35 picks et 22 victoires, où en est le Thunder dans sa reconstruction ?

par Benjamin Moubeche
Publié le Modifié le

Toujours dans son cocon, le Thunder attend patiemment sa métamorphose. Encore aux balbutiements d’un projet fou, Sam Presti et Oklahoma City abordent en toute sérénité une nouvelle année de reconstruction. La jeunesse et les choix de Draft au centre de ses préoccupations, le GM entend assurer un avenir glorieux à sa franchise au terme d’un projet inédit dans l’histoire de la ligue. Mais où en est réellement le Thunder dans sa reconstruction ?

2020-21 : Le (vrai) début de la reconstruction

Après la surprise de Chris Paul et de son groupe de jeunes la saison précédente, il a finalement fallu attendre l’exercice 2020-21 pour que le Thunder entame réellement sa reconstruction. Deux ans après le départ de Russell Westbrook, Oklahoma City reporte toute son attention sur son avenir à long terme.

Dans ses rangs, il existe toujours un joueur capable d’apporter la victoire à l’équipe : Shai Gilgeous-Alexander. Auteur d’un début de saison de calibre All-Star, lui et ses coéquipiers atteignent un bilan proche de l’équilibre avant le All-Star Break (19-25). Brillant, le Canadien dépasse largement les espoirs placés en lui lors de sa Draft en 2018. Il faut ainsi attendre que la jeune star du Thunder se blesse au pied pour sortir le tank du garage. 

Sur ses 35 matchs cette saison, Shai Gilgeous-Alexander a impressionné avec ses moyennes de 23,7 points, 5,9 passes et 4,7 rebonds à 50,8 % au tir, dont 41,8 % à trois points. Photo : Meg Oliphant / Getty Images

À partir de là, Oklahoma City affiche un bilan de 3 victoires pour 25 défaites — de quoi bonifier leur choix à la Draft. L’équipe profite naturellement de ce temps pour favoriser le développement de ses jeunes. Les vétérans — parmi lesquels Al Horford et George Hill — sont mis à l’écart du projet au profit des nouvelles pépites du Thunder.

Le Français Théo Maledon termine ainsi sa saison avec une moyenne de 27,4 minutes par match et montre de beaux flashs de son talent. Son rendement de 10,1 points, 3,5 passes et 3,2 rebonds par rencontre — gâché par un taux de réussite médiocre de 36,8 % au tir — laisse présager une véritable place dans le projet pour le 34e choix de la Draft. 

Moses Brown profite également de ce contexte pour se révéler, avec plus de 20 minutes sur le parquet tous les soirs. Un certain temps de jeu est aussi alloué à Luguentz Dort, parmi les jeunes de l’effectif du haut de ses 22 ans, en guise de récompense pour ses performances dans la bulle d’Orlando. Toujours très impliqué dans le système de son équipe, il inscrit 14 points sur des pourcentages très moyens en 29,7 minutes par rencontre.

Surtout, Oklahoma City profite de la situation pour mettre à l’épreuve l’un de ses principaux projets : Aleksej Pokuševski. À seulement 19 ans et malgré une inefficacité flagrante, l’intérieur termine l’exercice 2020-21 avec 24,2 minutes de moyenne. 

Pokuševski n’est visiblement pas au niveau de la grande ligue, mais son potentiel est palpable. Son taux de réussite au tir (34,1 %) et son nombre de pertes de balle (2,2 par match) sont catastrophiques. Mais ce manque de résultats est mis sur le compte de sa jeunesse et d’un temps d’adaptation nécessaire à la NBA. Il affiche en revanche un sens de la passe et un niveau technique rare pour un intérieur. Trop fruste pour peser au sein d’un effectif compétitif, il réalise tout de même quelques belles performances en fin d’exercice et prouve qu’il est bien un joueur d’avenir.

Le Thunder achève la saison avec 22 victoires pour 50 défaites, mais surtout le 6e pick à la Draft. Qu’importe le nombre de défaites pour cette équipe qui voit l’essentiel ailleurs : le développement des jeunes et, surtout, l’accumulation de choix de la Draft.

Intersaison : Priorité à la Draft

ArrivéesDéparts
Josh GiddeyMoses Brown
Tre MannAl Horford
Jeremiah Robinson-Earl
Aaron Wiggins
Derrick Favors

Pour une équipe en reconstruction comme le Thunder, le moment clé de l’intersaison est évidemment la Draft. Avec 6 picks cette année, bien des options se présentent alors au Front Office de la franchise.

Avec le 6e choix, et contre toute attente, Oklahoma City s’empresse de sélectionner le meneur australien Josh Giddey. Créateur offensif de 2,03 m, la côte de Giddey n’a cessé de monter tout au long de sa saison à Adélaïde, jusqu’à séduire Sam Presti. Son profil atypique laisse entrevoir un grand potentiel, celui d’une machine à triple-doubles en devenir, malgré plusieurs compartiments du jeu dans lesquels il reste largement perfectible. Avec ce pick, le Thunder mise sur un projet à long terme qui pique la curiosité des observateurs et des fans.

Le soir de la Draft, le choix de Giddey en 6e position a surpris de nombreux observateurs. Pour le bien de son équipe, il devra les surprendre une nouvelle fois, sur le terrain. Photo : Daniel Pockett / Getty Images

En 18e position, c’est le nom de Tre Mann qui sort de la bouche de Sam Presti. Un combo guard au tir extérieur particulièrement fiable, doué balle en main et spécialisé dans la création offensive. Un choix qui, compte tenu de l’arrivée de Josh Giddey et du nombre de jeunes déjà sur les lignes arrières, intrigue tout autant que le précédent. 

Viennent après Jeremiah Robinson-Earl (32e), un intérieur talentueux capable d’écarter le jeu, puis Aaron Wiggins (55e), un ailier shooter. Le recrutement d’un seul agent libre en la personne de Derrick Favors s’inscrit ensuite dans la continuité du projet. Ce vétéran vient encadrer la jeunesse, qui sera logiquement privilégiée cette année encore.

L’été a par ailleurs permis à la franchise d’offrir une prolongation à Shai Gilgeous-Alexander, de 172,5 millions de dollars sur 5 ans — 207 s’il est sélectionné dans une All-NBA Team. Avec son meilleur joueur sous contrat jusqu’en 2027, Oklahoma City sécurise l’avenir.

À noter également : un très court passage de Kemba Walker, arrivé dans un transfert qui a permis au Thunder de récupérer de nouveaux choix de Draft en échange de Horford et Brown.

Facteur X : Sam Presti, le collectionneur

À ce stade du projet, le Facteur X du Thunder n’est pas encore au sein de l’effectif. Soit, Shai Gilgeous-Alexander est un jeune très talentueux, mais il ne s’inscrit pas nécessairement dans les plans de l’équipe à long terme. Qu’il reste son meilleur joueur ou non, il ne sera en tout cas pas l’élément déclencheur de ce que l’on pourrait appeler l’activation du Thunder.

Pour le moment, l’homme au centre de cette reconstruction est Sam Presti. Avec 35 choix sur les 7 prochaines Draft, sans compter les pick swaps, la collection d’Oklahoma City est certainement son plus grand atout.

DraftTourProvenanceProtection ou note
20221LAC
20221DET1-16
20221PHX1-12
20222OKC
20231OKC
20231DEN1-14
20231LACSwap
20231MIA1-14
20231WAS1-14
20232DAL ou MIAMeilleur choix
20232WAS
20241OKC
20241HOU1-4
20241LAC
20241UTA1-10
20242CHA
20242OKC
20242MIN
20251HOU ou LACSwap
20251PHI1-6
20251OKC
20252ATL31-55
20252BOS ou MEMMeilleur pick
20252OKC
20252PHI
20261OKC
20261HOU1-4
20261LAC
20262DAL
20262PHI
20262OKC
20271OKC
20272OKC / HOU / IND / MIALes 3 meilleurs picks
20281OKC
20282OKC

Dans un projet de reconstruction totale, une telle accumulation a du sens pour deux raisons. La première est la plus évidente : ces choix permettent à la franchise de recruter de nombreux jeunes joueurs.

Rien ne garantit au Thunder que les premières sélections seront les bonnes. Ce nombre d’opportunités élevé maximise leurs chances de tomber sur LA pépite qui pourra transformer leur projet. Il leur offre également le luxe de prendre un peu plus de risques que d’ordinaire en se tournant vers des profils au plancher bas, mais au plafond haut, à l’image de Giddey et Pokuševski.

Le deuxième intérêt de ces multiples picks, c’est leur valeur marchande. Le soir de la Draft, ils permettent de négocier avec les franchises qui disposent de choix plus élevés pour monter dans la Draft. Particulièrement appréciés sur le marché, ces choix sont surtout la meilleure monnaie d’échange pour récupérer de nouveaux joueurs sur la ligne des transferts. Avec les nombreux jeunes qui remplissent l’effectif, le Thunder devrait être capable de faire des offres défiant toute concurrence aux équipes rivales.

Le cas de Jrue Holiday, pour lequel Milwaukee a dû céder trois premiers tours et deux pick swaps, est sans doute le plus parlant. Grâce à cette monnaie d’échange, les Bucks ont pu ajouter à leur collectif la pièce maîtresse qui leur manquait pour remporter le titre. Les exemples de James Harden ou de Paul George, transférés contre de nombreux choix de Draft, témoignent également de l’importance de cette ressource.

Dans un premier temps, ces choix permettront donc au Thunder de trouver sa ou ses stars et de se constituer un noyau compétitif par la Draft. Dans un second temps, ils pourraient leur offrir des opportunités de trades, pour compléter leur effectif et faire aboutir leur projet.

Lors de la Free Agency 2024, par exemple, plusieurs grands joueurs arriveront au terme de leur contrat. Parmi eux, Karl Anthony-Towns, Domantas Sabonis, Jaylen Brown et Pascal Sikam. En 2025, Jayson Tatum, Donovan Mitchell, Ben Simmons, Brandon Ingram et John Collins, entre autres. Parfaitement armé pour prendre d’assaut le marché des transferts sur ce timing-là, Oklahoma City pourrait attendre le moment fatidique pour tirer son épingle du jeu.

Sam Presti, l’architecte du Thunder, n’a encore posé que les fondations de son grand projet. Photo : Zach Beeker / NBAE via Getty Images

Toutefois, cette accumulation d’assets ne garantit en rien la réussite du projet. Pour que son plan aboutisse, Sam Presti doit naturellement sélectionner ses prospects avec la plus grande attention. À rien ne sert de réunir tant de jeunes si aucun ne réalise son potentiel. Tôt ou tard, les choix du Thunder devront se métamorphoser en stars ou en joueurs de rotation afin que ce projet prenne son sens.

Avec les yeux rivés sur la Draft et l’avenir à long terme de sa franchise, Presti doit également prendre garde à ne pas négliger le présent. L’évolution de l’équipe dépendra énormément du développement des jeunes. Aussi, il faudra veiller à satisfaire ceux qui réussissent. Au vu de son impact sur le jeu, Shai Gilgeous-Alexander n’acceptera probablement pas de perdre tout au long de sa carrière. La gestion des joueurs déjà au sein du groupe et les futures négociations de contrat avec les pépites d’Oklahoma City — qui risquent, à un stade, de surcharger l’effectif — sont des problématiques par lesquelles le GM ne doit pas se laisser dépasser.

La réussite du Thunder est conditionnée par celle de Sam Presti, qui a toutes les cartes en main pour remporter la partie et qui ne devra pas hésiter à les mettre sur la table au moment propice.

Pour reconstruire, il faut parfois réussir

44,1 %, c’est le pourcentage de tirs réussis par le Thunder sur la saison 2020-21. Parmi les 30 franchises de la ligue, une seule équipe a fait pire : le Magic, du haut de ses 42,9 %. Ce problème se reporte évidemment sur la ligne à trois points, depuis laquelle OKC ne convertit que 33,9 % de ses tirs.

Ce taux de réussite médiocre peut notamment être expliqué par le temps de jeu accordé aux très jeunes éléments, comme Maledon (36,8 % au tir) et Pokuševski (34,1 %), mais ce n’est pas tout.

Au-delà de ces difficultés relevant du niveau individuel et de la jeunesse des membres de l’équipe, cette statistique révèle un manque de shooters au sein de l’effectif. Parmi les joueurs de moins de 25 ans tirant plus d’un lancer franc par match, un seul dépasse la barre des 80 % de réussite sur cet exercice : Shai Gilgeous-Alexander. Bazley, Pokuševski, Dort et Maledon convertissent pour leur part entre 70,2 et 74,8 % de leurs lancers. Des résultats en dessous de la moyenne de la ligue (77,8 %). 

L’arrivée de Tre Mann, qui affichait des moyennes 40,2 % à trois points et 83,1 % aux lancers lors de sa dernière saison en NCAA, est une première réponse au problème. Toutefois, elle ne sera sans doute pas suffisante. Pour subsister dans une ligue dans laquelle le shoot a tant d’importance, le Thunder doit mettre un point d’honneur à développer la qualité de tir de ses jeunes et à recruter de nouveaux snipers. Pour s’assurer de réussir, cette problématique doit être mise au centre de la reconstruction.

Le blâme n’est pas à jeter que sur les musiciens qui peinent à suivre le rythme, leur chef d’orchestre a également sa part de responsabilités. Le jeu mis en place par Mark Daigneault ne favorise en rien l’efficacité de son équipe. Ses joueurs inexpérimentés doivent, la plupart du temps, trouver des solutions par eux-mêmes pour marquer. Aucun début d’alchimie collective n’est né pour le moment. 

Pour que le groupe évolue, le coach Mark Daigneault devra mettre en place un jeu plus collectif. Photo : Lachlan Cunningham / Getty Images

Avec 7,1 % de possessions qui y sont consacrées, le Thunder est la 10e équipe qui utilise le plus l’isolation. Devant eux, des équipes qui reposent sur de fortes individualités et des joueurs d’expérience, comme les Nets, les Lakers et les Bucks. 43,2 % des paniers rentrés par l’équipe ne génèrent aucune passe décisive. Il s’agit du 5e plus haut taux en NBA, des chiffres révélateurs du manque de jeu collectif dans cette équipe.

Au risque de gagner des matchs, les joueurs devront tôt ou tard apprendre à fonctionner ensemble. Cela passera sans doute par de plus nombreuses passes et de nouveaux systèmes proposés par le coaching staff. Pour avancer, la reconstruction sera vraisemblablement confrontée à cette étape, une condition nécessaire à l’aboutissement du projet.

Le 5 de départ potentiel

  • MJ : Josh Giddey
  • A : Shai Gilgeous-Alexander
  • AI : Luguentz Dort
  • AF : Darius Bazley
  • P : Derrick Favors 

Notre pronostic : 23 – 59 (14e)

Dans cette seconde année de reconstruction, les progrès du Thunder ne se traduiront probablement pas par une hausse du bilan collectif. L’enjeu est ailleurs pour Oklahoma City. Pour le moment, tanker semble plus avisé, et l’effectif est certainement trop faible pour rivaliser avec les armadas de l’Ouest.

Ce que les fans du Thunder sont réellement en droit d’attendre, c’est une progression individuelle du côté des jeunes. Giddey, Mann, Pokuševski, Bazley, Maledon, Gilgeous-Alexander, Dort… la nurserie de la Chesapeake Energy Arena est bien pleine, et la croissance de ses petits protégés est la priorité de la franchise.

Un fond de jeu plus riche et des flashs d’alchimie collective seraient également des signes encourageants, mais dans une équipe en reconstruction, ce ne sera sans doute pas ce qui préoccupe le plus le coach Daigneault. En attendant que le projet fou de Presti aboutisse, il faudra s’armer de patience.

Photo : Zach Beeker / NBAE via Getty Images

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