« Je ne parle pas aux journalistes, parce qu’ils vont écrire ce qu’ils veulent écrire, alors laissez-les écrire ce qu’ils veulent. »

Moses Malone

Moses Malone, un Grand parmi les grands

par Marvyn Guyton
Publié le Modifié le

Connaît-on vraiment Moses Malone, grand oublié des Big Mens ? Malgré des années de domination, des records All-Time et de nombreuses distinctions, son nom semble s’effacer chaque année un peu plus de la mémoire des fans.

Malone, c’est trois titres de MVP et un titre de champion NBA avec les Sixers, MVP des finales à la clé. Il a été l’un des seuls à tenir tête à des joueurs comme Kareem Abdul-Jabar, Elvin Hayes, Bill Walton ou encore Willis Reed.

Celui que l’on appelle le « Président des rebonds » détient un record intouchable en NBA : 7382 rebonds offensifs. Ce joueur est l’un des meilleurs rebondeurs de l’histoire, un monstre de la raquette, mais aussi un pionnier pour les joueurs passés de la case lycée à la grande Ligue comme Kobe Bryant, Kevin Garnett, ou encore LeBron James.

En quelques mots, Moses Malone est une légende absolue, un Grand parmi les grands. Et comme lui-même le suggère, nous allons écrire ce que nous avons envie d’écrire.

1974-75 : Moses le géant en ABA

« J’ai compris que si tu n’attrapes pas la balle… Tu ne peux pas la tirer. »

Moses Malone

Moses Malone est drafté à l’âge de 19 ans, par les Stars de l’Utah. Tout juste sorti du lycée, il rejoint la ABA — ancienne ligue star et concurrente de la NBA — pour 565 000 $ sur quatre ans. En 1974, il s’agit d’une énorme somme d’argent pour un athlète que l’on n’a jamais vu évoluer au-delà du lycée.

Les 2,08 m de Malone ne sont pas particulièrement impressionnants pour un pivot. Toutefois, cela ne l’empêche pas de compiler 18 points par match, 14,6 rebonds et 1,5 contre par match dès sa première saison en ABA. Malone n’est peut-être pas grand par la taille, mais il l’est par le talent.

Le jeune Moses Malone, sous les couleurs des Stars de l’Utah (1974/1975).

À la fin de l’année, sa sélection dans la All-Rookie Team relève de l’anecdote. En milieu d’exercice, le petit géant a déjà obtenu sa première étoile au All-Star Game, un début de carrière qui annonce la couleur.

1975-82 : Arrivée en NBA et décollage vers les sommets

La saison suivante, en 75, les Stars ont des problèmes financiers. La franchise est contrainte de transférer ses joueurs, dont Moses, qui rejoint brièvement les Spirits de Saint-Louis.

En 1976-77, la ABA et la NBA fusionnent. Pendant la Draft de dispersion, Moses est sélectionné en 5e position par les Trail Blazers. Malheureusement, Portland compte déjà en ses rangs un futur All-Star du nom de Bill Walton. Malone est alors envoyé aux Braves.

Malone ne joue que deux matchs pour Buffalo. Les négociations de contrat avec sa franchise ne mènent à rien, les deux camps n’arrivent pas à s’entendre. Une fois de plus, le pivot doit déménager, cette fois-ci aux Rockets.

Après ce long périple, le jeune homme de 21 ans trouve enfin un peu de paix. À Houston, on le laisse se poser, s’habituer à ses nouvelles couleurs. Au cours de ses 80 premiers matchs dans le Texas, il s’empare du titre de meilleur rebondeur offensif de la ligue avec 437 rebonds.

Aux Rockets, Moses Malone prend une nouvelle dimension et devient « The Chairman of the Boards » (le président des rebonds). Photo : James Drake / Sports Illustrated (1979)

Enfin, dans un cadre propice à son développement, Big Mo ne fait plus que progresser. D’une saison à l’autre, ses stats se bonifient, il rejoint peu à peu l’élite de la ligue. Il faut attendre la saison 1978-79 pour son avènement. Il obtient alors son premier titre de MVP.

En Playoffs, Malone ne connaît pas le même succès. Cette année-là Houston se fait sweeper 2-0 par les Hawks d’un certain John Drew. La saison suivante, il emmène les Rockets en finales NBA, contre les Celtics de Larry Bird. Seulement, tombés face à des adversaires d’un autre calibre, ils perdent la série 4 matchs à 2.

Le leader des Rockets ne se laisse pas abattre. En 1981-82, il regagne son titre de MVP. Il affiche alors des moyennes de 31,1 points et 14,7 rebonds, témoignage de sa domination sur le terrain.

Moses est une sorte de Shaquille O’Neal avant Shaquille O’Neal. Lors de sa saison MVP, son efficacité dans la raquette est telle que ses adversaires tentent de faire des fautes volontaires pour l’empêcher de marquer. Sur la ligne des lancers, à l’inverse de Shaq, Malone réussit la plupart de ses tirs. Pour arrêter Malone, il faudra plus que ça.

Malgré la magnifique saison de son leader, les Rockets se heurtent à un mur. Ils sortent dès le premier tour des Playoffs face à Seattle, emmené par Gus Williams et Jack Sikma. C’est la goutte de trop pour Malone, qui décide de quitter Houston après six saisons.

1982-83 : La consécration

« La différence par rapport à la saison 1981-82, c’est Moses. »

Billy Cunningham, coach de Philadelphie

Pendant l’été, il rejoint Philadelphie, la ville de l’amour fraternel d’un certain Julius Erving. Les deux derniers MVP en titre s’allient alors pour former l’un des duos les plus dangereux de l’histoire de la NBA.

Lors de sa première saison avec les Sixers, Moses tourne à 24,5 points et 15,3 rebonds de moyenne. En prenant 6 tirs de moins que la saison précédente, il reste phénoménal dans le jeu. L’équipe avait besoin de renforcer leur frontcourt, voilà la chose faite.

Au cours de cette saison, il remporte son troisième titre de MVP. Une fois de plus, il finit meilleur rebondeur de la ligue. Avec le niveau dantesque de son pivot, Philadelphie finit à la première place de l’Est avec l’un des meilleurs bilans de son histoire : 65 victoires pour 17 défaites.

Moses Malone et Julius Erving, le duo épatant des Sixers. Photo : Manny Millan / Sports Illustrated

Avant les playoffs, Moses Malone nous gratifie de sa déclaration la plus célèbre, seulement trois mots : « Fo », Fo », Fo’ ». Il annonce le chemin le plus court jusqu’à la bague : trois séries à 4-0.

Au premier tour, Philadelphie sweep les Knicks de l’excellent ailier Bernard King. Ensuite, ils laissent filer un match aux Bucks du jeune arrière Sidney Moncrief pour finalement remporter la série 4-1. Ils retrouvent en finale les Lakers qui les avaient battus l’année précédente. Revanchards, et désormais accompagnés de leur pivot dominant, les Sixers ne font qu’une bouchée des Lakers de Magic Johnson et Kareem Abdul-Jabbar, 4 matchs à 0 !

Four, Five, Four. La prédiction de Moses Malone aura été presque parfaite. Pour arriver au titre, les Sixers n’auront connu la défaite qu’une seule fois. Pour rendre hommage à la prophétie du pivot, Philadelphie fait graver sur la bague des champions les inscriptions « Fo », Fi », Fo’ ».

Moses Malone, sacré champion face aux Lakers de Magic Johnson et Kareem Abdul-Jabbar. Photo : Peter Read Miller / Sports Illustrated via Getty Images

Ce titre cristallise la domination du Chairman of the boards dans la raquette. En concurrence avec de grands pivots comme Bill Cartwright, Bob Lanier et Kareem Abdul-Jabbar, c’est bien Malone qui finit MVP et MVP des Finales cette saison-là.

Pour l’anecdote, c’est avec des Air Force 1 aux pieds que Moses réalise ces exploits. Aujourd’hui très prisée, la chaussure venait alors de naître en 1982. À son échelle, Big Mo’ était l’ambassadeur de Nike bien avant Michael Jordan.


1984-95 : Moses Malone, le mentor

La saison suivante est moins glorieuse pour Malone., qui manque 10 matchs, dont le All-Star Game. Les Sixers se qualifient en playoffs, mais avec des performances en dents de scie à l’image de celles de son pivot, Philly échoue au premier tour (3-2) face aux Nets de Darryl Dawkins.

À la Draft de 1984, un gamin de l’Alabama surnommé « Chuck » débarque en Pennsylvanie. Moses le prend sous son aile avec son franc-parler, ce qui changera complètement la carrière du futur Sir Charles.

« Malone a sauvé ma carrière… Quand je suis allé le voir pour lui demander pourquoi je ne jouais pas plus, il m’a regardé de haut en bas pour me lancer un “tu es gros et fainéant, voilà pourquoi. On ne peut pas jouer au basket comme ça.” »

Charles Barkley

Grâce à la franchise de son mentor ainsi qu’aux entrainements personnalisés qu’il lui fait faire avant et après chaque entrainement collectif, Charles Barkley perd plus de 20 kilos. Avec Erving, Malone — meilleur rebondeur pour la cinquième saison consécutive, un record à l’époque — et ce jeune rookie surnommé « Baby TGV », les Sixers regagnent les Finales NBA.

Charles Barkley aux côtés de son mentor, Moses Malone. Photo : Ron Koch / NBAE via Getty Images

Face aux Celtics, ils ne tiennent toutefois pas la route. Asphyxiés par Parish, Bird et McHale, ils perdent 4-1. Cette défaite laissera un sentiment amer à Malone, qui fera une dernière pige avec ces Sixers, sans participer aux playoffs.

Après la draft 1986, un long voyage vers la fin de sa carrière commence. Il est envoyé à Washington, où il passe deux années tout à fait anecdotiques. S’ensuivent trois saisons aux Hawks aux côtés de Dominique Wilkins, puis deux ans aux Bucks. Plus Malone avance, plus il passe de temps sur le banc.

Il revient aux Sixers pendant une saison, pour enseigner à Shawn Bradley sa science du rebond. Finalement, il termine sa carrière avec un nouveau maillot, celui des Spurs de San Antonio, où il a l’occasion de transmettre quelques conseils à David Robinson.

Malheureusement touché à la jambe droite en janvier 1995, Moses prend sa retraite au terme de 21 ans de carrière, dont une large part de domination.

Moses Malone, une lueur dans l’ombre

À l’époque où Moses Malone domine la ligue, l’attraction médiatique de la NBA est encore loin de son zénith. Dans les années 70, la ligue pâtit d’une très mauvaise image : beaucoup de bagarres, beaucoup de problèmes en interne avec l’alcool et, surtout, la drogue.

« Si la cocaïne était de l’hélium, toute la NBA flotterait en l’air. »

Art Rust, journaliste sportif

À cette époque, la ABA a explosé aux yeux du grand public en mettant la main sur des joueurs stars, à l’image de Julius Erving, Rick Barry et, bien sûr, notre joueur. Mais en raison d’un manque de recettes et d’une perte d’exposition médiatique, la ABA et la NBA sont poussées à fusionner. Le basketball américain est alors très loin de ce qu’il est aujourd’hui.

Il faut attendre la transition vers la décennie suivante pour que les médias s’intéressent réellement à la ligue. On voit apparaître deux joueurs qui changeront tout : Larry Bird et Magic Johnson. L’un joue aux Celtics, l’autre aux Lakers. Le premier est blanc, le deuxième noir. La rivalité entre le « fermier » de l’Indiana et le meneur flashy du Michigan lors de cette décennie est mise en avant dans les médias. Ce duel fait de l’ombre à tous les autres grands joueurs de ces années-là, dont Moses Malone.

La ligue en joue beaucoup, avec les droits télévisés qui explosent, puis la draft de 1984 avec l’arrivée de Jordan, Olajuwon et Barkley accélère encore les choses.

Moses Malone avec Michael Jordan et Patrick Ewing, la nouvelle génération. Photo : Andrew D. Bernstein / NBAE via Getty Images

Les projecteurs n’ont pas le temps pour Moses Malone. Arrivé dans la ligue au mauvais moment, il n’a jamais vraiment eu l’occasion de prendre la lumière. Joueur humble, il n’a jamais lui-même prétendu au titre de meilleur joueur. Grand travailleur au franc-parler et à l’humour notable, il était apprécié par ses coéquipiers, mais n’avait pas le profil d’une grande star.

« Avec Moses, il n’y a pas de temps mort, pas de temps de pause. Il bosse, marque, prend des rebonds et vous fait ressentir sa présence, par son corps. Il rigole quand il dunke sur vous. Si on essaie de souffler, il vous marche dessus. Il n’y avait aucun répit. »

Charles Barkley

Un mentor pour tous

« Un jour, il y aura peut-être un autre lycéen qui rentrera au Hall Of Fame. »

Moses Malone

Le souhait de Moses se réalisera 20 ans après sa retraite. Des joueurs qui sont passés directement du lycée à la grande ligue après Malone, il y en a eu. Mais seulement deux sont entrés au Hall of Fame : le rigoureux Kevin Garnett et la légende Kobe Bryant.

Pour ces joueurs, Big Mo’ a été un précurseur. Pour de nombreux intérieurs, il a été un modèle. Pour certains, il a été un mentor.

 « Il n’a jamais dit ce qu’il avait fait pour moi. La plupart des gars, quand ils deviennent des mentors, le disent tout fort. Pas Moses. C’est la plus belle chose possible », témoigne Charles Barkley.

Moses Malone en 2005, avec Walt « Clyde » Frazier et Kareem Abdul-Jabbar. Photo : Duffy-Marie Arnoult / WireImage

« Je connaissais les règles, les bases de ce jeu et ce que j’étais supposé faire. Il m’a appris comment les mettre en pratique. Je ne pouvais pas aller face à lui, il était trop fort physiquement. Je devais donc apprendre à utiliser ma vitesse, mon agilité pour le contourner. C’est ainsi que j’ai construit mon jeu », se souvient Hakeem Olajuwon, à propos de ses entraînements avec Malone.

Le Président des Rebonds avait une philosophie de jeu unique. Peu de joueurs ont eu autant d’estime que lui pour l’art du rebond. Ayant certainement eu comme exemple Wilt Chamberlain ou bien Bill Russell, il avait déjà posé les préceptes de son jeu à l’âge de 14 ans.

« Décider de ce que l’on fait de mieux, et s’améliorer en bossant sans relâche. Alors, pendant que tous les autres gosses voulaient tirer comme George Gervin. Moi je me défonçais sous les panneaux ! Parce que j’ai compris que si tu n’attrapes pas la balle… Tu ne peux pas la tirer »,se rappelle Malone.

Moses Malone nous a quittés en 2015. En regardant en arrière, il n’était certainement pas le pivot le plus flashy, ni le plus charismatique, mais il s’agissait d’un travailleur acharné et de l’un des meilleurs joueurs de son époque. Un exemple d’éthique pour beaucoup de basketteurs, encore aujourd’hui un modèle pour les nouvelles générations.

Son impact dans ce sport est gigantesque. Il reste indéniablement l’un des plus grands joueurs de l’histoire. Trop souvent oublié, l’ombre du grand Moses Malone plane toujours sur les parquets, à travers son héritage.

Photo de Moses Malone et Julius Erving : Rick Stewart/ Getty Images

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