La première de Mike James en France tourne au naufrage

par Benjamin Moubeche

Dans le monde du sport, les attentes sont souvent proportionnelles au salaire. Dans ce contexte, inutile de dire à quel point James était attendu pour son premier match dans le championnat français. Mis au repos lors de la première sortie des Monégasques en Betclic Élite, c’est face aux Metropolitans de Boulogne-Levallois que le meneur a fait ses débuts dans l’Hexagone ce mardi.

Le premier match de Mike James dans le championnat français avec Monaco s’est soldé par une défaite face aux Metropolitans (108-81). Photo : Monaco Basketball

Parmi les rares équipes françaises en EuroLigue cette année, Monaco a pris une nouvelle dimension avec sa qualification dans le plus prestigieux tournoi du vieux continent. Toutefois, cela ne fait pas de la Roca Team un cas à part pour autant. D’autres clubs, comme l’Asvel, nous ont déjà habitués à leurs rêves européens. Ce qui rend cette formation unique dans le championnat français, c’est bien Mike James.

Tandis que les plus hauts revenus de la ligue plafonnaient jusque-là autour de 300 000 € annuels — à l’image de Guerschon Yabusele, Moustapha Fall et Charles Kahudi à l’Asvel — ceux de James sont environ 4 fois supérieur. Avec un engagement d’une saison pour 1 à 1,5 million d’euros, Mike James a accédé à un statut inédit dans l’histoire du championnat.

Au premier abord, ses adversaires du soir ne semblaient pas faire le poids. Alors que les Monégasques sortaient de la première victoire en EuroLigue de leur histoire face au Panathinaïkos (75-63), Boulogne-Levallois restait sur un violent échec contre Le Mans (83-65). Aussi doués soient-ils, les Metropolitans ne jouent littéralement pas dans la même cour que l’ennemi.

Bien déterminés à faire basculer une Roca Team en pleine confiance, Vincent Collet et ses hommes se sont toutefois montrés à la hauteur du défi. Avec une large victoire sur le score de 108 à 81, les Mets ont plongé Monaco dans le doute. L’enjeu du match était certes plus grand pour les uns que pour les autres, mais le favori du jour s’est révélé particulièrement décevant.

Impressionnants des deux côtés du terrain, les Metropolitans ont bien mérité leur victoire. Photo : Anthony Dibon / Icon Sport

Égarés dans un jeu collectif décousu, il a fallu du temps à Monaco et Mike James pour entrer dans le match. Menés 28-16 à la fin du premier quart-temps, ils perdent rapidement l’ascendant psychologique. Avec deux paniers manqués pour autant de tentative, James ne marque pas le moindre point en plus de 6 minutes de jeu. Son équipe est désorientée. Elle n’arrive pas à saisir les occasions faciles, perd des ballons, concède des contres.

En face, les Metropolitans sont, eux, en totale maîtrise. Menés par un excellent Vincent Hunter, ils se montrent aussi adroits que spectaculaires en attaque. Très actifs en défense, ils ne rendent pas les choses faciles pour leurs adversaires et creusent l’écart.

Il faut attendre le deuxième quart et la sortie de Zvezdan Mitrovic — ayant écopé de deux fautes techniques pour avoir contesté l’arbitrage — pour que Monaco se réveille. En attaque, James semble deux fois plus rapide que tous les autres joueurs sur le terrain. Il met du rythme dans une ligue à laquelle on reproche trop souvent sa lenteur, le spectacle est au rendez-vous. Il marque son premier panier en prenant la défense de vitesse, et trouve enfin la confiance.

À partir de là, le meneur multiplie les actions spectaculaires : un 2 + 1 sensationnel au cœur des lignes adverses, un tir à trois points contesté, un jump shot indéfendable… Il alterne entre un jeu plus posé et ses attaques éclair habituelles, avec succès. Si bien qu’à la fin du troisième quart-temps, James atteint la marque des 17 points — un total convaincant pour un match de Betclic Élite.

Seulement, voilà le problème : son équipe a toujours 22 points de retard. Avant d’entrer dans la dernière période, le score est de 82-60 en faveur des Metropolitans. Actifs en défense et particulièrement adroits, avec 65,9 % au tir, dont 50 % à trois points, ils volent la vedette à la star de la soirée. 

Malgré quelques actions mémorables, Mike James n’a pas su faire la différence face aux Metropolitans. Photo : Monaco Basketball

L’attitude de Mike James reflète parfaitement les carences du collectif. Alors qu’il est toujours le premier à partir quand son équipe récupère la balle, la star offensive de Monaco se montre bien moins investie lorsqu’il est question de se replier en défense. Sur la ligne à trois points, plus petit que la plupart de ses vis-à-vis, il a du mal à gêner ses adversaires qui font régulièrement ficelle. La défense n’a jamais été sa spécialité, mais son manque d’envie criant pèse sur son équipe.

Déboussolé, James compte 4 ballons perdus à la fin du troisième quart. Plus flagrant encore, il affiche un plus-minus de -14. Malgré quelques passes bien senties, peine même à trouver des solutions au scoring. Sa première sortie en Betclic Élite tourne au naufrage collectif après un court show.

Plus le temps passe, plus l’écart se creuse sans que le héros attendu pointe le bout de son nez. Visiblement insatisfait, il reste sur le parquet en sachant que la rencontre est déjà perdue, alors que le meilleur scoreur de l’équipe adverse, Will Cummings, a quitté le terrain avant le quatrième quart.

À l’approche du buzzer final, il en arrive même à prendre un tir improbable à plusieurs mètres de la ligne à trois points, comme si le match ne l’intéressait plus. Avec une heureuse faute et un panier quelconque, il termine à 22 points. Monaco s’incline 81 à 108 face à un adversaire donné perdant par la plupart des spécialistes.

22 points représentent un total tout à fait honorable dans le championnat français. Mais à 6-15 au tir et sans réel impact défensif, la performance de James n’a pas vraiment bénéficié à son équipe — en témoigne son plus-minus de -19.

Dans le top 3 des meilleurs scoreurs de l’Euroligue depuis trois saisons, et alors qu’il affichait encore 19,3 points par match avec le CSKA Moscou la l’année dernière, la plupart des observateurs voyaient Mike James marquer en toute facilité dès sa première sortie en France. Manque de cohésion collective, d’envie ou simplement un mauvais soir, difficile de mettre le doigt sur la cause de cette déception.

Il ne s’agit pas d’un échec individuel, mais collectif pour les Monégasques, qui peinent encore à se trouver. Photo : Monaco Basketball

Il ressort en tout cas du match de Monaco une frustration palpable. Beaucoup d’épaules levées, de désaccords entre les joueurs, un manque d’alchimie flagrant. Difficile de ne pas faire le lien entre cette attitude et le caractère difficile de James.

Brouillé avec son coach Ettore Messina à Milan, puis Dimitris Itoudis à Moscou, plusieurs fois suspendu jusqu’à son départ fracassant aux Nets, James s’est forgé une mauvaise réputation en Europe. Et Zvezdan Mitrovic, entraîneur à fort tempérament — ce qui l’a notamment poussé vers la sortie pendant ce match —, ne semble pas particulièrement apte à le canaliser.

Il ne s’agit que d’une supposition, mais la présence de James pourrait éventuellement nuire au mental de son groupe sur une scène qui ne l’intéresse pas réellement. En tout cas, malgré tout son talent, on pourrait s’attendre à ce la star soit moins éblouissante que prévu en LNB.

« J’aimerais jouer à Monaco. J’ai entendu que c’est un bel endroit », déclarait-il en 2020. « Je sais qu’ils ne sont pas en Euroligue, mais peut-être que j’irai là-bas pour terminer ma carrière, quand je ne serai plus aussi bon qu’aujourd’hui. » En une année, il n’est pas impossible que le meneur ait changé d’avis sur le niveau de la ligue, mais ce n’est pas la thèse la plus probable.

La priorité de Monaco est évidemment l’Europe. Mais avec une victoire sur le fil face à Roanne (80-75) puis cette large défaite face à Boulogne-Levallois (108-81) pour ouvrir la saison, c’est à se demander si l’équipe se soucie réellement du championnat français. Mike James est peut-être le joueur le mieux payé de l’histoire de la ligue, mais il se pourrait bien que, par manque d’envie, il ne soit jamais à la hauteur des attentes en Betclic Élite.

Inutile de tirer des conclusions hâtives après un match de compétition. Cependant, l’évolution de Monaco face aux clubs de l’Hexagone sera à surveiller de près. Mike James et son équipe devront se ressaisir dimanche, contre Le Mans, pour donner tort à ses détracteurs. Pendant ce temps, les Metropolitans peuvent espérer surfer sur cette victoire statement pour briller en Betclic Élite, à commencer par leur confrontation face à Nanterre samedi.

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