Comment Chris Paul a transformé l’attaque des Clippers de Lob City ?

par Raphaël Delaveaux
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Chris Paul est souvent défini comme le Point God. Un “meneur pur”, qui dicte le tempo du match pour ses coéquipiers, mais aussi pour ses adversaires. Lors de son arrivée aux Los Angeles Clippers juste avant le début de la saison 2011-12, CP3 a permis aux Clips de passer dans une nouvelle dimension, en devenant les Lob City Clippers.

Les dirigeants des Clippers savent que dans leur roster, ils ont le partenaire idéal pour Chris Paul : Blake Griffin. Un dunker féroce et athlète aérien, qui venait d’effectuer sa première saison, avait permis à la franchise de Los Angeles de gagner 32 rencontres et de finir 13èmes à l’ouest.

Une saison en demi-teinte, mais les Clippers peuvent compter maintenant sur Blake. Blessé, il avait manqué tout l’exercice 2009-10, mais dès son retour, il remporte le titre de Rookie de l’année avec des lignes statistiques impressionnantes : 22,5 points, 12,1 rebonds et 3,8 passes décisives. L’ancien pensionnaire de l’université d’Oklahoma est même élu All-Star, une rareté pour un Rookie.

Le front office des Clippers sait que Paul peut sublimer cet effectif prometteur : les Clippers envoient Chris Kaman, Al-Farouq Aminu, Eric Gordon et le premier tour de draft 2012 de Minnesota aux Hornets, en échange de Chris Paul et deux futures second tours. La machine est lancée, les Clippers deviennent compétitifs, CP3 va changer radicalement la destinée des californiens

Rendre ses coéquipiers meilleurs

Chris Paul, c’est ce qu’on peut appeler “un vrai meneur”, dans tous les sens du terme. Il mène le jeu, il mène ses coéquipiers et les rend meilleurs. Pendant ses deux premières saisons en Californie, les Clips shootaient mieux de 2,4 % quand CP3 était sur le parquet.

Pour montrer son impact sur ses coéquipiers, prenons pour preuve Jamal Crawford : en 2012-13 avec les Clippers, quand J Crossover était sur le terrain sans CP3 à la mène, il tirait à 32,9 % derrière la ligne à trois points. Quand le Point God était sur le parquet en même temps que Jamal, ce dernier tirait à 42 % du parking. Paul est un vrai facilitateur qui améliore les qualités des joueurs autour de lui.

Le Point God, c’est aussi un vrai régal pour les shooteurs. Au fil des années, les Clippers ont ajouté des spécialistes à trois points pour parfaire leur effectif, et ils ont réalisé parmi leurs meilleures saisons au tir en carrière. J.J Redick, arrivé en Californie en 2013, a shooté à 47,5 % en 2015-16, son record en carrière avec Chris Paul comme meneur. Eric Bledsoe (presque 40 %), Hedo Turkoglu (44 %), Lance Stephenson (40,4 %) et bien d’autres ont réalisé leur meilleure saison au tir sous CP3. Avec l’ancien joueur de Wake Forest sur le parquet, c’est quelqu’un à qui on doit consacrer toute son attention.

Forcément, des espaces sont libérés, des shooteurs sont ouverts, les tirs sont bons, les paniers rentrent… CP3, c’est la définition du facilitateur de jeu.

Sur le papier, les Clippers de 2015-2016 avaient tout d’un favori au titre.
Photo : Michael Bernstein / NBAE via Getty Images

Une efficacité hors du commun

Chris Paul, c’est un des meilleurs ratio passe/balle perdue de l’histoire de la grande ligue : 3,9 passes pour une perte de balle. Cette statistique folle fait de Paul un joueur plus efficace que John Stockton (3,72 assist/tov), Isiah Thomas (3,3) ou Jason Kidd (3,66). Le point d’orgue de son efficacité, c’était lors d’un match de décembre 2016 contre les Pelicans : 20 points à 8 sur 16 au tir, 20 passes décisives, mais surtout 0 ballon perdu. Un récital de propreté qui montre très bien ce qu’un Chris Paul en forme peut faire à n’importe quelle équipe de NBA.

Aussi, au début de la saison 2011-12, lors des 4 premiers matchs, quand CP3 était sur le terrain, son équipe perdait un ballon toutes les 14 minutes ; sans lui c’était toutes les 2 minutes, soit une différence de plus de 20 ballons perdus par match avec le meneur sur le banc.

Sur le terrain, quand Chris Paul est là, c’est lui qui monte la balle. Il s’assure que le système est bien lancé, bien exécuté, que la bonne coupe est effectuée. Il calcule à quel moment la passe, donnée dans le bon tempo, va finir dans les mains de son coéquipier pour qu’il y ait panier au bout.

La franchise californienne a bénéficié grandement de la science du jeu de CP3 au fil des 6 saisons qu’il a passées à la mène. Les Clippers font plus de passes décisives quand Paul est sur le terrain, ils perdent moins de ballons (un des taux les plus bas de la ligue), ils tirent mieux.

Photo : EPA / Paul Buck Corbis Out

Son impact s’est ressenti directement : 5 matchs après son transfert, les Clips sont passés de 16e à 2e en effective field goal percentage (pourcentage ajusté, en calculant qu’un 3 point est 1,5 fois plus important qu’un panier à 2 points) et de 17e à 4e en true field goal percentage (adresse globale qui prend en compte les lancers francs). Plus de tirs ouverts équivalent forcément à plus de tirs rentrés !

L’adresse globale des Clippers est bonifiée par la seule présence de Paul sur le terrain. Car CP3, ce ne sont pas seulement des statistiques, c’est une présence sur le terrain qui requiert plus d’attention qu’un joueur lambda. C’est une aubaine pour les joueurs autour, car ils savent que le meneur a la vision de jeu nécessaire pour trouver ses partenaires démarqués.

Encore une fois, de la saison pré-CP3 aux 4 premiers matchs du meneur dans la Cité des Anges, les Clippers passent de 101,8 points par 100 possessions (23e) à 107,9 points par 100 possessions. Aussi, son équipe marque 21,8 points de plus par 48 minutes quand Paul est sur le parquet. L’ancien meneur de Wake Forest rend les autres meilleurs dans tous les aspects du jeu.

Maître de l’attaque et du spectacle, leader incontesté

Il n’a besoin que d’un intérieur qui peut attraper des alley-oop et CP3 fait des passes décisives. Il n’y a qu’à voir ce que le meneur a réussi à faire de DeAndre Jordan : un intérieur grand et athlétique, capable d’aller chercher un peu n’importe quelle balle dans les airs, il est passé d’un joueur NBA lambda à un membre de la All-NBA first team en 2015-16 ; et même un All-star en 2016-17, en 12,7 points, 13,8 rebonds et 71,4 % aux tirs. Évidemment, l’image parfaite de CP3 pour DJ, c’est ce alley-oop monumental contre Detroit, où le pauvre Brandon Knight ne peut que s’incliner et tomber face à la violence de l’action.

Son autre intérieur, Blake Griffin, a pris aussi une autre dimension avec son meneur. Ses moyennes restent à peu près les mêmes que sans Chris Paul au poste de meneur, mais par exemple lors de l’exercice 2011-12, première saison de CP3 aux Clippers, Blake est passé de 50,6 % à 54,9 % de réussite aux tirs. Les highlights sont envahies des passes de Chris Paul pour Blake Griffin, qui se finissent bien souvent en dunk très violent, et tout en haut de top 10 de la nuit.

Avec une saison à plus de 50 victoires, CP3 et DeAndre Jordan ont été récompensés d’une sélection dans la All-NBA 1st team en 2015-2016. Photo : Nathaniel S. Butler / NBAE via Getty Images

Dernier aspect de son jeu, le leadership. Chris Paul est un leader, le premier qui prend la balle sur l’action, qui annonce le système et guide ses partenaires pour les placer là où il faut. C’est un joueur clutch, on se rappelle par exemple de ce petit game-winner face aux Spurs au premier tour des playoffs 2015, d’un petit runner tout en toucher et en finesse, contre la planche.

Malheureusement, ce leadership et toutes ces qualités n’ont jamais permis aux Clippers d’accéder ne serait-ce qu’aux Finales de Conférence. Un manque de ce quelque chose qui fait les très grands joueurs peut-être. Dans ces mêmes playoffs 2015, les Clippers s’écroulent face aux Rockets, après avoir mené la série 3 matchs à 1. Il ne joue que 5 matchs et perd 3 de ces 5 rencontres. Pourtant, ses moyennes sont plus élevées que lors de la saison régulière, mais il y a comme un mur invisible que CP3 ne réussit pas à passer pour aller chercher le Graal, une bague.

D’ailleurs, le divorce avec les Clippers ne se fera pas dans une ambiance festive, loin de là. Son transfert à Houston marque le début d’un renouvellement pour la franchise californienne, avec les acquisitions de Pat Beverley, Lou Williams et Montrezl Harrell. Pour couronner le tout, il y a ce retour de CP3 à Los Angeles le 16 février 2018. Jour de MLK Day ? Jour presque sacré au pays de l’Oncle Sam ?

Le maestro n’en a rien à faire, il veut en découdre avec son ancienne franchise, et particulièrement avec Austin Rivers. Il invite ses potes de Houston Gerald Green, Trevor Ariza et James Harden à passer par une porte qui relie les deux vestiaires, dont il avait connaissance. Chris Paul a orchestré cette bagarre, qui n’a finalement pas eu lieu : il prouve que même en dehors du terrain, il dicte tout à la lettre. Sur une note plus sérieuse, c’est une attitude assez déplorable qu’a eue CP3 ce soir-là. En tant que président de l’association des joueurs à l’époque, on ne peut pas faire une sortie organisée pour aller taper ses anciens coéquipiers. Et oui, c’est aussi ça Chris Paul.

Chris Paul, c’est un meneur génial, un meneur d’hommes qui sait quoi faire pour faciliter le jeu et la vie sur le terrain pour ses coéquipiers. Mais avec Los Angeles, pas de finale de conférence, le génie de CP3 se traduit bien trop souvent en régulière. Il lui manque ce supplément d’âme que les champions ont, mais qu’il n’a pas réussi à aller chercher pour l’instant. Qui sait, avec la saison dernière des Suns, le génial meneur de jeu va peut-être pouvoir gagner son titre, une bague qui serait méritée aux vues de la carrière immense que Chris Paul réalise jusqu’ici.

Une bague qu’il glanera après une carrière de légende, qui lui vaudra le Hall of Fame, avec ou sans titre. Un maestro, un des meneurs de jeu “purs” les plus efficaces et spectaculaires (oui, par son jeu, il rend ses coéquipiers spectaculaires) de l’ère moderne. Pour apporter à un groupe ce petit plus pour passer un cap, Chris Paul peut être votre homme. C’est le pari qu’ont pris, à l’été 2020, les Phoenix Suns, un pari gagnant puisqu’après 10 ans sans playoffs, les Suns sont allés en Finales NBA. CP3 mérite sa bague, et un titre avec ces Suns serait une vraie consécration pour sa carrière légendaire.

Photo de couverture : Getty Images

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