Niko Mathieu, le scout médiatique

par Morgan D.

Il écume les terrains de France et d’Europe afin de trouver les stars de demain. Entretien avec Niko Scouting, scout à l’ASVEL, club ambitieux qui compte marquer l’histoire du basket français et européen.

Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas ?

Beaucoup ne me connaîtront pas (rires), c’est normal. Je m’appelle Niko Mathieu et je suis actuellement recruteur pour le centre de formation de l’ASVEL. Avant ça, j’occupais ce poste au sein de la JL Bourg et pour plusieurs autres clubs en tant que recruteur indépendant. J’ai aussi occupé les postes de président du club de Le Mée en Seine-et-Marne et de Responsable Marketing Communication au club Paris Levallois.

Par quel biais avez-vous décidé de devenir scout ?

J’ai découvert ce métier grâce au célèbre « Football Manager ». Ce jeu m’a donné l’envie de dénicher la nouvelle pépite et d’endosser le rôle de scout.

En quoi consiste le métier de recruteur ?

Le but du scout est de trouver LA pépite. Dans ce métier, il existe deux types de scouts : l’advanced et le recruteur. Le premier va zoomer sur les adversaires. Son but est de découvrir la tactique de l’équipe, comment elle fonctionne et découvrir les qualités et défauts des joueurs. Il va aussi y avoir la fonction de scout en tant que recruteur, un observateur. Il ne va pas se focaliser sur l’aspect collectif, mais plus sur les capacités individuelles, de la maturation physique aux forces et faiblesses.

Vous travaillez actuellement pour l’ASVEL. Le champion de France investit massivement sur sa formation depuis quelques années, quels sont les avantages de travailler pour cette équipe ?

Pour la plupart des autres clubs français, la recherche de talents consiste à chercher des jeunes qui sont un peu passés entre les mailles des filets lors des sélections régionales ou qui n’ont pas intégré des centres de formation. Avec l’ASVEL, c’est différent, on cherche les meilleurs joueurs. D’un côté, c’est plus facile, puisque ce sont des évidences sur le terrain.

Autre aspect qui rend mon travail plus facile, c’est le suivi scolaire et en dehors du terrain que propose l’académie Tony Parker. Cette structure propose un véritable confort de vie aux jeunes. En tant que recruteur, je suis en contact avec les familles et c’est plus facile de vendre ce projet et d’attirer les pépites avec cet environnement propice à la performance et à l’épanouissement hors du terrain.

Lors de ses dernières années, vous avez pu suivre de près l’ascension de prospects à fort potentiel tels que Killian Hayes. Quel est votre regard de professionnel sur les jeunes talents français et sur la formation française en général ?

Lorsque je me déplace à l’étranger, on me dit que la France a une chance incroyable de posséder un tel vivier. Pour certaines classes d’âge, on peut avoir trois ou quatre prospects, alors que les autres grandes nations européennes telles que l’Allemagne, la Serbie ou la Turquie n’en possèdent qu’un ou deux maximum. Pour les autres pays, c’est très impressionnant, sur l’aspect physique plus que sur l’aspect tactique. Sur l’aspect physique, on a clairement une accumulation de talents qui nous rend très enviables pour les autres nations.

Quels sont vos conseils pour devenir un bon scout ?

Mon premier conseil, c’est de se déplacer, d’aller voir des rencontres. C’est très important, car à travers l’ordinateur on ne peut pas rencontrer des dirigeants de club et des passionnés. Surtout ça permet de voir tout ce qui n’est pas visible derrière un écran, comme le comportement des joueurs sur le banc ou certaines données physiques qui peuvent être écrasées par la vidéo.

Le deuxième conseil est de ne pas hésiter à solliciter les clubs, ils ont des besoins notamment pour les jeunes. Et je conseille à tous de se spécialiser et de beaucoup travailler.

Vous êtes désormais un membre actif du média Envergure, pouvez-vous nous présenter cette expérience médiatique ?

Oui, c’est la cinquième année que j’ai la chance de faire partie de cette formidable aventure Envergure. C’est vraiment une équipe de malade. Les membres regardent tous les matchs, ils connaissent tous les joueurs de NBA et de NCAA. C’est une véritable source de motivation pour moi, j’encourage tous les fans de basket à écouter nos podcasts.

Je ne me mets pas sur le même plan, car je m’occupe seulement de l’Europe. Ils ont un savoir plus important que le mien. Et j’encourage les clubs français à s’intéresser à ceux qui font partie de ce média, c’est vraiment des puits de connaissances.

L’écosystème des prospects se professionnalise de plus en plus outre-Atlantique notamment avec la création de l’Overtime Elite, en tant que scout européen quel est votre point de vue sur cette évolution ?

Je n’ai pas de jugement par rapport à ça. Mais il est vrai qu’il y a un entourage de plus en plus conséquent autour des jeunes prospects, autant sur l’aspect technique que marketing. Selon moi c’est positif. S’ils peuvent avoir accès à des conseillers financiers, coachs mentaux et des préparateurs physiques assez tôt, cela permet aux jeunes d’acquérir des bases professionnelles dès 16 ans.

En Europe, tout ça arrive petit à petit, je le vois maintenant avec de jeunes joueurs qui trouvent leurs agents dès 14 ans alors qu’avant on attendait généralement 17 ans. Je ne dis pas que c’est bien ou mal. En voyageant en Europe, j’ai remarqué que c’est souvent en France qu’on avait une mauvaise image des agents.

Je pense qu’il faut surtout faire attention à la santé mentale des jeunes. Être trop entouré peut donner l’illusion d’être arrivé, alors que 14 ans c’est trop jeune pour dire qu’on va réussir en professionnel. Il faut bien préparer le jeune mentalement et lui dire que la seule vérité est sur le terrain. Il faut suivre le processus étape par étape.

Vous participez souvent à des tournois FIBA des catégories jeunes. Comment vous préparez-vous à de tels évènements ?

Un évènement FIBA d’été se prépare d’abord sur le plan administratif, surtout durant le COVID. Je me renseigne pour savoir si le pays d’accueil demande un visa ou des documents particuliers.

Après, je prépare un fichier Excel, ce qui est très pratique pour ses compétitions où il y a énormément de matchs. Je note de nombreuses caractéristiques comme la taille ou l’année de naissance, que je surligne si le joueur est surclassé. Cela me permet d’avoir un œil différent, car s’il s’illustre devant des joueurs plus âgés, c’est un bon indice sur leurs niveaux. Et lors de la découverte des rosters, j’effectue un travail d’investigation. Je vais parler avec mes amis scouts pour savoir qui sont les jeunes prospects à suivre de très près.

Pour finir, est-ce que vous avez des pépites européennes à nous présenter ?

Les deux plus simples à vous présenter évoluent à l’ASVEL. Le premier est Zaccharie Risacher, le fils de Stéphane Risacher. Il possède la taille d’un poste cinq avec le bagage technique d’un ailier et l’esthétisme de son père. C’est sûrement un joueur qui fera partie des pépites de l’équipe de France en 2024. On va en entendre parler pour sûr.

Le deuxième est Killian Malwaya. Il est de la même classe d’âge (2005) que Zaccharie et a été formé à Marne-la-Vallée. C’est un profil atypique en France, un arrière doté de qualités athlétiques incroyables. Sa plus-value est qu’il fait toutes les tâches de l’ombre que les prospects en vue ne font pas, comme prendre des rebonds, défendre sur le meilleur joueur adverse ou proposer un jeu sans ballon intéressant. Voici deux talents français très prometteurs.

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