TORONTO, CANADA - APRIL 28: James Harden #1 of the Philadelphia 76ers looks on before Round 1 Game 5 of the 2022 NBA Playoffs against Toronto Raptors on April 28, 2022 at the Scotiabank Arena in Toronto, Ontario, Canada. NOTE TO USER: User expressly acknowledges and agrees that, by downloading and or using this Photograph, user is consenting to the terms and conditions of the Getty Images License Agreement. Mandatory Copyright Notice: Copyright 2022 NBAE (Photo by Mark Blinch/NBAE via Getty Images)

James Harden, roi déchu du scoring

par Hugo Le Vay

Encore une désillusion pour James Harden. Jeudi 12 mai, les Sixers de Joël Embiid et Harden ont subi une nouvelle élimination en demi-finales de Conférence. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le barbu a été décevant.

À l’annonce de son transfert de Brooklyn pour Philadelphie en février dernier, certains voyaient déjà le duo Embiid-Harden marcher sur l’Est. Il est vrai que l’association d’un pivot dominant et d’un passeur d’élite avait de quoi faire saliver. Qui ne serait pas enthousiasmé par un pick and roll Embiid-Harden ? Malheureusement, l’euphorie suscitée par ce trade n’aura duré que trois mois.

18 points, 7 passes, et 6 rebonds. Voilà les moyennes d’un Harden méconnaissable lors de la série face au Heat. Mais comment expliquer cette baisse statistique inquiétante, surtout au scoring, depuis son départ de Houston en janvier 2021 ?

Un physique en perdition

Avant son départ de Houston, James Harden était connu pour son affolante capacité à scorer. Meilleur marqueur de la ligue trois fois de suite entre 2018 et 2020, « The Beard » nous avait habitués à des saisons aux alentours de 30 points de moyenne. Drive, floater, step-back, euro-step, sa palette offensive semblait infinie.

Lors de son transfert chez les Nets en cours de saison 2020-21, James Harden était encore l’un des meilleurs scoreurs de la NBA. Si son association à Kevin Durant et Kyrie Irving peut expliquer sa baisse de points (24,6), Harden pèse sur les matchs et porte les Nets tandis que ses deux compères sont blessés. Mais le meneur se blesse aux ischiojambiers début avril, alors que tous les yeux sont rivés sur ce trio All-Time.

Au terme de plus d’un mois d’absence et d’un très encourageant premier tour de Playoffs remporté face aux Celtics, Harden et sa bande affrontent les Bucks en demi-finales de Conférence. Harden rechute après seulement quelques minutes dans la série et sort de nouveau sur blessure, toujours les ischio.

Depuis cette blessure et ses nombreuses rechutes, le barbu n’est plus le même. Il semble bien moins impactant physiquement. Ses pénétrations, autrefois indéfendables, ne sont plus aussi tranchantes et efficaces. James Harden a tenté en moyenne 16 drives par match cette saison, pour neuf points scorés (tirs réussis et lancers francs générés par un drive réussis cumulés), à 47 % au tir.

En 2018-19, année de son prime au scoring, le 13 des Rockets drivait près de 20 fois par match, pour 14 points scoré à 53 % au tir. Le nouveau James Harden drive moins, tout en étant moins efficace qu’avant.

Paradoxalement, si sa moyenne de passes décisives a augmenté depuis son départ de Houston, il en génère moins sur pénétration. Alors qu’il effectuait 2,2 passes décisives sur des drives en 2018-19, cette moyenne tombe à 1,9 cette saison. Cela ne fait aucun doute, James Harden a perdu en explosivité et en agressivité. Cela limite considérablement sa capacité à driver, domaine dans lequel il était roi dans le Texas.

Plus surprenant encore, Harden donne parfois l’impression de refuser des tirs qu’il était pourtant habitué à prendre par le passé. Depuis son arrivée à Philadelphie, James Harden ne prend que 13 tirs par match, son plus faible total depuis son départ d’OKC en 2012. Pour couronner le tout, il n’en rentre que 40,2 %, son plus faible pourcentage en carrière !

Un changement de style de jeu

Si Harden n’affiche plus les chiffres auxquels il nous avait accoutumés au scoring, il est bien plus impliqué dans la distribution et l’organisation du jeu. On le savait déjà très fort dans ce domaine depuis la saison 2016-17, qu’il a terminée en tant que meilleur passeur de la ligue. Mais cet aspect de son jeu semble avoir pris une autre dimension depuis son transfert pour les Nets, puisqu’il tourne depuis ce jour à 10,5 passes de moyenne par match.

Bien entendu, jouer avec Kevin Durant, Kyrie Irving ou Joel Embiid faciliterait le travail de tout passeur. Mais Harden base maintenant tout son jeu sur cet exercice. Parfois beaucoup trop, au point de disparaitre complètement lorsque son équipe avait justement besoin du « James Harden de Houston ».

La série contre le Heat cette année en est l’exemple parfait. Alors que Joel Embiid était gêné par une fracture orbitale et un problème ligamentaire au niveau du pouce, les Sixers avaient besoin d’un Harden incisif. Il avait la lourde tâche de prendre le relais du Camerounais au scoring.

James Harden et Joel Embiid, dans le Game 4 de la série face au Heat. Photo : David Dow/NBAE via Getty Images

Il ne faut pas se voiler la face. La défense proposée par Miami a profondément limité « The Beard ». Victor Oladipo et PJ Tucker, en mission, ont su éteindre un Harden qui n’a plus ses jambes d’autrefois, en défendant fort sur l’homme et en le coupant de tous les ballons.

 La capacité de Bam Adebayo à switcher en défense et à tenir les duels à l’extérieur a bloqué l’accès au cercle au meneur de Phillie et limité le jeu des Sixers sur pick and roll. Résultat des courses, un James Harden réduit à seulement 18 points et 7 passes, à seulement 40,5 % au tir et près de cinq pertes de balles.

Après une fulgurance au Game 4 (31 points, 9 passes et un quatrième quart-temps très clutch), les interrogations sont immédiatement revenues. Harden a-t-il retrouvé le niveau affiché chez les Rockets ? Peut-il porter les Sixers jusqu’en finales de Conférence ? Mais lors du match 6, tandis que Miami menait 3-2, le barbu fini la rencontre à 11 points, sans en marquer un seul en seconde période. Une contre-performance tellement représentative du déclin de l’ancien MVP.

« Depuis que nous l’avons récupéré, tout le monde s’attendait à ce qu’il soit le James Harden de Houston, mais ce n’est plus ce qu’il est désormais », commentait alors Joel Embiid, visiblement déçu, à la fin de la série. « C’est plus un créateur. Je pense qu’il aurait pu être, à des moments, plus agressif. »

En ce qui concerne son association avec Embiid sur pick and roll, le duo n’a pas su répondre aux attentes placées en lui après le trade. Sur ces Playoffs, James Harden n’a joué en pick and roll que sur 22 % de ses possessions, pour un total de quatre points marqués par match à 40 % au tir. C’est peu, trop peu. En guise de comparaison, lors de la saison 2016-17, Harden scorait près de 12 points par match sur pick and roll.

Embiid, lui, n’a joué que 13 % de ses possessions en tant que roll man, pour seulement trois points par match. Un chiffre loin des attentes de ceux qui espéraient voir Harden et Embiid piétiner les défenses adverses sur pick and roll.

Quand on sait les ravages que le duo Harden/Capela a fait pendant ses quelques années à Houston, il y a de quoi nourrir des regrets. Le Camerounais et l’ancien meneur d’Arizona State n’ont jamais vraiment développé un jeu à deux. Ils avaient pourtant toutes les qualités pour dominer grâce à cette arme royale de la NBA moderne.

Changement de règles sur les fautes sur tir : si impactant que ça ?

Depuis le début de la saison 2021-22, les arbitres ont pour consigne de ne plus siffler en faveur des attaquants qui cherchent à tout prix la faute, parfois de manière à la limite du ridicule. James Harden, spécialiste en la matière a naturellement été affecté par ce changement de règle.

Cependant, si son nombre de lancers francs tentés par match a dégringolé en début de saison, le meneur de jeu a plutôt réussi à s’adapter. Il termine la saison à 8,2 lancers tentés par matchs, contre 7,3 l’année dernière, avant que les nouvelles règles entrent en vigueur. Cette moyenne monte même à 8,9 depuis qu’il a rejoint les rangs des Sixers.

James Harden sur la ligne des lancers francs, un exercice dont il a été le maître pendant six saisons consécutives, de 2015 à 2020. Photo : Mitchell Leff/Getty Images

Mais on le sait, le basket de saison régulière et celui des Playoffs sont deux sports complètement différents. Les défenses se resserrent, le jeu devient plus dur et les coups de sifflet se font plus rares. Harden n’échappe pas à la règle et son nombre de lancers provoqués est tombé à 6,3 sur cette campagne 2022.

Il faut se rendre à l’évidence. James Harden n’est plus le scoreur All-Time qu’il était à Houston — il ne le sera sûrement plus jamais. Son jeu a évolué avec son physique, son âge, son contexte collectif. Effectivement, ce nouveau style peut être frustrant, décevant. Mais n’est-ce pas ce qui colle à la peau d’Harden depuis plusieurs années maintenant ?

L’été sera particulièrement agité pour Harden et les Sixers. Le joueur aura le choix d’activer une Player Option de plus de 47 millions de dollars pour la prochaine saison, ou de devenir Free Agent. S’il penche pour son option, il sera ensuite éligible à un contrat max de 223 millions de dollars sur quatre ans.

Compte tenu de la baisse significative du niveau de jeu du barbu, ce dernier pourrait tout simplement signer dès cet été un nouveau contrat en dessous du maximum avec les Sixers, et ainsi ne pas prendre le risque de passer à côté d’un bon paquet d’argent. Selon les dernières rumeurs, c’est d’ailleurs ce scénario qui se profilerait. L’avenir autour de James Harden est incertain, la Free Agency s’annonce encore une fois riche en rebondissements…

Photo : Mark Blinch/NBAE via Getty Images

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