Les Bucks maîtrisent le présent, ils visent maintenant la postérité

par Florian Tixier

Milwaukee est champion NBA. Comment commencer cette preview sans mentionner le titre remporté par les Bucks d’un Giannis Antetokounmpo magistral durant cette magnifique campagne ? 50 ans après le premier titre des hommes du Wisconsin, les daims ont réussi à sortir vainqueurs de la saison 2021 en s’affirmant comme équipe contender pour la décennie à venir.

L’objectif est clair et net pour les Bucks : un doublé pour rentrer dans la légende de la NBA.

2020-21 : une saison calme pour un finish en beauté

Lors de la saison 2019-20, les Bucks semblaient au sommet de leur art. Une première place NBA, un statut de grand favori qui se traduit directement dans les chiffres : une saison sur une base de 63 victoires, un écart moyen de +10 points par match, le meilleur défensive rating du pays et un net rating de 9.62 soit un des tout meilleurs de l’histoire. Et pourtant, la déception fut immense lors des playoffs après cette fessée retentissante face au futur finaliste du Heat.

L’été fut suivi de questionnements autour du jeu stéréotypé de Giannis, de la qualité de ses lieutenants ou encore du coaching simplifié de Budenholzer. Il a pourtant été décidé de faire confiance au même groupe avec le seul Jrue Holiday en nouveau bras droit du Grec. On croit en ce groupe dans le Mid East américain et c’est porteur du plus gros contrat de l’histoire que Giannis Antetokounmpo part à la recherche du saint Graal.

Habitué à dominer lors des saisons régulières depuis deux ans, c’est bien calmement que les Bucks commencent leur saison face à un buzzer beater de Jayson Tatum. S’en suit une saison contrôlée de bout en bout sans fioriture ni excès. A-t-on retenu les leçons du passé dans le Wisconsin ?

Coach Bud ménage ses stars, responsabilise ses lieutenants et parvient à instaurer une rotation plus équilibrée et moins binaire. L’effet Jrue Holiday se fait ressentir, tout aussi physique qu’Eric Bledsoe en défense, il parait moins « chien fou » et s’affirme comme le fer de lance de la défense verte qui fait de plus en plus peur. Middleton, pourtant non invité au All Star Game pour la première fois depuis trois ans, continue de cartonner. Quant aux role players, Divincenzo, Lopez et Portis s’éclatent dans ce dispositif dur au mal qui galope en contre-attaque. Malgré tout, on parle peu des Bucks, avec un Giannis qui sort pourtant performance sur performance, mais son nom n’est même pas cité ni pour le MVP, ni pour le DPOY. Après le gros coup de l’intersaison en récupérant le chien de garde PJ Tucker, Milwaukee déboule en playoff avec une 3e place et un statut de contender moins affirmé que les années précédentes. Peut-être ce qui leur va le mieux.

Tucker et Holiday, les chainons manquants d’un champion. Photo : Christian Petersen / Getty Images

Un premier sweep en guise de revanche face au Heat de Miami permet aux Bucks d’affirmer leurs ambitions pour cette campagne. Le deuxième tour est attendu par toute la planète basket, un rendez-vous des étoiles face à l’escouade New-Yorkaise composée des Durant, Harden, Irving ou Griffin. Bien malin à celui qui donna le résultat de cette série. Le tournant de cet affrontement semble pourtant venir de l’état de forme des joueurs de Brooklyn.

Après avoir mené 2-0 dans la série qui se déplace à Milwaukee, les stars des Nets tombent les uns après les autres. Après James Harden, c’est au tour de Kyrie Irving de quitter ses coéquipiers où chacun ne jouera que 4 matchs sur 7. Face à un Kevin Durant magistral – auteur de 35,4 points par match accompagné de 10 rebonds et 5 passes sur cette série – les Bucks doivent s’employer jusqu’au game 7 et une pointure un poil trop grande de l’ailier pour réussir à retourner en Finales de conférence.

Des Finales de conférence bien gérées face à une équipe d’Atlanta surprenante menée par un Trae Young incandescent. Mais elles amènent tout de même un énorme doute sur les Finales NBA à venir : l’état du genou de Giannis Antetokounmpo.

Encore une fois menée 2-0 dans la série, les Bucks s’emploient et remportent les quatre matchs nécessaires à la suite autour d’ingrédients spécifiques. Un Chris Paul totalement appréhendé par Jrue Holiday, un Khris Middleton clutch et régulier durant toute une série, une défense à la hauteur des ambitions d’un futur champion et des role players efficaces à tour de rôle entre Lopez, Portis, Tucker et Connaughton. Finalement, c’est bien la performance légendaire de Giannis Antetokounmpo qui restera dans les annales. Un 50-14 qui permet d’assoir le grec sur le toit du monde. Avec des moyennes de 35/13/5, Giannis est tout naturellement MVP des finales et se montre prêt à guider ses Bucks pour les années à venir.

Intersaison : La perte du parfait role player et des retouches

ArrivéesDéparts
Grayson AllenPJ Tucker
Rodney HoodJeff Teague
Semi OjeleyeBryn Forbes
George Hill

On ne change pas une équipe qui gagne, habituellement. Parmi les sept joueurs majeurs des finales NBA (rotation serrée oblige), six sont encore dans l’effectif. Cependant, un gros départ est à déplorer, celui de PJ Tucker. Récupéré en cours de saison dernière, Tucker a permis à la défense des Bucks de passer un cap essentiel en playoffs. De Jimmy Butler au premier tour à Devin Booker en Finales en passant par Kevin Durant, l’ailier fort a succombé aux plages chaudes de Floride et au bagou de Pat Riley pour un contrat pourtant similaire à ce que les Bucks pensaient lui offrir. Une fois sa bague en poche, Tucker a préféré choisir un nouveau challenge dans un environnement beaucoup plus agréable pour lui et sa famille.

Côté départ, les Bucks déplorent également les pertes de leur backcourt remplaçant en Jeff Teague et Bryn Forbes. Jeff Tague avait réussi à remplacer au pied levé DJ Augustin en cours de saison et avait apporté quelques bonnes minutes en rotation de Holiday, mais ce départ peut largement être compensé. L’arrière shooter avait surpris tout le monde au premier tour en allumant le Heat avec 15 points de moyenne à 49% à trois points. Il avait disparu de la rotation au fur et à mesure, mais la perte d’un shooter d’exception est toujours déplorable.

Une perte assez importante par son shooting elite. Photo via NBA.com

Pour compenser ces départs sur le backcourt, Jon Horst (GM) fait revenir l’ancien de la maison George Hill qui avait montré une formidable seconde jeunesse sous Budenholzer en 2020. Avec Grayson Allen et Rodney Hood, les Bucks disposent de joueurs capables de shooter à de très bons pourcentages, revanchards et qui peuvent s’éclater dans le système en fer à cheval autour de Giannis. Enfin, pour compenser la perte du défenseur/shooter PJ Tucker, Milwaukee a drafté Sandro Mamukelashvili, un fort joueur physique de Steton Hall et a signé le buffle Semi Ojeleye en provenance de Boston. Deux profils complémentaires de l’effectif qui pourraient grappiller quelques minutes durant la saison.

Confirmer tout en compensant la perte de PJ Tucker

À Phoenix, Houston puis Milwaukee, PJ Tucker s’est, depuis longtemps, fait un nom de défenseur d’exception sur les ailiers de la ligue. Avec une association de physique ultra tanké, rapide sur ses appuis et une activité débordante, le Sneaker addict est redouté de tous jusqu’à attirer les foudres des coachs adverses lorsqu’il est en mission sur leur meilleur joueur.
En sortie d’égalisation face au Nets, Steve Nash avait relevé la défense un peu trop physique du daim sur Kevin Durant : « je pense que c’était à la limite du physique non-basket à certains moments ».

PJ Tucker, c’est un Durant à 36%, un Booker frustré, un Jimmy Butler transparent. Dans les chiffres, ce bon PJ est le 10e joueur de la ligue en defensive rating (111.4) ou encore le premier en termes de shoots contestés avec 62.3.

Compenser un tel départ semble mission impossible pour la troupe de Jon Horst et pourtant, les espoirs sont permis :

Tout d’abord, retrouver un tel équilibre défensif ne peut se faire que collectivement. Avec 107.6, les Bucks possèdent le meilleur defensive rating des playoffs 2021. Ce chiffre n’est évidemment pas seulement dû à PJ Tucker. La stratégie défensive de Budenholzer est, depuis son passage à Atlanta, une des plus efficaces de la ligue.

Ensuite, les Bucks possèdent des joueurs d’une qualité hors du commun dans ce secteur. Giannis Antetokounmpo détient un titre de défenseur de l’année alors que Jrue Holiday est souvent considéré comme le défenseur le plus redouté par les guards de la ligue.

Quand on ajoute à ce groupe des leaders comme Brook Lopez ou Khris Middleton – clairement dans la frange supérieure des défenseurs NBA – et des role players comme Divincenzo ou Gonnaughton qui se montrent plus que volontaires, cette équipe des Bucks a tout pour rester dans le top défensif de la ligue.

Enfin, Milwaukee n’a pas fait que perdre un PJ Tucker cet été. Le recrutement a clairement été orienté pour compenser son départ et améliorer les autres positions. Avec Semi Ojeleye, les daims récupèrent ici un des plus féroces défenseurs de Boston sur ces dernières années, lui qui a souvent été envoyé en mission sur Giannis Antetokounmpo. Avec un physique similaire à celui de Tucker et un defensive rating de 111 au cours de sa carrière (bien mieux que la moyenne NBA), Ojeleye va apporter ses muscles et sa polyvalence défensive. Les Bucks ont également récupéré deux très bons défenseurs sur leur ligne arrière avec George Hill et Grayson Allen. Même si l’un n’est plus de première jeunesse et que l’autre est quelque peu sous-dimensionné, ils ont montré qu’avaient encore beaucoup à offrir en termes d’efforts et de compréhension défensive. Ils devraient exceller dans le système de Bud.

Grayson Allen et Rodney Hood, du shoot en plus pour Bud. Photo : Milwaukee Bucks

Finalement, Milwaukee perd un homme essentiel de la rotation de leur run de champion, mais compense assez largement par des recrues intéressantes et un groupe qui continue d’exceller défensivement depuis plusieurs années. Il faut également mettre en exergue que PJ Tucker va maintenant sur ses 37 ans et même si sa défense sur Kevin Durant a été louée de tous, il a parfois semblé un peu dépassé et son âge ne va rien arranger sur une saison complète.

Les Bucks se sont créés une âme dans la victoire, ils ont un titre à protéger et ont su défendre au plus haut niveau durant de magnifiques de playoffs qui les ont opposés aux meilleures attaques de la ligue. Avec la montée en puissance d’un Jordan Nwora et la responsabilisation des role players, la perte de Tucker est difficile à encaisser, mais les bains possèdent toutes les armes pour continuer à être une des équipes les plus difficiles à jouer.

S’éloigner de la Giannis Dependance

« Giannis Antetokounmpo est trop isolé à Milwaukee », voici un refrain que l’on a souvent entendu ces dernières années. Les rumeurs l’envoyaient à Miami, Golden State ou Dallas, mais c’est bien à Milwaukee que le Greek Freak a décidé de prolonger son aventure pour au moins cinq ans. Avec un titre en poche, la ville du Wisconsin a enfin montré au monde du basket que le supporting cast autour de Giannis était bel et bien d’une qualité supérieure.

Khris Middleton a affiché un niveau offensif d’une rare efficacité tout en étant le joueur qui finit les matchs, le « closer » de l’équipe. Jrue Holiday apporte lui ce contrôle, cette stabilité et surtout ce rendement offensif que n’avait pas Bledsoe sur le terrain, tout en étant surement le meilleur défenseur à son poste en NBA. De tels lieutenants ont montré leur rendement en Finales NBA et sont généreusement remerciés par la direction avec un trio qui coutera plus de 104 millions de dollars la saison prochaine. Avec trois joueurs dans le top 25 de la ligue en termes de salaires, le troisième trio le plus cher de la ligue derrière les galactiques de Brooklyn et de Los Angeles, les Bucks ont décidé que la génération Giannis se fera avec ces deux bras droits.

On a pourtant souvent critiqué une certaine «  Giannis Dependance » ces dernières années du côté du Wisconsin. Quand Antetokounmpo n’est pas là, ou est attendu dans la raquette, Milwaukee peut-il rester debout ?

La réponse était clairement négative à la suite de l’élimination face au Heat en 2020. Avec une défense très horizontale en formant un mur autour de la raquette, Miami a réussi à annihiler l’impact brutal du grec et c’est toute l’équipe qui a toussé, incapable de jouer sans les décalages provoqués par leur leader. Son usage rate de 37,3% était alors tellement haut qu’il empêchait ses coéquipiers de prendre leurs responsabilités. En redescendant à un usage rate de 32%, on a vu ses lieutenants prendre plus d’ampleur dans le jeu collectif de Budenholzer. Avec un Jrue Holiday qui joue enfin meneur à plein temps et un Middleton qui rentre dans l’élite des ailiers créateurs capables d’initier une attaque, Milwaukee dispose ici d’un trio de créations offensives monstrueux pour l’année à venir. Tant que l’un des trois est sur le parquet, Milwaukee peut voir venir, surtout lorsque l’on rajoute la création possible d’un George Hill ou d’un Divincenzo.

Qui empêchera cette escouade d’aller jusqu’au bout ? Photo : Michael Reaves / Getty Images

À l’intérieur, le duo Lopez-Portis semble être le fit parfait pour jouer avec ou sans Giannis comme ils l’ont montré sur le championship run 2021. Lopez peut artiller de loin avec régularité pour ouvrir la raquette à son MVP, mais peut également punir l’adversaire au poste en souvenir de Brooklyn comme il l’a montré au game 5 face aux Hawks avec 33 points sans Giannis, blessé. Un profil similaire en moins technique, mais plus énergique pour Portis qui devrait continuer à être dans la course au 6e homme de l’année.

En recrutant les shooters Allen/ Hood, un créateur expérimenté en Hill et un défenseur en mission comme Ojeleye, les Bucks ont affirmé leur modèle. Permettre en un premier temps à Giannis Antetokounmpo d’exceller dans un modèle de fer à cheval où chaque joueur de l’effectif peut être dangereux du parking. Autoriser Giannis à lever le pied en lui enlevant le ballon des mains avec de forts créateurs qui pourront le faire performer en « poseur d’écran » et continuer à faire tourner la machine sans lui sur le terrain. Enfin, continuer à imposer un impact défensif physique sur le terrain mené par un axe Holiday-Antetokounmpo redoutable.

Le 5 majeur potentiel

  • MJ : Jrue Holiday
  • A : Donte Divincenzo
  • AI : Khris Middleton
  • AF : Giannnis Antetokounmpo
  • P : Brook Lopez

Notre pronostic : 59 – 23 (2e)

Milwaukee a réussi l’an dernier à rafler le titre en réalisant de superbes playofsf, mais il n’était pas parfait. D’abord mené 2-0 par Brooklyn, certains de ses détracteurs mettent ce titre au crédit des blessures de Brooklyn ou d’un finaliste jugé peu méritant en Phoenix en raison des nombreuses blessures à l’Ouest.

Avec ce titre en poche, les Bucks vont maintenant devoir assumer le statut qui va avec. Il n’est plus question d’être sous-estimés ou de naviguer sous les radars. Giannis et sa troupe vont être attendus chaque soir où toute franchise veut la peau du champion.

Rudy Tomjanovich disait de ne jamais sous-estimer le cœur d’un champion. Les Bucks en sont le parfait exemple, ils ont faim avec un leader qui n’a que 26 ans. Il n’est toujours pas dans son prime et son tir longue distance est de plus en plus fiable. Un modèle qui s’affine, des leaders performants et un supporting cast de qualité… Alors que tous les yeux sont rivés sur les armadas de Los Angeles et Brooklyn, les daims peuvent-ils encore naviguer calmement jusqu’au back-to-Bucks ?

Photo de couverture : Jeff Hanisch / USA TODAY Sports

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