Jalen Suggs, pierre angulaire de la reconstruction du Magic

par Paul Roy
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À l’aube d’une nouvelle ère, le Magic d’Orlando a les yeux rivés sur l’avenir. Après avoir fait table rase du passé, la franchise floridienne entame un exercice ardu, une traversée du désert à la recherche d’une nouvelle identité et, surtout, d’un futur glorieux. Le guide tout désigné pour ce périple semble être Jalen Suggs, lui qui porte les espoirs de la franchise. Lui et ses jeunes coéquipiers incarnent l’avenir de l’équipe qu’ils devront un jour amener à la victoire.

2020-21 : La Floride perd ses rides

En appuyant sur le bouton rouge pendant la saison 2020-21, le Magic d’Orlando annonçait clairement la couleur. Fini le projet avec Vavane (Fournier), Vucevic ou encore Aaron Gordon, la franchise floridienne prend un virage direct pour entamer la reconstruction. Il faut dire que les saisons se suivent et se ressemblent. Sans réelle identité, Orlando peine à passer le cap pour devenir une des places fortes de la Conférence Est et redevenir la gloire de la fin des années 2000 lorsque Dwight Superman Howard écrasait encore les arceaux. 

Depuis le début de ce projet, la franchise compte seulement 2 tours de playoffs et seulement 2 victoires en 10 rencontres. Trop peu pour satisfaire les responsables de la franchise qui décident à l’aube de la trade deadline de se séparer du trio au contrat trop onéreux. Il faut dire que le début de la saison ne prédisait rien de bon pour le Magic. 15 victoires pour 29 défaites avant la date limite, la Disney City peinait à dépasser la 14e place de la Conférence. Le choix était fait, il fallait tourner la page de ce conte défait.

Nikola Vucevic fait ses valises avec Al-Farouq Aminu en direction de Chicago, en échange de Wendell Carter Jr., Otto Porter et deux premiers tours de draft (2021 et 2023). Dans le second trade, Aaron Gordon et Gary Clark partent en direction de Denver contre RJ Hampton, Gary Harris et du premier tour de la draft 2025 des Nuggets. Evan Fournier, lui, est envoyé à Boston contre deux seconds tours et Jeff Teague – coupé dans la foulée.

Installé à Orlando depuis 2012, le leader offensif Nikola Vucevic s’est fait transférer lors de la dernière deadline. Photo : Nam Y. Huh / AP

Plus qu’un changement en surface, la franchise se transforme drastiquement pour ne pas s’enterrer trop longtemps dans les méandres de l’Est. À la manière de Memphis il y a deux ans, Orlando choisit un nouveau projet tourné vers la jeunesse et l’avenir. Dans les joueurs majeurs de ce vieux projet, seuls Jonathan Isaac et Terrence Ross restent dans l’effectif. Cependant, l’avenir du premier cité est très incertain.

Marqué par les blessures, il manque tout l’exercice 2020-21 à cause d’une rupture du ligament croisé antérieur de son genou gauche. Cela alors qu’il revenait tout juste d’une blessure assez longue au niveau de ce même genou – problème au niveau du ligament croisé postérieur. Considéré comme l’un des meilleurs défenseurs en devenir de la ligue, Jonathan Isaac pourrait cependant être un problème dans la reconstruction du Magic s’il ne parvenait pas à se remettre proprement de sa blessure.

La cote de l’ancien 6e choix de la draft pourrait drastiquement chuter. Seulement 136 matchs joués depuis 4 ans (sur 318 possibles), l’ailier affiche une moyenne de 11,9 points, 6,8 rebonds et surtout 2,3 contres et 1,6 interception sur la saison 2019-20. Car c’est bien sur l’impact défensif que Jonathan Isaac fait briller son équipe. Avec lui sur le terrain, l’offensive rating de leurs adversaires perd 4 points (107,2). 

Passé la trade deadline, c’est alors un effectif du Magic très jeune qui est en charge de conclure la saison. Bien que celle-ci est bien compliquée (bilan de 6-22), nous avons pu voir les premiers contours du Orlando version 2021-22. Tout d’abord, l’arrivée de Wendell Carter Jr aura été intéressante. Malgré un objectif très faible, la rotation avec Bamba pourrait être intéressante l’année prochaine. Sur ces 26,5 minutes de moyenne, l’ancien des Bulls marque 11,7 points de moyenne et prend 8,8 rebonds. Il devrait très logiquement prendre la responsabilité du poste 5 dès la saison prochaine.

Jonathan Isaac et Markelle Fultz, grands espoirs parmi ce jeune collectif, débuteront leur saison à l’infirmerie. Photo : Fernando Medina / NBAE via Getty Images

Mis au repos très rapidement pour laisser la lumière aux jeunes de l’effectif, Terrence Ross a également montré des belles choses. En tant que spécialiste de la position du sixième homme, Ross pourrait retrouver un rôle similaire au sein de l’effectif. Sur les 10 matchs joués avec le Magic new-look, l’arrière a disputé 27,1 minutes pour 12,6 points de moyenne dont une performance à 24 points (10/15 dont 2/5 à trois-points) lors de la défaite face à Indiana. 

Mais c’est surtout à la mène que l’avenir pourrait être brillant. Cole Anthony a été très efficace après la trade-deadline : 15,0 points et 4,5 passes, malgré un pourcentage au tir de 41,7% et 34,8% derrière l’arc. Avec la blessure de Markelle Flutz, le Front Office ne pouvait que laisser la place à Cole Anthony, qui s’impose comme l’un des talents les plus prometteurs de l’effectif. Même si ses statistiques au tir sont basses, il n’est jamais rare de voir un rookie à la peine lors de son arrivée en NBA. Mais ce dernier semble être le shooter naturel dont avait besoin le Magic pour lancer son projet.

Intersaison : reconstruire par la Draft

ArrivéesDéparts
Jalen SuggsOtto Porter Jr.
Robin LopezJames Ennis III
Franz WagnerDwayne Bacon
E’Twaune MooreChasson Randle
Sindarius Thornwell

L’intersaison du Magic a naturellement suivi la direction de leur projet global. Tandis que deux vétérans rejoignent l’effectif pour encadrer la jeunesse, c’est évidemment sur la Draft que la franchise s’est concentrée. Avec le 5e choix de la Draft, Orlando ne pouvait que jeter son dévolu sur Jalen Suggs, largement considéré comme le joueur le plus talentueux de la cuvée à ce stade de la soirée. Dans ce projet de reconstruction, le GM John Hammond fait logiquement passer le potentiel de ses joueurs avant toute chose, sans trop se préoccuper du fit.

Trois places plus loin, c’est sur Franz Wagner que la franchise a décidé de miser. Frère de leur pivot Mo, cet intérieur au profil atypique apportera de la polyvalence, de la création, du shoot et du QI offensif à l’équipe. Un type d’intérieur rare, et très en vogue dans la NBA moderne.

Facteur X : reconstruction saveur Jalen Suggs

Même si Cole Anthony avait montré des bonnes choses lors de sa saison rookie, Orlando s’est emparé d’un nouveau meneur. Un choix qui pourrait bien bouleverser l’avenir de la Franchise. Avec le 5e choix, le Front Office a décidé d’appeler la sensation du circuit universitaire, celui qui a vu sa cote augmenter jour après jour, matchs après matchs, performances après performances : Jalen Suggs.

Le profil de Suggs correspond parfaitement aux besoins d’une équipe en reconstruction. Il s’agit d’un joueur athlétique avec une excellente vision de jeu et une capacité de playmaking très intéressante. Son tir au buzzer face à UCLA suffit pour comprendre à quel joueur nous avons affaire : un joueur à la mentalité détonante, qui lui a permis de prendre Gonzaga sur ses épaules et de les porter jusqu’en finale. Sur les 30 matchs de sa saison, il affiche 14,4 points, 5,3 rebonds et 4,5 passes de moyenne. Même si son tir reste une petite incertitude selon les scouting reports, Suggs parvient à une moyenne de 50,3% au tir, dont 33,7% à trois-points. Des chiffres qu’il devra tenter de maintenir dans la grande ligue, face à des meilleurs défenseurs.

Jalen Suggs a fait des débuts prometteurs lors de la Summer League. Photo : Ethan Miller / Getty Images

Si vous n’aviez jamais entendu parler de son histoire, Jalen Suggs est également – ou du moins était – un grand espoir du football dans le Minnesota. À sa sortie de High School, il était d’ailleurs classé 2e meilleur joueur de l’Etat grâce à ses bonnes performances au poste de Quarterback et en défense. Beaucoup expliquent son état d’esprit et sa volonté à aller au combat grâce à cette versatilité sportive dans ses plus jeunes années.

En effet, sa capacité à monter pour prendre des rebonds ou prendre des coups en attaquant le cercle sera sans doute une bonne addition pour l’équipe – 15e au rebond après la trade deadline contre 5e avant. Sa capacité à défendre pourrait être intéressante également. 36e meilleur intercepteur de la saison en NCAA avec 1,96 interception par match, il pourrait être un début de solution à Orlando, la 25e équipe en termes d’interception avec 6,9 unités par match.

Surtout, sa palette défensive fera beaucoup de bien à un effectif qui a besoin de forger son identité. Fort sur l’homme, il excelle grâce à sa rapidité et ses mains actives. Sa capacité à défendre loin du ballon sera également un vrai plus pour la saison à venir.

« La meilleure chose avec lui, c’est que vous n’avez jamais à vous inquiéter de son état d’esprit ou de sa capacité à se battre. […] Il est juste l’un de ces grands compétiteurs. Je pense que c’est la chose la plus difficile lorsque vous récupérez des joueurs talentueux, surtout de jeunes joueurs. Pour tous les coachs universitaires, la plus grosse adaptation que nous rencontrons, ce sont certains joueurs qui ne comprennent pas à quel point ils doivent s’investir dans le jeu pour réussir à ce niveau. Ensuite, ils ont souvent du mal avec l’intensité physique du jeu en sortant du lycée. Grâce à son background au football et au travail de ses coaches, de ses parents et de tout le monde autour de lui, il n’y a jamais eu besoin de période d’adaptation pour Jalen. »

Mark Few, coach de Gonzaga

Avec un groupe de jeunes joueurs – en moyenne 24,6 ans et 4,4 années d’expérience -, Orlando doit s’entourer de joueurs avec une certaine mentalité. Jalen Suggs l’a démontré, il est capable de se battre et d’emmener ses coéquipiers avec lui. Avant d’être le Franchise Player ou la star de l’équipe, il doit surtout être le vecteur de son identité. Sur ses épaules, repose la lourde charge d’insuffler au Magic son propre basket.

Même s’il devra prouver qu’il peut maintenant apporter une telle énergie sur une saison de 82 matchs – car, soyons honnêtes, nous ne voyons pas le Magic faire les Playoffs la saison prochaine -, il sera certainement l’une des premières pierres du projet de reconstruction d’Orlando.

Quel rôle pour les meneurs (Suggs, Anthony, Fultz, Carter-Williams, Hampton…) ?

Maintenant, c’est une tout autre question qui se pose pour le coaching staff du Magic. Comment parvenir à s’organiser sur les lignes arrières, et principalement sur le poste de meneur ? Car si Jalen Suggs devrait prendre le leadership selon les attentes, on s’attend également à ce que les responsabilités du rookie soient légèrement diminuées pour sa première saison de reconstruction.

Puisque Cole Anthony a présenté des bonnes choses la saison dernière, ses capacités à la mène et l’arrivée de Suggs pourraient pousser le coaching staff à faire des choix. Même si Cole est assez petit (1,88m), son potentiel au shoot laisse entrevoir un avenir en tant qu’arrière sur la saison prochaine. On l’a parfois vu associé à d’autres meneurs la saison dernière comme Markelle Fultz ou Michael-Carter Williams. Mais avec une saison marquée par les blessures, le Magic n’a pas pu voir l’étendue du potentiel des associations et de l’alchimie entre chaque coéquipier. 

L’autre point à ne pas omettre est la présence de Markelle Fultz. Après une saison marquée une nouvelle fois par les blessures – seulement 8 matchs avant une rupture du ligament du genou -, le numéro 1 de la draft 2017 devra encore donner tort à ses détracteurs. Son arrivée à Orlando lui a fait le plus grand bien. Il avait quitté le marasme des Sixers pour tomber dans une franchise où il avait été non seulement responsabilisé, mais aussi mis en confiance. La franchise a d’ailleurs toujours montré que Fultz est bel et bien un joueur important dans le projet, notamment en le re-signant à l’issue de son contrat rookie avec une extension à $50M sur 3 ans. Même si son retour n’est pas encore programmé, on raconte qu’il serait sur le point de retrouver les workouts.

RJ Hampton et Cole Anthony, un fougueux duo en sortie de banc cette saison ? Photo : Nic Antaya / Getty Images

N’oublions pas non plus que l’effectif compte RJ Hampton, arrivé la saison dernière de Denver, et Michael Carter Williams qui a signé un nouveau contrat. Même s’ils devraient se contenter de quelques minutes en sortie de banc, ils se sont montrés dignes d’une place dans la rotation cette saison. Cerise sur le gâteau, les dernières rumeurs laissent entendre qu’Hampton aurait grandi, ce qui lui ouvrirait les portes de postes plus libres dans la depth chart. 

Mais alors comment aligner tout ce roster pour le premier match de la saison ? Sans Markelle Fultz et avec l’objectif de faire commencer Terrence Ross sur le banc, nous verrons probablement l’association Jalen Suggs/Cole Anthony à l’œuvre. Le principal sera de donner à Anthony le temps dont il a besoin pour continuer à se développer tout en limitant les risques pour Suggs. Anthony pourrait prendre le poste 1 et Suggs le poste 2. Même si dans les faits, le premier pourrait se retrouver le plus souvent avec des tickets de shoot à l’arrière et le deuxième prendra certainement les rênes de l’attaque.

Maintenant, en cas de retour rapide de Markelle Fultz, plusieurs options s’offrent à Jamahl Mosley. Bien entendu, grâce à son expérience, palcer Fultz dans le 5 de départ serait tout à fait logique. Suggs pourrait alors prendre le poste d’arrière, toujours avec cette idée responsabiliser le rookie au possible. Toutefois, le style de jeu de Fultz est loin d’être le même que Cole Anthony. Plus spécialisé sur la pénétration balle en main, il pourrait créer moins d’espace et moins de danger à l’extérieur que lors des passages d’Anthony sur le terrain.

Les systèmes seront primordiaux pour trouver l’alchimie entre ces deux, voire entre ces trois meneurs. La possibilité de voir Anthony prendre la place de l’un des deux est finalement assez peu probable, sauf blessure. En effet, il semblerait bien plus intéressant lors des passages avec Terrence Ross, qui est un joueur qui a besoin d’avoir le ballon en catch and shoot. En effet, l’arrière est 1er de l’équipe sur ce type de tir, avec 4,3 points de moyenne (soit 28% de ses points), tandis qu’il ne joue que 2,8% du temps en isolation.

Le 5 de départ potentiel

  • MJ : Markelle Fultz
  • A : Jalen Suggs
  • AI : Chuma Okeke
  • AF : Jonathan Isaac
  • P : Wendell Carter Jr

Notre pronostic : 23 – 59 (14e)

Que les fans du Magic n’espèrent pas trop, la saison sera une nouvelle fois très compliquée. Avec un effectif très jeune et trop souvent marqué par les blessures, il sera très compliqué de se faire une place dans une conférence Est qui commence sérieusement à rivaliser avec sa grande sœur de l’Ouest.

Malgré tout, nous noterons une pointe d’optimisme. Au début d’une nouvelle phase d’une franchise, il est important de garder les yeux ouverts sur tous les mouvements et les velléités du Front Office. En récupérant Jalen Suggs, Orlando est parvenu à momentanément palier l’absence de Markelle Fultz, mais également à récupérer un potentiel Franchise Player.

« J’ai la sensation que ma polyvalence nous permettra de réussir et de réaliser de grandes choses collectivement. Au bout du compte, je ne veux que gagner. Juste gagner. Pour moi. Pour la ville. Pour la franchise. Pour tout le monde dans l’équipe. […] Je connais les attentes que je me suis fixées et ce sont toujours les plus élevées qui soient, et je sais que si je parviens à les atteindre là-bas, ça correspondra forcément à leurs critères. Je suis très excité à l’idée de pouvoir travailler avec un super groupe de jeunes arrières, comme Cole et R. J. ainsi qu’avec un super groupe de joueurs. J’ai déjà hâte de me mettre au travail. »

Jalen Suggs, le soir de la Draft

Le ton est donné et les envies de Suggs ne sont plus à démontrer. Il faudra du temps, de la patience, mais le soleil pourrait enfin revenir chez Mickey. Place maintenant à la reconstruction, à panser les blessures et développer sa base de jeunes joueurs. Allez, un peu plus et on pourrait presque entrevoir un avenir féérique.

Photo de couverture : Arturo Holmes / Getty Images

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