Les Raptors de Toronto, l’équipe la plus imprévisible de la NBA ?

par Marvyn Guyton

Depuis le début de l’année, les Raptors sont redoutables à jouer. Après la désillusion de la saison 2020/2021, l’équipe prouve match après match qu’elle peut être un contender sans véritable star. Excellent en défense, ce collectif est imprévisible, surtout face aux grosses cylindrées où il ne laisse rien passer. Et pourtant, les Raptors sont moins performants face aux plus petites franchises. Serait-ce la façon d’aborder les matchs ? Le système de Nurse, un cinq sans pivot ?

Chris Boucher, Pascal Siakam et Fred VanVleet, les « anciens » des Raptors, un trio qui fonctionne bien !
Photo Morry Gash / The Associated Press

Pour comprendre le roster de cette équipe, il nous faut faire un retour en arrière. L’année dernière, les Raptors ont fini 12e de la conférence Est, ce qui leur a permis de récupérer le 4e choix de la draft 2021, Scottie Barnes. Un ailier fort moderne, un freak en d’autres termes.

Mais le plus gros changement dans ce roster s’est déroulé pendant la Free Agency. Les Raptors se sont séparés de leur meneur « Star », Kyle Lowry via un sign and trade. En échange Toronto récupérait Goran Dragic, le sophomore Precious Achiuwa et un second tour de draft. Malgré cet échange, les Raptors ne font jamais jouer le meneur slovène espèrent s’en séparer pendant la trade-deadline 2022.

Toronto, depuis le début de la franchise en 1995, n’a jamais été un gros marché de la NBA. Même avec leur titre en 2019, les joueurs « Stars » ne se bousculent pas pour venir au Canada. Malgré cela, le Général Manager Masai Ujiri sait très bien comment faire pour rendre attractive son équipe.

Du point de vue de Mike Laviolle, journaliste de L’Express de Toronto : «  Le staff mise sur le développement des joueurs, pour qu’ils puissent devenir des futures « Superstar ». Ils concentrent aussi leurs efforts sur le développement des jeunes joueurs en G-League. ».

D’ailleurs, leur vision fonctionne puisque Pascal Siakam, Chris Boucher et Fred VanVleet néo All-Star, viennent directement de l’équipe de G-League de la ville, les Toronto 905.

Avec déjà 14,6 points de moyenne et une place de starter impossible à lui défaire, Scottie Barnes réalise un prometteur début de carrière. Illustration Anthony Filieul, @JeffCreaDesign.

Une transition sans « superstar »

Depuis le début de la saison, le coach des Raptors met en place un 5 de départ sans pivot, composé de Fred Vanvleet, Gary Trent Jr, un Scottie Barnes directement responsabilisé lors de sa première saison, OG Anunoby et Pascal Siakam. Ce line-up est capable de switcher sur tous les postes, la pierre angulaire de leurs succès, mais aussi de leurs défaites. Mais quant à l’opinion de Joshua Andres, compte fan Toronto Raptors France : « Les Raptors commencent les débuts de match en dent de scie, mais avec une seconde mi-temps bien meilleurs au scoring et en défense, ils arrivent à s’ajuster par rapport à l’adversaire. » 

Le système défensif de Nurse est simple, mais repose énormément sur l’intelligence de ses joueurs. Il se base régulièrement sur une zone, avec beaucoup d’aides et des rotations défensives – la défense homme à homme se fait rare. Ce système est complexe, très paradoxal, mais très efficace lorsque tous les joueurs sont concentrés. Avec ce système de « Positionless Basket-ball », les Raptors se calquent sur le profil de Pascal Siakam. Avec lui en intérieur, les Raptors tentent beaucoup de prises à deux quand un pivot adversaire vient au poste, avec soit Vanvleet ou soit Trent Jr venant en aide pour intercepter la balle ou dévier la trajectoire de la passe. Ce système semble parfaitement fonctionner !
En effet, les Raptors sont actuellement la 3e meilleure équipe en interception et la meilleure équipe en déviation de balle. Mais comme nous l’évoquions précédemment, cette défense est très paradoxale. Si les joueurs ne font pas les efforts, le système défensif ne sert pas à grand-chose. Il est basé sur le QI basket des joueurs.

Côté attaque, Nurse a beaucoup de plan de jeux : un 5 plutôt petit, dont trois joueurs qui font moins de 2,03m. Le Small-Ball est de rigueur, mais cela n’empêche pas les Raptors d’être actifs aux rebonds offensifs. Car les postes 3 à 5 ne sont pas définitifs.

« Pascal Siakam est en train de jouer le meilleur basket de sa carrière.»

Mike Laviolle, journaliste de L’Express de Toronto

Les systèmes se reposent sur Siakam la plupart du temps, ce qui lui permet de jouer le rôle de porteur de balle « faiseur de jeu ». Il devient le centre de l’attaque. Il doit amener des prises à deux sur lui, car vu sa taille, il est trop rapide pour les joueurs de grande taille, et il est trop costaud pour les joueurs plus petits que lui. Cette année, Pascal tourne à plus de 20 points, 8 rebonds et 5 passes par matchs, il rentre dans la même catégorie qu’un Jokic ou bien d’un Giannis. Il a énormément développé son QI en passe cette année et est en train de jouer le meilleur basket de sa carrière. Avec ce Small-Ball concentré sur Siakam , le rôle de Fred Vanvleet est celui d’être un meneur-scoreur en catch and shoot.

OG Anunoby ou encore Gary Trent Jr, le spectacle peut venir de toute part chez ces Raptors !
Photo Brad Penner, USA TODAY Sports / Reuters

Vanvleet n’a pas que ce rôle-là. D’après Joshua, voici son rôle : « Depuis le départ de Kyle Lowry, Fred Vanvleet devient le maestro de l’équipe, il est le leader naturel des Raptors. Il progresse de jour en jour. Il sait gérer une attaque de A à Z, il met les systèmes en place. ».

Malgré sa petite taille, il drive vers le cercle pour casser les défenses, il joue énormément de minutes, 38,6min par match. Fred est le 3e joueur de la ligue qui marque le plus de 3 points, derrière Curry et Hield . Grâce à ses performances, Fred Vanvleet devient All-Star pour la première fois alors qu’il n’a pas été drafté ! Il rejoint des joueurs comme Ben Wallace, John Starks ou bien Brad Miller.

Le rôle de Barnes est de plus en plus important dans ce roster la preuve en est qu’il joue énormément de minutes pour un rookie (36,2min). Ce joueur n’a pas été choisi par hasard. Outre ces qualités sportives, Masai a choisi ce rookie lors de la draft, car c’est un travailleur acharné, qui possède un véritable état d’esprit de gagnant, qui a un potentiel énorme. Grâce à tout cela, Scottie est sélectionné aux Risings Stars Challenge, et il est dans la course au Rookie de l’année.

Le 4e joueur du cinq majeur dont on va parler, c’est Gary Trent Jr. Depuis son arrivée après la deadline 2021, à la place de Norman Powell, Trent Jr démontre que cette année est une année de progression. Sa façon de jouer repose énormément sur son adresse. C’est un jeu très risqué, mais grâce aux rebonds offensifs de ces coéquipiers, cela lui permet d’exprimer plus facilement son jeu. Il est aussi plus régulier, avec ses step-backs et son jump shot mid-range. Mais là où il a le plus progressé, c’est en défense. Le système de Nurse lui permet d’être plus libre, de couper les lignes de passes, d’être plus impactant malgré son petit gabarit.
Avant la victoire contre les Bulls, il était sur une série de 5 matchs à plus de 30 points par matchs avec aux moins cinq 3 points marqués. Cette stat le place au même niveau que Lillard, Harden et Curry.

Quant à Anunoby, c’est un joueur polyvalent, mais très irrégulier. Il est capable d’assurer en défense, de prendre des rebonds offensifs, mais aussi de sanctionner à 3 points.

Leader de ces jeunes Raptors, Fred VanVleet connaîtra cette saison sa première sélection au All-Star Game.
Illustration Anthony Filieul, @JeffCreaDesign.

À l’approche de la trade deadline, des transferts sont-ils envisageables ?

Cette saison 2021/2022, le 5 majeur des Raptors est le 5 qui joue le plus de minutes. Exemple typique du système de Nurse : lors d’un match contre Miami, le 29 janvier, ils jouent un triple overtime avec la victoire au bout (124-120). Au final, le 5 majeur devient l’équipe qui a disputé le plus de minutes en même temps, 50min ou plus pour être précis.

Avec beaucoup de joueurs en développement, Nurse vise la victoire absolument et son objectif comme beaucoup d’équipes, est de se qualifier pour les Playoffs. Les rotations du coach sont basées sur le 5 majeur et Chris Boucher en tant que 6e homme. Le reste du roster ne joue pas beaucoup, excepté lors du garbage time. D’après les titulaires, cela leur permet de créer « une alchimie de groupe ».

En espérant que la trade dealine leur permettra de se renforcer, car ils n’ont pas un banc pour tenir tête face aux autres équipes de l’Est en Playoffs.

En parlant de la trade-deadline, qui aura lieu ce 10 février, beaucoup de journalistes parlent d’un renforcement au poste de pivot, mais cet objectif divise beaucoup les fans des Raptors.
Ici, on parlera plutôt d’une envie de voir un poste 2 shooter-défenseur, qui pourrait être utile au vu de l’ADN défensif des Raptors.

Eric Gordon de Houston ou Alec Burks des Knicks seraient les fits parfaits pour incarner un rôle de vétéran sur le banc des Raptors. Mais si on devait faire un blockbuster trade pour un salary space, le nom de Bogdan Bogdanovic serait un joueur intéressant pour les canadiens, très bon shooter et excellent défenseur.

Pascal Siakam, qui joue à un niveau extraordinaire depuis plusieurs semaines, a fait partie de quelques rumeurs de transferts. Ses quelques mésententes avec Nick Nurse et son management pourraient-ils lui coûter sa place pour autant ?
Photo Matt Marton / Associated Press

Quel package contre ce genre de joueur ?

Première option : les Raptors cherchent absolument à échanger Goran Dragic, comme écrit en début d’article, qui n’est pas le bienvenu dans le roster de cette équipe.

Deuxième option : les Raptors peuvent possiblement se séparer d’un pick de draft et de Malachi Flynn. En effet, ce jeune meneur qui se développe en G-League a beaucoup de qualités, il tourne à 20,8 points de moyenne cette saison.

Troisième option : un tarde peu probable, Chris Boucher, 29 ans, qui est en fin de contrat. Son futur est incertain dans ce roster qui cherche absolument un vétéran.

Pour finir avec ces Raptors 2.0, cette équipe est composée de garçons qui donnent tout en attaque comme en défense, s’ils continuent sur cette dynamique, aura-t-elle la même gloire que certains Pistons de 2004 ? Une équipe rugueuse sans star prédéfinie, mais avec une capacité à se battre jusqu’au bout. Encore un peu juste pour viser les hauteurs de la ligue, les Raptors apparaissent néanmoins comme une équipe redoutée pour qui viendrait les croiser en Playoffs.

Merci à Mike Laviolle, journaliste de L’Express de Toronto et Joshua Andres, du compte Toronto Raptors France, pour leurs informations au sujet des Raptors et à Anthony Filieul, graphiste et adorateur des Raptors, pour ses illustrations.

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