Un genou à terre, les Warriors viennent reconquérir leur trône

par Benjamin Moubeche

« Ne jamais sous-estimer le cœur d’un champion. » Combien de fois avons-nous entendu cette phrase depuis les Finales de 2019 ? Pourtant, l’hégémonie des Warriors apparaît aujourd’hui comme un souvenir lointain. Après deux années décevantes, ils n’ont plus rien d’un favori. Alors que Bob Myers travaille sur la succession de l’iconique trio Curry — Thompson — Green, Golden State est déjà tourné vers l’avenir, mais doit aussi s’imposer dans le présent.

À l’aube de la saison 2021-22, le retour de leurs plus vaillants guerriers sonne la fin de la famine. Les Dubs semblent prêts à reconquérir leur trône, cette fois-ci en tant qu’outsiders. Ils auront à cœur de prouver à l’ensemble de la ligue que leur règne n’appartient pas au passé et qu’ils ont encore un coup à jouer au plus haut niveau.

2020-21 : Le verre à moitié plein

Tandis que les Warriors étaient attendus avant le début de l’exercice 2020-21, le groupe voit très rapidement ses rêves s’effondrer. Après les ligaments croisés, c’est au tendon d’Achille que Klay Thompson se blesse le 18 novembre 2020. L’arrière enchaîne alors deux des blessures les plus graves que rencontrent couramment les basketteurs dans leur carrière. Pour le collectif, privé de Thompson pour une deuxième saison consécutive, cet accident est synonyme d’une nouvelle année sans réelle ambition.

Golden State aborde l’exercice 2020-21 tout en le sachant perdu d’avance. Après la dernière place de la Conférence Ouest l’année précédente, il serait de toute façon assez difficile de faire pire.

Collectivement, il n’y a rien à attendre des Warriors. Mais individuellement, Stephen Curry met encore une fois le feu à la ligue. Du haut de ses 32 points par match, il termine meilleur scoreur de la saison pour la première fois depuis 2016 et sa nomination en tant que premier MVP unanime de l’histoire. Il se fait d’ailleurs une place parmi les finalistes pour cette distinction cette année et bat de nouveaux records par-ci par-là.

Tout comme Curry, Draymond Green fait partie des trois finalistes pour son trophée de prédilection : celui de Defensive Player of the Year. Seuls Simmons et Gobert sont véritablement considérés pour la récompense, mais l’ailier fort retrouve définitivement de sa superbe. En défendant sur les cinq positions et en inscrivant la plus haute moyenne de passe de sa carrière (8,9), Green marque un retour tonitruant à son meilleur niveau.

De son côté, Andrew Wiggins réalise un exercice au-delà de toute attente. Ailier polyvalent, athlétique et investi en défense, le Canadien semble avoir enfin trouvé sa place en NBA. Dans les grandes lignes, ses statistiques n’évoluent pas beaucoup : 18,6 points, 4,9 rebonds et 2,4 passes par rencontre. Cependant, Wiggins montre une superbe progression à trois points (38 % sur 5,2 tentatives par match) et surtout un gain de maturité considérable. Il s’impose peu à peu parmi les cadres de l’équipe, comme une version améliorée d’Harrison Barnes en 2015.

Malgré un résultat final décevant, la Warriors a été rythmée par de nombreuses satisfactions. Golden State préfère voir le verre à moitié plein. Photo : Tony Avelar / Associated Press

Quelques rares role players relèvent également le niveau du groupe, à l’image de Jordan Poole. Brillant lors de l’absence de Curry, l’arrière marque au moins 14 points sur 10 rencontres consécutives. Poole a aussi ses grands moments, notamment un match à 38 points face aux Pelicans. D’autres, comme Kent Bazemore, se montrent à la hauteur de leur mission.

Malheureusement, tout n’est pas rose pour Golden State. Malgré de très bons flashs, James Wiseman se révèle trop irrégulier pour s’inscrire durablement dans le starting five. Avec ses moyennes de 11,5 points et 5,8 rebonds, l’intérieur présente un bel instinct, mais il peine à s’adapter au jeu de la grande ligue. Sur sa saison rookie, il n’arrive pas vraiment à égaler les attentes. Wiseman est encore un projet, mais un projet très prometteur.

Kelly Oubre Jr, lui, apparaît comme une pure déception. Inconstant, il ne parvient pas à trouver sa place dans l’effectif, et chaque jour semble le rapprocher de la fin de son aventure aux Warriors. De son côté, Eric Paschall voit ses responsabilités diminuer drastiquement, sans se montrer plus efficace sur ses minutes pour autant.

N’arrivant pas à pallier l’absence de Curry lors de ses passages sur le banc, Golden State termine la saison sur un bilan de 39-33 pour la 8e place de l’Ouest. Battus dans des matchs serrés par les Lakers, puis les Grizzlies dans le play-in, les Warriors sont privés de Playoffs. Une fin décevante, mais pas surprenante.

Intersaison : vers le titre, et au-delà !

ArrivéesDéparts
Jonathan KumingaKelly Oubre Jr
Moses MoodyEric Paschall
Otto Porter JrKent Bazemore
Andre IguodalaNico Mannion
Nemanja BjelicaAlen Smailagic
Chris Chiozza
Axel Toupane 

Une fois l’été arrivé, le GM des Warriors Bob Myers et son Front Office ont pour mission de préparer au mieux l’exercice 2021-22, lors duquel la franchise se veut de nouveau compétitive.

Tout commence par la Draft, un moment très important pour Golden State depuis deux saisons. Avec le 7e choix, les Warriors récupèrent Jonathan Kuminga. Ailier extrêmement physique et diamant brut, son potentiel est immense. 7 places plus loin, avec le 14e pick, ils jettent leur dévolu sur Moses Moody, un 3-and-D attendu un peu plus haut dans la Draft.

Kuminga est un projet à long terme. Pour sa part, Moody est un choix plus safe, mais son avenir semble radieux lui aussi. Quoiqu’il en soit, ces excellentes sélections posent les bases d’un futur encore relativement lointain pour Golden State. Wiseman, Moody et — dans de moindres mesures — Kuminga ont tous les trois un rôle à jouer la saison prochaine. Toutefois, avec des jeunes si talentueux au sein de l’effectif, c’est la postérité que Golden State assure. Les Warriors de demain sont déjà là aujourd’hui.

À la Free Agency, Myers réalise également de beaux coups. Otto Porter Jr vient renforcer l’aile en apportant toujours plus de shoot. À 40,2 % derrière l’arc en carrière, certains n’hésitent pas à le désigner comme le meilleur tireur avec lequel auront évolué Curry et Klay — comme si Kevin Durant n’avait jamais joué dans la baie. Il s’agit en tout cas d’une recrue de choix s’il s’avère capable de disputer l’intégralité de l’exercice. Depuis 2019, il n’a participé qu’à 42 matchs. S’il est en forme, il sera certainement titularisé à l’arrière en début de saison, pendant l’absence de Thompson.

Valeur sûre, les Warriors renouent avec Andre Iguodala. Après un passage décevant à Miami, le MVP des Finales 2015 fait son retour sur un banc avec lequel il a tout connu. Espérons que sa réintégration dans l’effectif, à 37 ans, soit le premier présage d’un retour au sommet.

Andre Iguodala fait son retour dans la baie, une superbe nouvelle pour les Warriors. Photo : Jesse D. Garrabrant / Getty Images

Les arrivées de Nemanja Bjelica et Chris Chiozza sont plus anecdotiques, mais pas anodines. L’ailier fort serbe a un véritable rôle à jouer sur le banc des Warriors en tant qu’intérieur fuyant, du haut de ses 38,7 % à trois points en carrière. Chris Chiozza, lui, a un profil de meneur dynamique pour tenter de rythmer le jeu sur quelques séquences en l’absence de Curry.

Enfin, bonne nouvelle : c’est le Français Axel Toupane qui vient clore le recrutement de Golden State. La saison dernière, il avait montré de belles choses avec les Warriors de Santa Cruz — leur équipe de G League — et remporté le titre avec les Bucks. Il devra batailler pour obtenir quelques minutes, mais son arrivée dans la baie met certainement du baume au cœur aux fans français des Dubs.

Globalement, le roster s’améliore et s’équilibre. Avec une second unit renforcée par les vétérans comme les jeunes et les ailes blindées, les Warriors pourront aborder la saison 2021-22 avec plus de sérénité que la précédente. Leur effectif a du talent, de la profondeur et même une jeunesse assez prometteuse pour entamer la transition vers une nouvelle ère tout en douceur.

Klay « superman » Thompson

Depuis la blessure de Klay Thompson et le départ de Kevin Durant, plus rien ne va aux Warriors. 15 victoires et 50 défaites et une dernière place à l’Ouest lors de la première année — Curry étant majoritairement absent pendant cet exercice. 39 victoires et 33 défaites, mais toujours pas de Playoffs la saison suivante.

Soyons réaliste, Kevin Durant ne plaquera par Brooklyn pour revenir à San Francisco. Il faudra donc miser sur le retour de Klay Thompson pour ramener les choses à la normale. Après deux ans d’absence, conséquence de deux graves blessures, peut-on vraiment compter sur lui pour jouer aux superhéros cette saison ?

Draymond Green de retour à un niveau DPOY, Stephen Curry de nouveau dans la discussion du MVP… deux des piliers de Golden State ont été redressés. Désormais, il ne manque plus que le troisième pour que les Warriors puissent viser à nouveau les sommets.

En 2018-19, Thompson affichait des moyennes de 21,5 points, 3,8 rebonds et 2,4 passes par match à 40,2 % derrière la ligne à trois points. Des statistiques de All-Star, littéralement. Thompson fait indubitablement partie des meilleurs arrières de la ligue. Son apport devrait tout changer pour son équipe.

Son apport statistique n’est pas négligeable, surtout au sein d’un collectif qui peinait tant à trouver des solutions au scoring en son absence. Jamais descendu sous la barre des 20 points depuis la saison 2014-15, il devrait rapidement se repositionner comme la deuxième option offensive des Warriors.

Klay Thompson, de retour sur ses deux jambes. Photo : Ezra Shaw / Getty Images

Surtout, Thompson apporte toujours plus de spacing à une équipe qui en est extrêmement friande. Il fait partie de ces rares joueurs capables de faire changer la dynamique de la défense adverse par sa simple présence. L’incisif Andrew Wiggins et le long James Wiseman devraient particulièrement en profiter.

Klay Thompson est également un facilitateur de première classe, qui connaît le système Warriors comme sa poche et qui sait parfaitement faire circuler le ballon. Andrew Wiggins est devenu un shooter fiable parmi les titulaires, Curry est de retour à son meilleur niveau. Avec Porter Jr, Poole, Bjelica et potentiellement Moody, Golden State a aussi ajouté de nouvelles cordes à son arc. Lorsqu’il partagera le terrain avec eux, Thompson bonifiera le jeu de chacun de ses coéquipiers.

Le jeu offensif de Thompson, basé sur sa qualité de tir et sa mécanique éclair en catch and shoot, ne devrait pas tant souffrir après sa convalescence. Lors de la saison 2018-19, Thompson avait tendance à monter plus souvent au dunk, mais il n’a pas besoin de cela dans son jeu. On peut évidemment s’attendre à une légère baisse de régime, notamment sur pénétration, mais rien de significatif.

Là où son état de santé pose question, c’est plutôt sur le plan défensif. Le numéro 11 des Warriors n’était pas seulement un attaquant d’élite avant sa blessure, il était également l’un des meilleurs défenseurs à son poste. Seul le temps pourra nous dire à quel point Thompson est mobile et s’il est toujours capable de verrouiller les extérieurs adverses comme à l’époque.

De retour à son niveau habituel des deux côtés du terrain, il se pourrait bien que Thompson transforme complètement son équipe. Une arme offensive de premier choix, un facilitateur qui écarte le jeu et permet au ballon de circuler librement, un défenseur d’élite… Klay Thompson, c’est tout cela. Alors oui, s’il a bel et bien guéri, il se pourrait que Killa Klay sorte sa cape rouge et vienne sauver Golden State.

Deux ans de lose, mais pas de temps perdu

En l’absence Thompson, les Warriors ne se sont pas contentés de compter les jours qui passent. La franchise a profité de ce temps pour développer ses joueurs, comme Wiggins, Poole ou Wiseman, et pour diversifier son jeu.

S’il y a bien une critique récurrente au sujet de Golden State, c’est bien à propos du secteur intérieur de l’équipe. Avec un talent concentré à l’extérieur, Steve Kerr et ses hommes ont souvent négligé le jeu dans la peinture. Au vu de leurs résultats, ce choix était pleinement justifié. Toutefois, avec des contenders de plus en plus fort à l’intérieur — notamment les Lakers, les Bucks et les 76ers — le modèle de la NBA a légèrement changé depuis la chute des Dubs.

Maintenant que la ligue a arrêté de les imiter, ce sera certainement au tour des Warriors de s’adapter. Il semble aujourd’hui difficile de s’imposer en Playoffs sans un intérieur solide, et c’est là-dessus que la franchise a travaillé cette année.

Avec 40 % du total de point inscrit dans la raquette, Golden State s’est mis à jouer un peu plus à l’intérieur. Cette part du total de points était de 36,7 % en 2018-19 — l’année de leurs dernières finales. Il s’agit d’un vrai bond en avant, qui ne coïncide pas seulement avec l’absence de Thompson.

L’arrivée d’un ailier athlétique en la personne d’Andrew Wiggins a permis à Golden State de multiplier les paniers dans la restricted area. Aussi, le recrutement de James Wiseman et de ses 11,5 points par match a offert à l’équipe une ancre offensive dans la raquette.

James Wiseman pourrait jouer un rôle clé dans un avenir proche comme lointain. Photo : Brad Penner / USA TODAY Sports

La saison rookie de Wiseman a été relativement décevante, c’est évident. Une part de cet échec est cependant à mettre sur le compte de sa jeunesse, puisqu’il vient de fêter ses 20 ans, et sur un temps d’adaptation nécessaire à la NBA. Tout porte à croire que l’intérieur prodige passera un cap logique cette année. Avec un peu de chances, il pourrait même être la révélation de l’année au sein de l’effectif de Golden State.

Avec un bon développement, Wiseman pourrait être la clé de l’attaque de Golden State. Curry, Thompson et Green ont une mission bien définie et ont largement fait leurs preuves. Andrew Wiggins, lui, joue un rôle typique et assure déjà. Désormais, c’est sur James Wiseman que pèsent les attentes. Il pourrait permettre à cette équipe des Warriors de se démarquer des précédentes.

Même en l’absence de Thompson, Golden State n’a pas perdu son identité de jeu. Avec le plus gros volume de la saison 2020-21 sur les pull ups en sortie d’écran et le 3e plus grand nombre de trois points par match (14,6), les Warriors sont toujours les Warriors. Nous l’avons dit à plusieurs reprises, la franchise a recruté et développé de nouveaux tireurs pour l’exercice à venir. Une fois les splash bros réunis et entourés par cette armada de snipers, difficile d’imaginer ces chiffres baisser.

Les Warriors pourraient allier le meilleur des deux mondes cette année. Un secteur intérieur renforcé par la progression de James Wiseman, une attaque extérieure galvanisée par le comeback de Klay Thompson. Une nouvelle recette prometteuse, qui ne garantit rien, mais laisse présager le retour des Golden Boys de San Francisco sur le devant de la scène.

Le 5 de départ potentiel

  • MJ : Stephen Curry
  • A : Klay Thompson
  • AI : Andrew Wiggins
  • AF : Draymond Green
  • P : James Wiseman

Notre pronostic : 51 – 31 (5e)

Oui, les Warriors sont bel et bien de retour. Toutefois, n’allons pas les imaginer finir la saison en 73-9 pour autant. Avec le temps d’adaptation dont auront besoin les recrues, le développement des jeunes et la remise sur pied de Thompson, Golden State ne peut pas s’attendre à entamer cet exercice à plein régime. Il faudra certainement patienter quelques matchs avant que la machine se mette en marche.

De toute façon, l’objectif n’est pas là pour cette équipe qui espère surprendre la NBA après deux ans de déchéance. Stephen Curry et ses coéquipiers peuvent logiquement se projeter en postseason, et c’est à partir de là que les victoires comptent. Cette année, ils doivent marquer un grand coup pour que la ligue craigne à nouveau les guerriers de la baie. Sinon, c’est le projet de la franchise qui sera mis en péril.

Photo : Noah Graham / NBAE via Getty Images

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