Luka Doncic peut s’appuyer sur des attaquants agressifs et inspirés balle en main, on aperçoit tout son talent pour mener à la baguette un groupe en pleine confiance. Cela ne manquera pas de rappeler aux adorateurs de FIBA sa manière de joueur en sélection slovène.

Luka Doncic dans son équipe, c’est la garantie d’avoir un porteur de balle capable de temporiser quand il le faut, mener donc le tempo d’une action malgré la pression défensive et surtout de trouver la meilleure solution pour finir possession.

Pour accélérer le jeu, Dallas a toutes les cartes en main pour concurrencer son adversaire, friand de contre-attaque et de shots en première intention. Au premier tour comme au suivant, Luka et ses coéquipiers ont été impériaux dans ce secteur du jeu. Lorsque Jalen Brunson, Reggie Bullock ou encore Spencer Dinwiddie étaient à l’interception, l’attaque rapide finissait souvent au fond.

Lorsque les défenseurs montent sur Luka pour stopper son drive ou lui interdire le tir longue distance, ce dernier trouve alors l’espace ouvert pour percer dans la raquette adverse. Si cela est impossible, un joueur du front court viendra lui poser un écran pour jouer un pick and roll facile lorsque l’intérieur montera en aide doubler la défense sur Luka. Et dans le plus grand malheur des cas, ses coéquipiers hyper mobiles se présenteront derrière la ligne arrière pour réceptionner une passe bien sentie et prendre un trois points peu contesté. En cela, on retrouve du Stephen Curry dans son jeu.

Stephen Curry face à Luka Doncic, leur première opposition l’un face à l’autre en Playoffs a tourné à l’avantage du Warrior. Photo : Jerome Miron/USA TODAY Sports

En quatre rencontres lors de la régulière face aux Warriors, Luka Doncic n’a pas tremblé. 31,5 points à 38 % à trois points, 9 rebonds et 5,5 passes. Tout cela en rapportant trois victoires sur quatre. Pour sa première confrontation face à Golden State en Playoffs, le numéro 77 peut bâtir un peu plus encore sa légende, à tout juste 23 ans.

Star incontestable, avenir de la grande ligue, il a fait déjouer le meilleur bilan de la ligue. Aura-t-il les épaules pour s’offrir le collectif le plus organisé de ces dix dernières années ? Lors du premier match de la série, Luka s’est fait étriller en attaque. À 6/18 au shoot pour un total de 20 points, le Slovène s’est fait baptiser par la bonne défense du All-Star Andrew Wiggins.

Un peu de Warriors chez ces Mavericks ?

On en parlait en introduction : il y a, il faut le dire, des airs de Warriors version 2014-15 dans ces Mavericks version Playoffs. Une équipe d’artilleurs à la pace la plus élevée de la ligue (98) et menée par un Curry jeune MVP. Ces Warriors avaient alors enclenché une nouvelle ère en NBA, et le reste appartient à l’histoire.

Durant ces Playoffs, on ne peut que confirmer ce fait. Il y a une ressemblance, du moins sur les rôles accordés à chacun dans les collectifs respectifs.

Pour autant, contrairement à l’ADN des Californiens, Dallas a joué cette saison avec la pace la plus lente de la NBA (95). Lorsque les Playoffs arrivent, les défenses se resserrent, l’intensité physique augmente et chaque possession devient précieuse.

Le jeu se ralentit alors. Et cela profite au rythme des Mavs, habitués à temporiser comme à augmenter la cadence pour surprendre leur victime. La preuve face au Jazz. Sur les six rencontres, Dallas a dépassé une fois seulement les 110 points. Les Warriors ont eux, au contraire, réalisé seulement trois matchs sous la barre des 110 points sur les onze rencontres jouées dans ces Playoffs – toutes les autres dépassant alors ce seuil.

Si ressemblance il y a, ce n’est pas forcément de ce point-là. Nous insistons sur le « forcément » puisque les Warriors, comme les Mavericks, peuvent déployer leur jeu sur divers rythmes. C’est aussi sur ces changements de cadence que se joueront les matchs.

Pour saisir la victoire, il faudra profiter de chacun du momentum pour creuser l’écart avec son adversaire et le faire rompre. Pour gagner une série, il faudra varier les plaisirs, c’est-à-dire faire en sorte de ne pas exécuter une « pâle copie » dans les systèmes de jeu lors de chaque rencontre. Pour deux équipes bien organisées en défense, en capacité de s’adapter rapidement, créer de l’alternance est essentiel.

Draymond Green, la voix et l’âme (et les muscles) de Golden State, a annoncé la couleur dès l’entame de ses 6e Finales de conférence. Photo : Jeff Chiu/Associated Press

Point commun de part et d’autre : il n’y pas vraiment d’intérieur grand et costaud. Si cela semblait au départ être un problème face aux Suns, Dallas a finalement réussi à imposer son jeu. Les quelques Maxi Kleber et Dwight Powell ont mené la vie dure aux joueurs de Monty Williams, dans une série apparemment un peu trop « small ball » à leur goût.

Contre les Warriors, cela ne devrait pas non plus poser problème, avec un effectif qui possède peu ou prou les mêmes caractéristiques physiques dans sa raquette. On peut en être sûrs, le jeu risque d’être large, et les raquettes bien plus libres qu’à l’accoutumée.

C’est bien là la particularité de cette série. On parle souvent d’opposition de style lorsque l’on analyse un prochain affrontement. Celui entre Golden State et Dallas n’en est foncièrement pas un. La série promet d’ailleurs une véritable partie de poker menteur entre les deux entraîneurs.

Dernier point de comparaison, qui nous fait déjà saliver rien qu’à y penser, la faculté de voir les leaders de chaque team se mettre à se trashtalker et à jouer de malice sur les parquets. Si à ce jeu-là, les Warriors de Draymond Green semblent avoir un coup d’avance — expérience oblige —, les Mavericks n’ont rien à leur envier avec leur Luka Doncic, biberonné au basket européen.

Cela semble être un point minime, mais il compte grandement dans une série où les équipes vont se rendre — on l’espère — coup pour coup. Rentrer dans la tête de son adversaire, même si ce n’est que sur le temps d’un match, est une aubaine pour décrocher la victoire.

De la même manière, parsemer son jeu de pointes de malice se révèle très important pour chercher des fautes légères, mais si précieuses que nos arbitres préférés s’empresseront de siffler.

C’est aussi cela les Playoffs NBA. Ça se joue à des détails. Nul doute que les Warriors comme les Mavericks le savent et qu’ils useront de nombreuses ruses pour parvenir à leur fin.

Menés 1-0 dans cette série, les Mavs ont découvert le mode « Playoffs » de Warriors prêts au combat. Oui, il arrive même aux meilleurs de se laisser surprendre. Mais Dallas devra corriger cela dans les prochaines 48 heures. L’adresse à l’extérieur a manqué du côté texan, et la circulation du ballon, grande actrice du jeu des Warriors, leur a fait défaut. Les cadres des Warriors n’ont eu besoin que de 30 minutes de jeu pour leur infliger au final une défaite 112 à 87 au Chase Center.

Luka Doncic est sur le point de gravir la plus haute marche qu’il ait connue depuis son arrivée en NBA en 2018. Restons lucides, ces Warriors expérimentés sont bien les favoris de cette série. Mais Dallas surprend en cette campagne 2022. Il suffirait de remporter le prochain match pour inverser la tendance et disposer de l’avantage du terrain.

Après avoir joué la musique au Jazz et filé une insolation aux Suns, le prochain défi des Mavericks est sans doute le plus compliqué. Il leur faudra rivaliser avec de vrais guerriers.

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