Les Hornets doivent grandir au rythme de LaMelo Ball

par Paul Roy
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Si nous vous parlons d’une franchise qui, sur les 17 dernières saisons, n’a connu que trois campagnes de playoffs expédiées à chaque fois au premier tour ? Bien que nous n’aurions pas de mal à lorgner sur nos amis Wolves, c’est bien de Charlotte dont il est question. Deuxième pire bilan de la ligue à égalité avec Sacramento, les Hornets ne sont que l’ombre de leur illustre propriétaire — un certain Michael Jordan pour les moins puristes d’entre nous.

Bien que la défaite marque la Caroline du Sud depuis le retour de la franchise dans l’État en 2004-05, une lueur d’espoir pourrait enfin percer dans le ciel sombre. On l’appelle Ball, LaMelo Ball. 

2020-21 : La saison de l’espoir

À travers les différents projets qui ont animé la franchise depuis quelques années, c’est bien la première fois que nous avons pu réellement vibrer. L’équipe a fait table rase d’un passé dans lequel Kemba Walker parvenait encore à nous clouer le bec en claquant des matchs à 60 points. Et même si la route est longue jusqu’au sommet, Charlotte pourrait enfin voir la pente s’adoucir. L’histoire commence à s’écrire un soir d’août 2020. 

Après une nouvelle saison régulière plutôt mauvaise — 10e de la Conférence Est et non invité à la bulle d’Orlando —, Charlotte se présente à la loterie avec la 8e plus haute probabilité de décrocher le first pick. Mais la douce incertitude du tirage est quelque chose que les fans de la franchise pourront chérir à travers les âges. Contre toute attente, les Hornets parviennent à grimper jusqu’au 3e choix, au nez et à la barbe de Cleveland et d’Atlanta. La cuvée étant représentée par un trio de licornes au-dessus du lot, le hasard sourit enfin à Charlotte. Sans réelle surprise, ils récupèrent le plus jeune des frères Ball, LaMelo. 

Dès son arrivée, il impressionne. De plus en plus responsabilisé, il obtient rapidement le poste de meneur titulaire devant Devonte’ Graham et Terry Rozier qui doivent désormais se partager le poste 2. Malgré sa marge de progression évidente sur ses choix balles en main et sa sélection de tirs, son sens de la passe est indéniable. Dès sa saison rookie, il se classe 17e meilleur passeur de la ligue avec 6,1 passes de moyenne. Il entre dans la catégorie des passeurs les plus prolifiques dans leur saison rookie comme Trae Young (8,1), Ja Morant (7,3) ou Luka Doncic (6,0).

LaMelo Ball, Rookie of the Year en titre et porteur de l’espoir des Hornets. Photo : Chris Carlson / Associated Press

Bien qu’il lui arrive d’avoir certains trous d’air, LaMelo présente une régularité au tir également très intéressante. En février-mars, il termine avec une moyenne de 19,5 points à 46,4% au tir. Cependant, le rookie se fracture la main à la fin du mois de cette période face aux Clippers. 

« C’est dur à avaler. Ça nous a tous frappé de plein fouet. Tout le monde adore ce gamin. Il est le noyau de notre organisation. » James Borrego, coach des Hornets

Il suffit de lire les mots du coach pour comprendre l’importance de LaMelo au sein de la franchise. Pendant son absence, l’équipe performe plutôt bien avec un bilan de 10 victoires pour 9 défaites. Malheureusement le retard pris au début de la saison est trop dur à rattraper, et les Hornets parviennent à la 10e place de l’Est, qualificative pour le Play-In.

Annoncé par beaucoup comme l’équipe à ne pas affronter, Charlotte se déplace à Indiana pour le match à élimination directe. Mais comme dit en préambule, les Hornets restent la franchise de la défaite. Ils sombrent totalement face aux Pacers sur le score sans appel de 117 à 144. Malgré des résultats collectifs en demi-teinte, la première saison de LaMelo Ball permet à la franchise de se rassurer pour l’avenir.

Parmi les points positifs, PJ Washington et Miles Bridges se montrent tous les deux très prometteurs tout au long de l’exercice. Bridges pourra même se targuer d’avoir presque conclut une saison en 50-40-90 — il rate le cut avec seulement 86,7% de réussite aux lancers-franc — après seulement trois saisons dans la ligue.

Autre point positif pour l’équipe : la circulation du ballon. Avec un backcourt composé de Terry Rozier, Devonte’ Graham et LaMelo Ball, Charlotte est la 5e équipe à la passe avec 26,8 passes décisives de moyenne. Mais là où ils ont réellement brillé, c’est sur le côté spectaculaire avec les alley-oops lancés par Ball ou les gros dunks claqués sur leurs adversaires.

Si vous avez des doutes sur ce dernier point, allez demander à Clint Capela ce qu’il pense de Miles Bridges. 

Côté négatif, la raquette et la défense sont en grande difficulté toute l’année. Le projet Bismack Biyombo et Cody Zeller montre très vite ses lacunes. À tel point que PJ Washington, pourtant considéré comme un ailier fort, joue très régulièrement au poste 5 et débute même dans ce rôle. Sur cette saison, le sophomore passe 46 % du temps au poste de pivot, quand il ne l’était qu’à 12 % lors de sa saison rookie. Notons que quand Washington évolue au poste 5 et entouré de Ball, Rozier, Hayward et Bridges, les Hornets ont un Offensive Rating de 120,7 (+9,8) et un Defensive Rating de 113,3 (+0,5) en 53 minutes sur le terrain. L’attaque tourne donc bien mieux, mais la défense garde le même niveau. Un axe d’amélioration à étudier dès la saison prochaine. 

Intersaison : Miser encore et toujours sur la jeunesse

ArrivéesDépars
Kelly Oubre JrDevonte Graham’
James BouknightMalik Monk
Mason PlumleeCody Zeller
Kai JonesBismack Biyombo
Ish SmithBrad Wanamaker
JT ThorGrant Riller
Wes IwunduNate Darling
Scottie LewisCaleb Martin

Peu d’équipes ont tant transformé leur effectif lors de l’intersaison. Plus encore, la moyenne d’âge continue de se rajeunir en passant de 24,6 en 2020-21 à 24,4 ans cette année. Malgré l’arrivée de Ish Smith (33 ans) et Mason Plumlee (31 ans) pour apporter de l’expérience, le Front Office fait le choix de la jeunesse, comme ils l’a fait la saison dernière. 

Le projet autour de Devonte’ Graham est également terminé pour les Hornets. Avec l’avènement de LaMelo Ball, Graham n’entrait plus dans les plans de l’équipe. On pourra cependant reprocher au management de se séparer si rapidement d’un jeune joueur après une saison moyenne alors que ce dernier avait brillé sur sa saison sophomore. Il aurait très bien pu parvenir à récupérer beaucoup de minutes en sortie de banc. Il s’envole pour la Louisiane avec pour objectif de clouer le bec au Front Office des Hornets. 

Notons tout de même la grosse arrivée de Kelly Oubre Jr qui, après une expérience maussade chez les Warriors, vient apporter ses capacités défensives en Caroline du Sud. Mais attention, le joueur l’a prévenu, il n’est pas là pour évoluer en 6e homme et demande une place dans le 5 de départ. À voir comment ce dernier réussira à cohabiter avec Gordon Hayward. 

Malheureusement, malgré une intersaison intéressante, Charlotte ne résout pas totalement ses problèmes du poste de pivot. Si Cody Zeller ou Bismack Biyombo prennent logiquement la porte, la seule arrivée de Mason Plumlee au poste ne leur permettra pas de passer un cap. Même si JT Thor et Vernon Carey pourraient faire l’affaire dans la rotation, la raquette pourrait encore être un problème.

PJ Washington pourrait reprendre les affaires dans la bataille de la bouteille. Bien que le small ball semble être la seule option, l’histoire récente a montré que sans réel pivot titulaire et efficace, une équipe ne tourne jamais vraiment rond. La Draft inattendue de Kai Jones en 19e position pourrait être une solution sur le long terme. Les Hornets récupèrent un pivot certes frustre, mais il s’agit potentiellement du deuxième meilleur intérieur de la cuvée et indéniablement du poste 5 au plus grand potentiel dans leur effectif.

Avec James Bouknight et Kai Jones, les Hornets pourraient bien avoir drafté deux joueurs clés pour leur avenir dans la ligue. Photo : Khadejeh Nikouyeh / Charlotte Observer

La chute de James Bouknight en 11e position leur a également permis de réalisé un potentiel steal. Scoreur boulimique, fluide et très athlétique, Bouknight semble être le complément parfait de Ball pour les années à venir. Il a en tout cas tout le talent requis pour s’imposer durablement au poste 2.

Facteur X : Confirmer autour de LaMelo

Pour passer un cap, il faudra concentrer toute l’attention sur LaMelo Ball. Même si l’équipe continue de progresser, et malgré le gros turnover de l’intersaison, la franchise peut compter sur le sophomore pour faire cliquer l’effectif.

Cœur et poumon de l’équipe, LaMelo n’a jamais caché sa volonté d’être sur le devant de la scène pour enfin apporter la victoire à la franchise de Michael Jordan. Et si cette saison était celle de toutes les surprises pour Charlotte ? 

Si l’équipe doit briller sur une statistique en particulier, c’est sur le nombre de points marqués suite à des passes décisives. La saison dernière, Charlotte était la meilleure franchise NBA dans cette catégorie. 67,2% des tirs marqués venaient de passes décisives. Sans étonnement, c’est le trio Ball-Rozier-Graham qui domine les nombres de passes décisives avec 57,8% du nombre total de l’équipe (26,8 passes de moyenne).

Avec le départ de Graham, LaMelo devrait avoir de plus en plus de responsabilités balle en main. La saison dernière, il avait un usage percentage de 24,1 – le 36e plus haut de la ligue marmi les joueurs ayant disputés plus de 50 matchs). Même si le front office des Hornets devrait chercher à ne pas trop user leur future star, il ne serait pas étonnant de voir l’utilisation de Ball tutoyer le Top 20 de la ligue la saison prochaine. 

Avec une raquette faible, Charlotte n’a pas pu exploiter le jeu avec écran. 15,0 % de leurs actions se concluaient avec une action pour le porteur de balle (25e de la ligue) pour un total de 0,82 point par possession (26e). 6,6 % de leurs actions se concluaient par une passe ou un tir du poseur d’écran (9e). Quand on vous disait que Charlotte était une équipe de passeurs…

LaMelo Ball est le centre du projet des Hornets. Il faudra donc veiller à l’entourer de la meilleure des manières. Photo : Kevin C. Cox / Getty Images

Cependant, faute de talent, les poseurs d’écrans ne parvenaient pas à conclure ce type d’occasion : seulement 1,07 point par possession, la 26e moyenne de la NBA. Avec un meneur aussi talentueux à la passe que LaMelo Ball, les Hornets doivent faire mieux.

Dans la raquette, Charlotte a réellement besoin de progresser. Avec seulement 60,3% de tirs réussis dans la restricted area, la franchise se classe à la 28e place sur cette statistique. Et c’est ce type de systèmes qui doivent être mis en place par Borrego et le coaching staff pour permettre à ses joueurs d’avoir des tirs plus faciles et rendre l’attaque plus efficace.

Si le constat est jusqu’ici si négatif, c’est parce que le projet Hornets n’en est qu’à son début. Malgré toutes ces statistiques négatives, Charlotte a ce qu’il faut pour devenir l’équipe du futur de la NBA. LaMelo Ball pourrait rapidement devenir l’un des meneurs les plus efficaces de la ligue et l’effectif qui l’entoure sera bien sûr essentiel pour réussir.

Rozier devrait jouer un rôle de shooteur la saison prochaine. Placé de plus en plus sur le poste 2, Scary Terry s’est révélé dans un rôle de tireur extérieur plutôt efficace (3,2 trois points marqués en moyenne, à 38,9%). Le duo de la future raquette Bridges/Washington sera aussi l’un des axes importants de développement, même s’il faudra étudier l’impact du manque d’un vrai pivot titulaire.

Toutefois, un joueur comme Vernon Carey pourrait avoir la plus grosse carte à jouer cette saison avec une occasion pour lui de glaner des minutes très importantes pour son développement et peut-être prendre la place de Mason Plumlee. La rotation entre Gordon Hayward et Kelly Oubre sera également importante pour le succès de la saison des Hornets. Mais avec l’arrivée de Kelly Oubre Jr, Charlotte s’offre un 3 très intéressant qui permettra à l’équipe d’attaquer un autre chantier, la défense. 

S’imposer avec la défense extérieure pour enfin briller

Si offensivement, Charlotte a montré de belles choses malgré des résultats fluctuants, c’est défensivement que les Hornets doivent passer un cap. La défense extérieure de l’équipe a été en grande difficulté toute la saison dernière. Avec 14,5 trois points encaissés par match en moyenne, ils se classent 28e de la ligue dans cette catégorie statistique. Un chiffre qui montre la faiblesse de la défense extérieure de l’équipe.

LaMelo Ball conclut la saison avec un defensive rating de 111,8 et Terry Rozier avec 112,9. Autant dire que – à la différence de cette statistique moyenne de la NBA (110,6) – les deux titulaires n’ont pas été en grande forme la saison dernière. Gordon Hayward, pourtant considéré comme un bon défenseur, n’est pas parvenu à augmenter son niveau de jeu pour permettre à son équipe de se montrer efficace sur la défense extérieure.

Cet été, le Front Office est parvenu à sortir la bonne carte du chapeau. N’ayant pas réussi à se faire une place dans l’effectif malgré les blessures, Kelly Oubre Jr ne se voyait pas rester dans l’effectif de Golden State. Il faut dire que les Hornets sont arrivés avec un projet pour l’ailier et surtout un salaire. Même s’il touchera moins que son année Warrior, 12 millions de dollars pour la saison prochaine restent un montant satisfaisant pour le joueur. Les dernières observations pourraient laisser penser que Kelly Oubre intègrerait le cinq de départ pour continuer de préserver Gordon Hayward, mais aussi pour canaliser la défense.

Aux problèmes de défense extérieure des Hornets, Kelly Oubre Jr pourrait être un début de solution. Photo : Jeff Chiu / AP Photo

L’objectif serait de lui laisser la responsabilité du meilleur joueur extérieur adverse pour tenter de limiter l’impact de son opposant direct. Avec ses nombreuses qualités dans ce secteur du jeu, il devrait devenir l’un des meilleurs défenseurs de l’équipe. Même si son impact offensif pourrait laisser à désirer, la capacité de LaMelo Ball à faire briller ses coéquipiers pourrait facilement mettre Kelly Oubre dans les meilleures conditions pour des deux côtés du terrain.

Alors comment faire progresser les guards ? Mitch Kupchak a annoncé ces dernières semaines la nomination de 3 nouveaux coachs presque sans référence pour compléter le staff de James Borrego : Marlon Garnett, Nick Friedman et Norman Richardson. Peut-être que l’un d’entre eux se révèlera être un brillant coach défensif.

Borrego, à son arrivée il y a quatre ans, avait fait de la défense extérieure son cheval de bataille pour bien évoluer en transition. La deuxième phase étant déjà maîtrisée, la défense sera la donnée sur laquelle il sera jugé la saison prochaine. En cas de nouvelle contre-performance de l’équipe en saison régulière et de non-qualification en playoffs, l’avenir du coach en chef pourrait bien commencer à se brouiller.

Le 5 majeur potentiel

  • MJ : LaMelo Ball
  • A : Terry Rozier
  • AI : Kelly Oubre Jr
  • AF : Miles Bridges
  • P : PJ Washington

Notre pronostic : 40 – 42 défaites (9e/10e)

Malgré tout l’espoir qu’inspire le projet des Hornets, inutile d’attendre des résultats immédiats. Mais quoiqu’il en soit, il y aura de bonnes choses à regarder.

Tout d’abord, offensivement, l’équipe est effrayante. Avec un LaMelo Ball en forme qui pourrait peut-être obtenir une première étoile de All-Star, Charlotte sera difficile à contenir pour leurs adversaires et ne laissera pas de victoire facile. 

Cependant, en manque de profondeur dans la raquette, l’attaque des Hornets tournera difficilement à plein régime. Il faudra que Mason Plummer et Vernon Carey soient suffisamment mobiles et efficaces pour compter là-dessus. Surtout, ils devront se montrer capables de défendre les pivots qui présentent bel et bien ces qualités. Mais attention, Charlotte a les cartes en main pour performer. 

Photo de couverture : Jared C. Tilton / Getty Images

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