La meilleure version de Karl-Anthony Towns et ses Wolves

par Benjamin Moubeche

Karl-Anthony Towns est actuellement la meilleure version de lui-même. Après des temps difficiles, notamment la perte de sa mère en 2020 qui l’avait chamboulé, le pivot des Wolves a retrouvé le sourire et son feu intérieur. À chaque panier sa célébration, à chaque victoire son cri de joie, Towns a finalement retrouvé la voie du basket

Sa performance face aux Rockets, ce dimanche, est sans doute la meilleure illustration de tout ce qu’il peut offrir à son équipe. 40 points, 9 rebonds et 7 passes en 33 minutes. Une grande précision à l’intérieur de la ligne à trois points (11-19 au tir), comme à l’extérieur (4-6). Cette version de KAT serait-elle celle dont les Wolves ont besoin pour passer un cap ?

Karl-Anthony Towns, l’anomalie statistique

Les chiffres ont toujours parlé en faveur de Karl-Anthony Towns.

24,5 points, 9,3 rebonds et 3,7 passes par match. Plus important encore, 51,4 % au tir, dont 42,5 % à trois points sur 5,6 tentatives de moyenne. Cette saison n’y coupe pas. Une fois encore, ce sont les statistiques d’un Franchise Player. Elles sont même historiques pour un pivot.

KAT fait partie de ces rares joueurs qui banalisent l’exceptionnel. Arme offensive de premier ordre, il ne se décourage devant aucun adversaire. Ses performances ne se limitent pas aux équipes faibles, comme les Rockets. Il sait élever son niveau de jeu lorsque la concurrence l’exige.

Parmi les meilleurs exemples, ses 32 points, 4 rebonds, 4 passes et 3 interceptions face au MVP en titre, Nikola Jokic. On pourrait également citer ses 28 points, 10 rebonds, 4 passes et 3 contres face à Anthony Davis — sorti sur blessure après 20 minutes de jeu.

Karl-Anthony Towns fait indubitablement partie des meilleurs pivots de la NBA. Mais il a encore besoin de ces victoires face à ceux qui ont déjà gagné le respect du public pour trouver la reconnaissance qu’il attend.

« Je pense que c’était son objectif pour cette nouvelle saison, se ré-établir comme l’un des meilleurs bigs de la ligue », explique Chris Finch, son coach. « Donc quand il se retrouve dans ces confrontations, il sort son meilleur jeu. »

Il faut dire que KAT a des qualités peu communes qui lui permettent de se démarquer des autres pivots. Dans la ligue, peu d’intérieurs peuvent se vanter de tirer avec autant de précision que lui.

Avec plus de 706 trois points réussis en seulement 439 matchs à son actif, il est de loin le pivot le plus prolifique de l’histoire derrière l’arc. À titre de comparaison, Brook Lopez en a marqué 635 en 856 rencontres, tandis que le ratio est de 502 sur 698 matchs pour Nikola Vucevic et 489 sur 486 pour Nikola Jokic.

Cet attrait pour le tir extérieur n’a rien de surprenant. En carrière, le pivot a converti 39,8 % de ses 4 tentatives par match à trois points — des chiffres comparables à ceux de shooters comme Kyle Korver et JJ Redick.

Le Franchise Player des Wolves estime être « le meilleur shooter de l’histoire chez les big men » et ça n’a rien d’exagéré. La discussion est ouverte, mais même Dirk Nowitzki — difficile à qualifier de « mig man » compte tenu de son physique — affiche un pourcentage et un volume inférieurs à ceux de Towns en carrière.

La shot chart de Karl-Anthony Towns cette saison, via Statmuse.

Special K ne peut pas être réduit à la qualité de son tir pour autant. Il est également capable de s’imposer sous le cercle, d’évoluer dans la peinture et de protéger son arceau. Il affiche d’ailleurs de nets progrès dans ces compartiments du jeu et apparaît plus dominant que jamais. « Je dirais que je me sens globalement à mon meilleur niveau, offensivement, défensivement, des deux côtés du terrain », confie-t-il.

Cette saison, il marque 10,8 points par match dans la peinture en moyenne. Ces tirs représentent un tiers de son volume de tir, et il affiche un excellent taux de réussite de 59,4 % sur ces actions.

Face aux Rockets et d’un Christian Wood incapable de l’arrêter, Towns a joué de son physique pour se faire une place dans la raquette. Résultat : 10 tirs marqués sur 16 tentatives, en plus de son 4-6 à trois points, une ode à l’efficacité offensive.

Malgré son profil très offensif, il ne pénalise pas non plus son équipe en défense. Loin d’être un grand défenseur, il se montre à la hauteur des attentes à son poste. C’est un fait assez rare pour être souligné, puisqu’il s’agit généralement de la première lacune des pivots portés sur l’attaque — Nikola Jokic, Nikola Vucevic notamment.

Cette saison, Karl-Anthony Towns est dans un bon esprit. « Ça oscille. Ça vient par vague. Je surfe sur une bonne vague en ce moment, je me sens bien », a-t-il confié à The Undefeated. « L’équipe gagne. Une série de victoires a beaucoup aidé. Je me sens vraiment bien. »

Il emmène tout son collectif surfer sur cette vague, dans l’espoir de retrouver les Playoffs alors que sa seule expérience en postseason se résume à 5 matchs avec Jimmy Butler en 2018. Il n’a plus connu un seul bilan positif depuis et pourrait mettre un terme à cette série d’échecs cette année.

Une meute plus unie que jamais

À son arrivée en NBA, Karl-Anthony Towns pensait « avoir l’effet LeBron (James) ». « Je pouvais juste arriver et tout faire tout seul », se souvient-il. Aujourd’hui, il a mûri et a compris l’importance du collectif. « C’est la NBA. Tu réalises que tu ne peux pas accomplir cela seul. »

Cette vague positive n’est pas venue seule. Elle est notamment le fait de Chris Finch, nouveau coach de l’équipe, qui joue un rôle important dans la transformation des Timberwolves.

En faisant preuve de transparence et d’ouverture, Finch a rapidement gagné la confiance de son vestiaire. Il lui aura fallu peu de temps pour marquer un véritable changement d’identité chez les Wolves.

Plus de « victoire morale ». Depuis l’arrivée de Towns aux Wolves, l’équipe prend les petites victoires et cherche le positif dans leur bilan négatif. Cette année, la seule victoire que Minnesota recherche est la victoire elle-même.

« Je veux juste gagner », réaffirme le pivot, qui a pleinement embrassé cette mentalité. « Éventuellement, on peut parler de All-Stars. D’après mon expérience, peu importe les stats, peu importe comment tu joues, peu importe si tes chiffres sont historiques, tout ne dépend que d’une chose : est-ce que ton équipe gagne ou pas ? »

Si la meute semble aussi déterminée, c’est aussi parce qu’elle s’est beaucoup renforcée. L’arrivée de D’Angelo Russell et d’Anthony Edwards a donné un nouvel élan à ce groupe. Pour leur première saison, ce trio n’a pu jouer que 24 matchs ensemble, mais nous voyons désormais le potentiel de cette association.

Anthony Edwards, Karl-Anthony Towns (sur la photo) et D’Angelo Russell, représentent à la fois le présent et l’avenir des Wolves. Photo : Ron Chenoy / USA Today Sports

Si Karl-Anthony Towns est le Franchise Player de l’équipe, D’Angelo Russell en est le général. Avec 6,9 passes décisives par match, en plus de ses 18,7 points, il est un superbe gestionnaire qui insuffle son énergie au collectif.

Anthony Edwards, lui, a le potentiel d’une superstar. À 20 ans, le sophomore affiche des moyennes de 22,2 points, 5,5 passes et 3,7 rebonds par match. Il est sans doute le loup le plus prometteur depuis la Draft de Karl-Anthony Towns en 2015, qui le trouve lui-même « spécial ».

Les Wolves n’avaient pas été aussi talentueux depuis un moment et, surtout, la meute a rarement été aussi unie. Sur le terrain, une véritable hiérarchie est en place avec Towns et ses deux lieutenants en alphas. Sur le banc, Chris Finch est un coach fédérateur. Le vieux loup, 52 ans, a conquis le respect de ses joueurs — ce que son prédécesseur de 34 ans avait du mal à faire. Enfin, dans les vestiaires, c’est Pat Beverley qui donne de la voix.

L’impact du meneur ne se limite pas à ses 9,2 points, 5,2 passes et 4,6 rebonds par match — ses standards. Arrivé dans le Minnesota cet été, Beverley s’est vite imposé comme le leader vocal de cette équipe. Il est la caution vétéran des Wolves et partage sa fougue bien à lui avec le reste de son équipe, un rôle qui lui correspond parfaitement.

Au-delà des portes du Target Center, Pat Beverley reste l’âme de ce groupe. Il est à mettre à l’honneur pour les sorties des loups, qu’il organise pour renforcer la cohésion du groupe. Conséquence directe, Karl-Anthony Towns dit ne jamais s’être aussi bien au sein d’une équipe.

C’est d’ailleurs une très bonne chose pour les Wolves, qui pourraient commencer à trembler par peur de perdre leur pépite après sept saisons dans le Minnesota. En dehors de Kevin Garnett, peu de stars sont restées aussi longtemps à Minneapolis. Kevin Love et Ricky Rubio, par exemple, y ont passé six saisons avant de partir.

Dans cette ville, avec ce groupe, KAT se sent chez lui. C’est sans doute la raison de son investissement pour les habitants des Twin Cities, récompensé par un NBA Community Assist Award au mois de novembre.

Encore un cap à passer

Les Wolves affichent actuellement un bilan de 20 victoires pour 20 défaites, bien partis pour se qualifier pour le Play-In. Mais dans cette Conférence où les équipes de la 5 à la 9e place affichent toutes entre 20 et 22 victoires, les choses pourraient vite changer.

L’équipe doit travailler sur ses faiblesses pour gagner en régularité et se faire une place durable dans le tableau. En tant que Franchise Player, Karl-Anthony Towns doit lisser ses propres failles en priorité. C’est avant tout sur la passe qu’il devrait concentrer son entraînement.

Towns est un bon passeur. Ses 7 passes face aux Rockets en sont un excellent exemple. Le pivot lit bien la défense et sait à qui faire la passe en toute circonstance, encore une qualité rare pour un intérieur. Il a cependant un problème de timing et suranticipe souvent les mouvements de ses adversaires. Dans la précipitation, une passe qui aurait été parfaite une seconde plus tard perd sa pertinence. Le défenseur a le temps de s’adapter, se repositionner, retournant la lecture précoce de Towns contre lui.

Karl-Anthony Towns dispose d’un merveilleux potentiel à la passe, mais il doit apprendre à le canaliser. Photo : Erik Williams / USA Today Sports

Le problème est également technique. Avec 3,5 pertes de balle par match, il est le deuxième pivot avec le plus de ballons perdus de moyenne — derrière Nikola Jokic, qui distribue presque deux fois plus de passes à ses coéquipiers.

Tandis que 35 % de ses post-up aboutissent à une passe, 20 % de ses post-up débouchent sur une perte de balle. Certaines sont le fait de sa maladresse, sur laquelle il devra travailler, d’autres sont la conséquence de prises à deux fréquentes.

Jarred Vanderbilt, poste 4 titulaire, ne représente pas un danger suffisant pour la défense. Ses 6,6 points par match n’inquiètent pas ses adversaires. Il mérite sans sa place dans l’effectif pour d’autres raisons, notamment ses 9,3 rebonds par match et son intensité, mais n’est pas une menace offensive. Puisqu’il ne joue que dans la raquette, il permet aux défenses de se concentrer à l’intérieur et donc sur Karl-Anthony Towns.

Cette configuration permet d’ailleurs à l’équipe adverse d’envoyer son ailier fort pour défendre le pivot des Wolves en dehors de la raquette. Vanderbilt peut être défendu par les pivots, ce qui offre une certaine flexibilité au coach ennemi.

Cette faiblesse sur certains postes pénalise Towns, mais le constat est encore plus difficile quand le chef de la meute sort du terrain. De 112,7 d’Offensive Rating avec KAT, ils passent à 100,7 lorsqu’il regagne le banc. L’attaque de l’équipe dépend trop de lui, mais il est difficile d’imaginer une situation en l’état.

La saison des transferts approche, Minnesota devrait se positionner en acheteur cette année. L’objectif devrait être de se renforcer à l’intérieur et sur le plan défensif, ce qui laisse la piste de Ben Simmons ouverte. Quoiqu’il arrive, les Timberwolves devront trouver des réponses aux problèmes qui les maintiennent dans le ventre mou de la Conférence.

Photo : Bruce Kluckhohn / USA Today Sports

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