Les Spurs doivent se chercher dans un océan d’incertitudes

par Benjamin Moubeche
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Pour la première fois, les Spurs sont en crise. Depuis leur arrivée en NBA en 1976, jamais cette franchise — brillant modèle de régularité — n’avait manqué les Playoffs pendant deux années consécutives. San Antonio découvre enfin la défaite. Après vingt ans au sommet de la ligue, les Spurs font face à un contrecoup sans précédent. Ce n’est pas seulement une page qui se tourne, mais un véritable chapitre de l’histoire de la NBA.

La franchise s’élance dans l’obscurité, dans un inconnu qui effraie. Alors qu’il ne reste presque rien de leur passé glorieux, tout doit être reconstruit. Le challenge est immense, les interrogations sont nombreuses. Les Spurs doivent réapprendre à se connaître pour espérer un jour retrouver la victoire.

2020-21 : Une saison teintée de gris

Depuis le départ de Kawhi Leonard, rien n’a plus la même saveur à San Antonio. Malgré la saison très réussie de DeMar DeRozan, trop affaiblis, les Spurs se contentent de survivre en 2020-21.

Comme un symbole, l’équipe ne fait plus les gros titres des journaux pour ses résultats, mais pour un départ. En milieu de saison, LaMarcus Aldridge et les Spurs décident de se séparer. Après 5 années de hauts et de bas, le septuple All-Star quitte San Antonio en emportant avec lui les derniers souvenirs d’une meilleure époque.

L’exercice se termine sur un bilan de 33-39, avec une élimination au Play-In face à l’un de leurs ennemis jurés : les Grizzlies. Ce n’est pas une surprise pour les Spurs, qui commencent déjà à préparer l’avenir.

Contrairement à ce que présentent leurs uniformes, tout n’est pas noir chez les Texans. DeMar DeRozan et Patty Mills réalisent, de leur côté, une saison tout à fait honorable. Surtout, certains jeunes se montrent rassurants pour l’avenir de la franchise.

DeMar DeRozan et Patty Mills, les tauliers des Spurs cette saison. Photo : Orlando Ramirez / USA TODAY Sports

En premier lieu, Dejounte Murray affiche une solide progression. Il termine l’année avec des moyennes de 15,7 points, 7,1 rebonds et 5,4 passes, en 31,9 minutes par match et à 45,3% au tir, en disputant l’intégralité des matchs en tant que titulaire. Derrière ces chiffres, le meneur de 24 ans se montre très efficace en défense. Meilleur rebondeur défensif (6,2 unités par match) et intercepteur (1,5) de son équipe, ses efforts laissent entrevoir un potentiel certain sur le moyen terme.

De son côté, Derrick White reste sur de bons standards (15,4 points, 3 rebonds et 3,4 passes par match) malgré une blessure au pied qui le prive de la moitié de la saison. Le rookie Devin Vassell profite de sa première année pour montrer des choses intéressantes, notamment sur le plan défensif, sans pour autant briller. Lonnie Walker, lui, laisse entrevoir quelques flashs de son potentiel offensif dans un exercice marqué par les incertitudes. 

2020-21 est également un premier test pour la révélation de la bulle d’Orlando, Keldon Johnson. Le niveau de jeu affiché que l’ailier affichait dans celle-ci — bien retranscrit par ses moyennes de 14 points et 5 rebonds, à 64% au tir et 65% à trois points — a logiquement décuplé les attentes pour la saison.

Pour sa première année en tant que titulaire, Johnson se montre globalement à la hauteur. Malgré une petite baisse statistique, notamment sur son adresse au tir (47,9% au tir, 33,1% à trois points), son énergie et sa polyvalence défensive font partie des rares satisfactions de la saison.

Intersaison : Raser les derniers vestiges

ArrivéesDéparts
Joshua PrimoDeMar DeRozan
Thaddeus YoungPatty Mills
Zach CollinsRudy Gay
Bryn ForbesTrey Lyles
Doug McDermottGorgui Dieng
Al-Farouq Aminu
Jock Landale
Joe Wieskamp

Sans surprise, l’intersaison des Spurs symbolise très bien le renouveau de la franchise. DeMar DeRozan, Patty Mills et Rudy Gay, les trois cadres restant de l’effectif, font leur valise pour retrouver de nouvelles équipes compétitives. Sans enjeu à San Antonio, ces trois-là n’avaient aucune raison de s’y attarder.

Pour encadrer la jeunesse et compléter l’effectif, les Spurs font tout de même venir un certain nombre de vétérans fatalement moins chers. Thaddeus Young est certainement le plus important d’entre eux. La saison prochaine, l’ailier fort de 33 ans apportera expérience et stabilité à la jeune franchise. Dans cette tâche, il sera notamment épaulé par Doug McDermott à l’aile.

Les arrivées d’Aminu et le retour de Forbes sont certainement plus anecdotiques. Il en va de même pour l’arrivée du pivot Australien de 25 ans Jock Landale, qui aura fort à prouver cette saison. Il en va de même pour le 41e choix de la Draft, Joe Wieskamp (22 ans), sur lequel la franchise pourra difficilement compter malgré sa saison à plus de 46% à trois points en NCAA.

Il va sans dire que le move le plus intrigant des Spurs cet été — et de la Draft de manière générale — est la sélection de Joshua Primo en 12e position. Parfois absent du top 60 de certains spécialistes, personne ne s’attendait à le voir partir si tôt dans la Draft. Sans trade down, ce choix paraît douteux. Erreur du management ou manque de discernement des observateurs ? Seul l’avenir nous le dira.

Plus jeune joueur de cette cuvée, on sous-estime peut-être son potentiel, mais Primo ne semble pas avoir les épaules pour les attentes qui ont été placées en lui. Espérons pour les Spurs qu’il saura faire taire ses détracteurs.

Facteur X : Découvrir les nouveaux Spurs

Pour reprendre les mots de Socrate : « le secret du changement, c’est de concentrer toute votre énergie non pas à lutter contre le passé, mais à construire l’avenir ». Il semblerait que la clé du futur des Spurs soit la même. Après 20 ans de domination sur le modèle Popovich, la franchise doit avancer vers une nouvelle ère en comptant sur ses jeunes pousses, sans couper ses racines.

Comme partout où la victoire devient rare, la franchise est contrainte de s’en remettre à la jeunesse. San Antonio n’est pas un marché particulièrement attrayant, comme New York ou Los Angeles, et devra fatalement se reconstruire par la Draft.

L’effectif des Spurs compte déjà quelques jeunes talents, notamment ceux que nous avons déjà évoqué. Sur les lignes arrières, Dejounte Murray et Derrick White pourraient s’inscrire dans les plans de la franchise à long terme. Murray, principalement, est un joueur d’avenir dont la franchise aimerait sans doute faire son meneur titulaire. À 25 et 27 ans, leur plafond sera certainement le facteur déterminant — celui de White semblant relativement proche. Ils figurent, quoiqu’il en soit, parmi les pierres angulaires de ce projet.

À l’aube de la saison 2021-22, c’est sans doute Keldon Johnson qui porte les plus grands espoirs des Spurs. Appelé pour les Jeux Olympiques afin de remplacer Bradley Beal dans les rangs de Team USA, il pourrait bien mettre les enseignements de l’été au profit des Spurs.

Keldon Johnson, sous les couleurs de Team USA. Photo : Matthias Hangst / Getty Images

« Il a été excellent. Il n’est pas là sans raison. Il y a une raison pour laquelle on lui a demandé de rester », affirmait Damian Lillard après le passage de Johnson de la Select Team au roster final. Dans les matchs de préparation, puis dans le vestiaire, le jeune ailier s’est révélé être l’un des moteurs de ce que l’on peut considérer comme la meilleure équipe du monde. « Il a apporté plus d’énergie que quiconque. C’est ce dont nous avions besoin », précisait justement Draymond Green, fraîchement médaillé d’or.

Cette énergie, les Spurs en auront besoin pour canaliser leur jeune groupe. Rapidement, Keldon Johnson pourrait bien prendre le lead de cette formation dans laquelle tout reste à faire. Johnson est un formidable energizer, mais pas seulement. Il s’agit d’un joueur intelligent, ce qui se remarque dans sa sélection de tirs et dans sa manière de profiter des espaces créés par ses coéquipiers. Surtout, il s’agit d’un défenseur polyvalent et volontaire, capable de couvrir plusieurs postes. Bref, le type de joueur passe-partout que beaucoup de franchises en reconstruction rêvent de trouver. 

Avec les départs de DeRozan et Aldridge, Johnson risque de recevoir de nombreuses responsabilités. Cette saison sera l’occasion pour lui de confirmer les attentes et de s’imposer comme le patron des jeunes éperons. En continuant de travailler sur ses points forts, mais aussi en développant ses compétences à la création, il pourrait bien devenir le centre de la reconstruction de San Antonio, au moins à court terme.

Un peu de stabilité dans ce projet — à travers White, Johnson et Murray — ferait beaucoup de bien à cette équipe, qui doit faire face à un grand nombre d’interrogations. C’est notamment ce que le 12e choix des Spurs à la Draft aurait dû apporter : un semblant de certitude, un potentiel évident en lequel croire pour l’avenir. Avec la sélection de Joshua Primo, difficile d’affirmer si ce pick jouera un véritable rôle dans les plans de la franchise.

L’arrière canadien est un shooter et un passeur d’élite en devenir, ça ne fait aucun doute, mais il est actuellement difficile de le voir comme l’une des pièces maîtresses de son équipe. Plus jeune joueur de la ligue à l’heure actuelle, sa marge de progression est certainement immense. Les Spurs ont apparemment perçu le potentiel de Primo, et ils devront tout faire pour que celui-ci le réalise. Il faudra se montrer très patient avec ce joueur, tout en veillant à trouver un équilibre sur les lignes arrières avec Murray, White, Walker et Vassel. En ce qui concerne Primo, incertitude est le maître mot. 

Pour ses premiers matchs sous les couleurs des Spurs, en Summer League, Joshua Primo s’est montré rassurant. Photo : Bart Young / NBAE via Getty Images

La progression de Lonnie Walker IV sera également un indicateur clé dans la construction de cette nouvelle équipe. Joueur à fort potentiel, son avenir à San Antonio se jouera cette saison, la dernière de son contrat rookie. Dans le contexte actuel, Walker a l’espace et l’attention requise pour faire un grand bond en avant en 2022. S’il saisit sa chance, le management pourrait bien lui offrir une place de choix dans un futur proche, éventuellement dans la second unit où sa capacité à scorer serait la bienvenue. Rien n’est encore perdu, mais la franchise ne peut toutefois pas compter sur Walker pour le moment au regard de ses résultats ces dernières saisons.

Il n’est d’ailleurs pas seul, plusieurs choix de Draft des Spurs attendent encore de se révéler au sein de l’équipe. Du haut de leurs 21 ans, Tre Jones, Luka Šamanić et surtout Devin Vassell peuvent encore surprendre la franchise. La signature de l’énigmatique Zach Collins vient ajouter une incertitude supplémentaire au casse-tête des Spurs. Un fort potentiel, notamment en défense, mais un risque de blessure particulièrement élevé — d’autant que Collins est actuellement indisponible à cause d’une nouvelle fracture du pied. Pour l’heure, l’effectif des Spurs suscite plus de questions que d’excitation.

Pour comprendre la complexité de la situation, il faut également voir au-delà des joueurs qui composent la franchise. A bientôt 73 ans, Gregg Popovich semble très proche de la retraite. Toute bonne chose a une fin, et cela vaut même pour les plus grandes figures de l’histoire du sport. Dans ce contexte de reconstruction, les Spurs doivent y voir l’opportunité de se réinventer.

Jamais les éperons ne pourront se détacher de leur passé. Plus qu’aucune autre franchise, San Antonio est attachée à des valeurs et des principes singuliers qui ont fait sa grandeur. Mais dans une ligue en constante évolution, même une institution si solide est vouée à changer pour réussir.

La première préoccupation de la franchise dans ce processus doit être de trouver le remplaçant de Pop. La réussite de l’équipe, depuis des décennies, passe avant tout par son coach. Il sera particulièrement difficile de trouver un ou une successeur à la hauteur. Seulement, pour retrouver les sommets, c’est sans doute ce dont l’organisation aura besoin tant à la tête de l’équipe qu’à celle du Front Office.

Après Robinson, Duncan, Ginóbili et Parker, ce sera bientôt à Gregg Popovich de sortir par la grande porte. Photo : Rick Bowmer / Associated Press

S’il nous est pour le moment très difficile de dire qui pourrait devenir le prochain président de la franchise, quelques noms sont fréquemment évoqués en ce qui concerne l’entraîneur. Compte tenu du poste que les Celtics ont offert à Ime Udoka et des échecs de plusieurs anciens dans d’autres équipes — à l’image de David Fizdale et Igor Kokoskov —, difficile d’imaginer l’un d’entre eux redorer le blason des Spurs. Il faudra donc regarder plus près, ou plus loin.

Jay Wright, coach de Villanova en NCAA, devrait être le successeur de Popovich à la tête de Team USA. L’assistant de Pop dans les compétitions internationales pourrait également être une solution pour les Spurs, malgré le fossé qui sépare le circuit universitaire de la grande ligue. Pour développer les jeunes talents de San Antonio, il sera en tout cas difficile de trouver plus qualifié que Wright et ses 20 années à la tête de l’un des meilleurs programmes universitaires du pays.

Devant lui, se positionne peut-être une candidate. Becky Hammon deviendra probablement la première femme à tenir les rênes d’une équipe NBA, et les Spurs seraient sa destination la plus logique. Championne avec New York, première joueuse de San Antonio à voir son maillot retiré, Hammon a tout compris au basket. Sur le banc des Spurs depuis 2014, elle a une attache particulière à la ville. 

L’héritage de Popovich continuera de vivre à travers ses héritiers, que ce soit Wright, Hammon, Manu Ginóbili — qui vient de rejoindre le coaching staff — ou tous les joueurs, exécutifs et entraîneurs qu’il laisse derrière lui. Mais l’organisation doit voir au-delà de Popovich pour continuer d’avancer. Rien ne se fera sans cela. 

À l’heure actuelle, les Spurs doivent encore tout trouver : leur nouvelle identité, le coach et le dirigeant qui auront la charge de guider la franchise, les joueurs sur lesquels ils pourront s’appuyer… À partir de si peu de choses, San Antonio doit concentrer toute son énergie à construire l’avenir.

Une réponse immédiate

En ce qui concerne leur avenir à long terme, les Spurs ont le temps de trouver les réponses à leur question. Cependant, la franchise ne peut pas ignorer la saison qui se pointe le bout de son nez, et pour laquelle elle doit trouver des réponses immédiates.

Pour le moment, la question la plus préoccupante est sans doute celle du scoring. Le seul joueur à plus de 20 points de moyenne, DeMar DeRozan, a quitté le navire cet été. San Antonio n’ayant pas cherché à recruter un remplaçant pendant l’intersaison, il faudra donc en trouver un en interne.

Parmi les joueurs des Spurs, voici les 5 meilleurs marqueurs de la saison 2020-21 :

  • Dejounte Murray (15,7)
  • Derrick White (15,4)
  • Doug McDermott (13,6) 
  • Keldon Johnson (12,8) 
  • Thaddeus Young (12,1)

San Antonio est un collectif avant tout. L’équipe a rarement concentré ses plans de jeu sur un seul joueur et est spécialiste du partage du ballon. Mais depuis 2015-16, même les Spurs comptent chaque saison dans leurs rangs un joueur à plus de 20 points. Surtout, derrière ces 5 joueurs, on ne retrouve aucun attaquant réellement efficace.

Dejounte Murray sera sous la lumière des projecteurs cette saison. Photo : Nell Redmond / Associated Press

La réponse facile au manque de scoring serait évidemment la croissance des jeunes. Les statistiques de Murray et Johnson, notamment, devraient augmenter avec leur hausse de responsabilité. Il n’est pas non plus exclu qu’un joueur comme Vassell ou Forbes devienne plus productif, ou même que Lonnie Walker améliore sa précision. Quoiqu’il en soit, l’équipe devra trouver une solution pour éviter d’enchaîner les blowouts cette saison.

Bien sûr, dans une reconstruction, la victoire n’est pas vraiment l’objectif. San Antonio se prépare à sortir son tank, et cela semble être le meilleur choix dans ce contexte. Mais pour le développement des jeunes et le moral du collectif — ou ne serait-ce que par amour du basketball —, les Spurs auront sans doute à cœur de décrocher quelques victoires et d’afficher un niveau de jeu satisfaisant. 

Le 5 de départ potentiel

  • MJ : Dejounte Murray
  • A : Derrick White
  • AI : Keldon Johnson
  • AF : Doug McDermott 
  • P : Jakob Poeltl

Notre pronostic : 28 – 54 (12/13e)

Il est extrêmement rare de tenir de tels propos au sujet de cette équipe, mais il ne faut rien attendre des Spurs cette saison. Le réel enjeu de la saison 2021-22 sera de répondre aux nombreuses questions en ce qui concerne leur avenir, ainsi que de décrocher une place à la lottery au terme d’un exercice bénéfique aux plus jeunes.

Pour la première fois depuis la Draft de David Robinson en 1987, les Spurs ne savent pas où ils mettent les pieds. Cette institution qui a connu tant et tant de victoires doit aujourd’hui découvrir le goût de la défaite. Cette organisation qui a su s’imposer dans l’histoire de la ligue avec son propre modèle doit désormais en trouver un nouveau. San Antonio est enfin vouée à redevenir, au moins pendant un temps, une franchise comme les autres.

Photo : Steph Chambers / Getty Images

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