Sacha Duthu, l’homme qui donne de l’Élan au 3×3

par Teddy Perez

L’Analyste a eu le privilège de s’entretenir avec le chargé de développement de la section 3×3 de l’Élan Béarnais Pau Nord-Est, Sacha Duthu. Depuis plusieurs mois, il s’est attelé à de multiples projets autour du 3×3, une discipline qui le passionne. Cet été, alors que l’heure du retour au jeu a sonné, il organisera l’Open Plus de Pau, un tournoi qui fait partie du circuit de la Super League mise en place par la FFBB. Vous pourrez également le retrouver à la tête de l’équipe Pau 3×3, un effectif d’amis prêts pour la compétition !

Nouvelle voix du 3×3 français grâce à son « Pau’dcast », Sacha nous raconte la création de ce projet fort de sens pour faire connaître la discipline au plus grand nombre. Il nous partage également sa vision de ce sport, et bien d’autres choses encore, dans cet échange passionnant !

Sacha Duthu, au centre, entouré par ses amis organisateurs et des joueurs qui ont remporté le tournoi 3×3 de Pau à l’été 2020.
Photo : Pau 3×3

« Pour débuter, peux-tu te présenter aux lecteurs de L’Analyste et nous parler de ton parcours ?

Je suis Sacha Duthu et j’ai 28 ans. J’ai commencé tout petit le Basketball comme joueur à l’Élan Béarnais Pau Nord-Est et j’ai été formé à l’arbitrage au sein de ce club. Je possède un Master Centre du Droit et d’Économie du Sport obtenu à Limoges. Durant ce cursus, j’ai pu réaliser un stage à la Ligue Nationale de Basket. À la suite de cette expérience, j’ai décidé de partir au Vanuatu, un archipel situé entre la Nouvelle-Calédonie et les îles Fidji. Je suis allé là-bas en volontariat et je suis devenu chargé de développement du Comité National Olympique vanuatais. Sur place, l’opportunité de travailler avec la Fédération de Basket du pays s’est présentée à moi.

Nous sommes en 2017, l’année où il y avait les Jeux du Pacifique à Port-Vila, la capitale du pays. Le 3×3 est ajouté très vite au programme de la compétition, une aubaine pour moi. Pour autant, il fallait rapidement s’organiser pour être éligible à une compétition homologuée aux règles 3×3 de la FIBA. C’est à dire — entre autres — réaliser un minimum de quatre compétitions dans l’année, former des arbitres spécifiquement 3×3 et idem pour la table de marque ou encore avoir une formation en e-learning. C’est accessible à tous les pays, mais il faut organiser tout cela en amont.

Lors de cette première édition, le pays remporte une médaille chez les femmes. L’aventure se poursuit durant encore deux années. J’ai également eu la chance de participer à deux Coupes d’Asie en Chine, et de conclure lors des Jeux du Pacifique en 2019 avant de repartir en France en mars 2020.

Quand tu es revenu en France, comment as-tu mis en place le 3 contre 3 dans le club de l’Élan Béarnais ?

Elle n’existait pas et quand je suis revenu le 16 mars 2020. J’avais fait savoir dans mon réseau que j’allais être disponible, que je cherchais du travail à la sortie de l’expérience au Vanuatu. Et le président du club Guilhem Massip m’a fait savoir que le club était à la recherche d’un chargé de développement sportif avec une volonté de mettre davantage l’accent sur le 3×3. De par mon profil, le club m’a engagé dès le début de l’été et nous avons pu démarrer le projet 3×3 avec en ligne de mire l’organisation de l’Open Plus.

Vous allez donc prochainement organiser votre premier Open Plus ?

Le club avait déjà son ticket pour le réaliser à l’été 2020, mais avec le confinement et cette « année zéro » sur le plan sportif, nous avons préféré repousser d’une année le tournoi de Superleague pour mieux nous préparer, plus sereinement. L’Open Plus se déroulera ce 27 juin, mais l’évènement débutera dès le mercredi 23 juin avec d’autres tournois pour différentes catégories dont un Open Plus Access de la Junior League.

Justement, en poursuivant sur la naissance de ce projet d’Open Plus, est-ce que le club a lancé ses propres équipes ?

Pour le moment, nous avons créé une équipe masculine. Nous nous appuyons sur le centre de formation du club de l’Élan Béarnais Pau Nord-Est et de la section professionnelle. À travers notre projet, on voulait faire revenir d’anciens joueurs passés par le club.

Comme c’est notre première année, c’était important de bien faire les choses et d’y aller progressivement. À l’avenir, il devrait rapidement y avoir une équipe de jeunes de notre formation chez les garçons.

Vous avez également communiqué l’organisation d’un tournoi chez les jeunes fin juin, peux-tu nous en dire davantage sur toutes les activités prévues ?

Notre volonté, c’était de se dire que de l’enfant de six ans jusqu’au joueur professionnel, il fallait que tout le monde ait un moment pour s’exprimer sur le terrain et profiter des installations. Lors de l’évènement de juin, trois matinées seront dédiées à des créneaux pour les scolaires. Le jeudi, un tournoi pour les étudiants sera organisé en collaboration avec la faculté de Pau. Le vendredi, il y aura le tournoi réservé à nos Partenaires. Puis on enchaîne le samedi avec le Master League de la ligue de Nouvelle-Aquitaine. Il qualifiera chez les garçons une équipe pour le Challenger de Poitiers, un ticket très sympa à gagner !

Et en effet le dimanche, l’Open Plus de Pau. On ne voulait pas faire petit bras et se concentrer uniquement sur l’Open Plus parce qu’après une année sans sport amateur, notre objectif est de ramener un maximum de monde sur le terrain, en profiter tous ensemble. Puis pour donner envie aux personnes de venir découvrir du Basketball, cela doit passer par un évènement d’une certaine importance.

Mais alors, qu’est-ce qui distingue le tournoi du samedi et celui du dimanche ?

Le tournoi du samedi appartient au circuit de la Master League qui est reliée à la FIBA et qualifie pour le Challenger de Poitiers. Quant à notre Open Plus, il concerne le championnat estival mis en place dans le cadre de la Superleague de la FFBB. Les deux tournois sont donc déconnectés.

Revenons désormais au développement même de la discipline et à la manière dont Pau 3×3 communique ses activités grâce à ses réseaux sociaux, mais aussi avec son « Pau’dcast ». Comment le projet s’est-il développé jusqu’à l’organisation de votre premier Open Plus à la fin de ce mois-ci ?

Pendant toute une année où il ne s’est pas passé grand-chose, on a pu quand même fait un tournoi dans le cadre du « retour au jeu », où une bonne partie de l’Équipe de France féminine était là et cela nous a fait un joli coup de publicité. Nous avons eu Marie-Ève Paget, Migna Touré et Marie Mané — que l’on retrouve dans un de nos Podcasts — et elles nous ont servi de VRP, si je puis dire ainsi.

De même, nous avons accueilli quelque 80 participants présents et qui sont repartis avec un maillot floqué de notre logo, et nous ne voulions pas que cette opération soit juste un « one shot », que tout ce qui avait pu parfaitement se lancer grâce à l’évènement retombe directement. Nous avons donc continué à communiquer pendant qu’il ne se passait rien sur le terrain grâce à nos réseaux sociaux. Nous avons annoncé les joueurs qui allaient composer notre équipe et il y a aussi eu ce projet de Podcast, pour montrer la marque, la faire connaître. Pour que Pau s’y installe et soit reconnu dans l’univers du 3×3, il fallait être visible et avoir déjà une bonne base d’abonnés sur les réseaux sociaux. En plus, cela permet aux personnes qui écoutent nos podcasts de mieux comprendre la discipline et connaître ses principaux acteurs.

Je dis cela avec beaucoup de modestie, car nous n’avons encore rien fait sur le terrain, et pourtant nous avons des retours. Cela prouve que le travail de communication a payé et je ne suis pas tout seul dans la réalisation de cela. Il y a Baptiste Fauthoux, un ancien joueur du club, et Maxime Carne, le grand frère de Corentin Carne qui est joueur à Aix-Maurienne en Pro B. Ils m’ont spontanément proposé de m’aider. Maxime voulait se réinvestir dans le projet basket pour le plaisir et Baptiste dans le cadre de ses études. Il trouvait un lien à la fois familial, mais aussi affectif avec ce projet de 3×3 sur Pau.

Cela m’a agréablement surpris, car c’était une des volontés du projet de se dire que nous ne sommes plus simplement dans le cadre de l’Élan Béarnais au sens large, mais que nous pouvions plus facilement développer notre image de marque 3×3. La marque Élan Béarnais est souvent associée à du 5×5, à un niveau élite, au système fédéral. Au 3×3, on ne parle pas de tout cela. Alors voir ces gens, ces amis, qui continuent de nous rejoindre, qui nous sollicitent pour participer aussi en tant que bénévole à l’Open Plus, cela me ravit énormément.

C’était de toute manière un objectif que les personnes se réfèrent directement à la marque Pau 3×3 et ne l’associent aucunement à l’Élan Béarnais ?

C’est exactement cela, on l’a affiché sur les réseaux sociaux et insisté là-dessus et les personnes s’identifie au 3×3. Quand bien même on explique que l’on reste, en effet, toujours dans le cadre du club, on montre notre volonté de communiquer un peu différemment. On se veut rassembleurs, on ne parle pas de club, mais d’équipes et de joueurs et c’est moins clivant. C’est cela avant tout le concept du 3×3, c’est un peu plus large.

Effectivement, c’est ce que l’on peut comprendre et entendre dans tes Pau’dcasts. Il n’y a plus de clubs, mais plusieurs associations, organisations qui se créent. Des joueurs amis et parfois adversaires en club se rejoignent et forment leur propre équipe de 3×3. Cela laisse une plus grande liberté au final.

C’est cela, c’est complètement différent et l’ambiance est toute autre. En créant sa propre équipe, les joueurs sont responsabilisés. Les acteurs sur le terrain sont au cœur de leur discipline.

Pour autant, un club peut également avoir sa section 3×3 avec ses propres coaches. Mais c’est moins codifié. Nous ne sommes pas dans un système de championnat. Le fondement du 3×3 c’est l’absence de contrainte. Moins il y a d’obligation, mieux la discipline se porte. C’est la volonté de la FIBA et des fédérations affiliées de maintenir cela, d’avoir beaucoup de flexibilité et de parler à de nouveau public.

Vous avez annoncé une équipe compétitive, en révélant semaine après semaine les différents joueurs qui la composeront. Est-ce une réelle volonté de mettre en valeur les acteurs et votre identité de Pau 3×3 dès le départ ?

Effectivement, on a voulu créer une vraie identité. Il faut s’imaginer partir un week-end à quatre, cinq, et passer un séjour ensemble avec des personnes que l’on apprécie avant tout. Au lieu d’aller à la plage, d’être en vacances, on prend de notre temps personnel et on part faire des tournois à travers le pays. On a créé cela avec Sébastien Capes, joueur du CEP Lorient en NM1, qui est un de mes meilleurs amis et qui figurera dans l’équipe.

L’ensemble de l’équipe regroupe des joueurs qui sont passés par le centre de formation ou qui y sont toujours chez les jeunes. De même, on a voulu communiquer telle une marque, celle de Pau 3×3, avec les Pyrénées et le Basketball sur le logo. On souhaitait raconter une histoire derrière cela, avant même de débuter notre projet sur le terrain. On sait pertinemment que cet aspect suivra par la suite puisque l’on a des joueurs de qualité. Le socle de tout cela était vraiment d’apparaître comme de vrais ambassadeurs de la marque et pas simplement un assemblage de joueurs lambda.

Personnellement, je tiendrai ce rôle de manager de l’équipe. Même si l’on m’a vu jouer parfois sur des tournois l’été, ce n’était pas l’objectif en créant cette section.

J’ai l’impression que la création de cette marque, ce n’est pas seulement la volonté de jouer au basketball ensemble entre amis au lieu de faire d’autres activités pendant l’été. On t’a vu porter — comme Sébastien Capes — d’autres maillots les étés précédents. Désormais, vous avez formé votre propre équipe.

Il y a aussi de cela. On voulait en effet créer un projet en commun. Pour ma part, pendant trois ans, j’étais loin de tous mes proches lors de mon expérience au Vanuatu. Il était difficile de leur partager mon activité professionnelle. Dès cette semaine, on réalise notre premier tournoi ensemble, j’ai très hâte de voir enfin ce que cela donne sur le terrain ! C’est la concrétisation d’un superbe projet et le club m’a permis tout cela, de lier mon travail et le côté affectif avec mes amis.

Il y a ce côté « ne pas vouloir se plier, s’affilier à la Fédération » pour avoir un championnat plutôt libre. Néanmoins, au bout d’un certain temps, et pour le bien du développement 3×3, est-ce qu’il ne faut pas que la FFBB crée et gère à l’avenir une ligue ?

En France, c’est dans les tuyaux. Il y a un circuit qui est censé sortir en novembre où le but est de créer des spécialistes masculin et féminin. C’est-à-dire des gens qui ne font que ça. Avec ce TQO (Tournoi de qualification olympique), la Fédération s’est rendu compte c’est qu’avoir une équipe de France féminine championne d’Europe et gagnantes du World Tour avec les Women Series ne permettait pas pour autant de la qualifier directement aux JO. C’est une vraie problématique. Cette équipe est ultra-performante et sera très certainement médaillée à Tokyo. Et pourtant ses joueuses doivent passer par des matchs couperets pour se qualifier. Les garçons, pareil, n’étaient pas qualifiés et ne seront pas qualifiés pour les JO.

Il faut alors que l’on ait un vivier de joueurs et de joueuses qui soient disponibles toute l’année, qui ne fassent que du 3×3. Le problème réside en cela, car les Équipes de France possèdent des joueurs pratiquants aussi du 5×5. De plus, c’est aussi à la bonne coopération des clubs de laisser libre leurs joueurs pour les fenêtres internationales de 3×3. C’est potentiellement aussi une discipline où l’on se blesse un peu plus puisque c’est plus physique, il y a beaucoup de changements de rythme.

Si le circuit se lance, c’est une problématique qui pourrait être rapidement réglée. Chez les femmes, le calendrier est bien tombé puisque le TQO se déroulait deux semaines après la fin du championnat de LFB. Mais chez les hommes, Antoine Eito a par exemple dû s’absenter du Mans alors que le championnat de Jeep Elite n’est pas terminé.

C’est l’objectif. Il y aura forcément des joueurs qui feront ça dans l’immédiat dans le circuit professionnel. Cela permettra d’avoir de nouveaux joueurs professionnels et d’avoir des évènements toute l’année. Nous aurons aussi la possibilité d’avoir enfin une équipe française représentée sur le World Tour. Quand on regarde les équipes qui étaient qualifiées directement ou qui se sont qualifiées à la suite des TQO, on remarque que ce sont des Nations qui sont très présentes dans les World Tour comme les Lettons ou les Néerlandais chez les hommes.

Les joueurs évoluent ensemble toute l’année, ils ne font que du 3×3. C’est une réelle spécificité. Au même titre que des sportifs qui ne font que du rugby à 15 et d’autres à 7. Ce ne sont pas les mêmes efforts, les mêmes compétences. Plus on joue dans une discipline, plus on est habitué. Il y a une question de vécu derrière.

Qui plus est, cela pourrait porter ses fruits puisque, depuis que la Fédération s’investit en organisant des rassemblements tout au long de l’année, lors des trêves de championnats nationaux, l’équipe de France progresse indubitablement.

En effet, cela paraît logique. Quand il y a de plus en plus vécu, surtout au plus haut niveau où cela se joue sur des détails, ce sont les équipes les plus expérimentées qui l’emportent. Et nos hommes n’ont pas démérité, mais ils sont tombés face à des équipes qui font cela toute l’année.

Puis on a cette impression qu’au 3×3, bien plus que sur du 5×5, la malice et les automatismes créent un écart entre les équipes. Sur des rencontres de dix minutes, il faut également rentrer instantanément dans son match. La pression est immédiate et, même si ce sont des joueurs professionnels, il faut savoir prendre en compte cela.

C’est ce qui ressort de ce TQO. On a vu les grandes nations de 3×3, surtout chez les hommes. C’est une discipline à part entière, qui se respecte un peu plus maintenant en France. On pourrait se dire que se mettre au 3×3 c’est assez facile puisque l’on en fait déjà sur des situations en 5×5. Mais non, l’état d’esprit, les compétences et la vitesse du jeu sont bien diverses et il faut s’y préparer.

Léo Cavalière, joueur de Jeep Élite, avait participé au tournoi de 2020.
Photo : Pau 3×3

Tant que nous sommes sur les caractéristiques du 3×3, pour toi que faut-il pour être un bon joueur ou une bonne joueuse dans cette discipline ?

Déjà, il faut physiquement être bien affûté. Ce sont des efforts très courts et très intenses. Il n’y a pas de moment de latence comme au 5×5. Les possessions se jouent en douze secondes, un match se tient en dix minutes et la première équipe à 21 points gagne le match. Cela va très vite et il faut être capable de transiter d’état super rapidement. Un tir manqué doit amener soit un rebond offensif, soit une transition défensive directe.

On retrouve aussi des joueurs qui ressemblent à des postes 2-3 en 5×5 puisqu’il faut être très mobile, être une menace balle en main sur du 1 vs 1 ou pouvoir tirer longue distance. Il faut être très complet comme joueur et ne pas avoir une énorme faiblesse. Par un exemple, un déficit de taille amène chez l’adversaire un avantage sur du post-up. Dans une discipline qui est plus demandeuse sur le plan physique, on en souffrirait un peu plus.

Tu en parlais, le shoot est très important. Tous les joueurs doivent savoir marquer à mi-distance et longue distance ?

C’est certain car, pour le coup, nous ne sommes pas sur des paniers qui valent deux points et trois points, mais sur du un point et deux points derrière l’arc. Il me semble que c’est Karim Souchu (entraîneur de l’Équipe de France, N.D.L.R.) qui prenait cet exemple où deux paniers à trois points dans le Basketball classique se remontent en inscrivant trois paniers à deux points. Alors qu’il faut marquer quatre paniers à un point pour combler deux paniers mis derrière la ligne à deux points en 3×3. D’où la nécessité d’être adroit et de pouvoir recoller facilement au score.

Pour s’éloigner légèrement du terrain, quel est le plus du 3×3 en comparaison au 5×5 ? Il y a-t-il une différence dans l’appréhension de la compétition, davantage de convivialité ou même est-ce plus accessible ?

C’est plus accessible dans le sens où n’importe qui peut s’inscrire à un tournoi — même amateur — et y jouer. Mais c’est aussi à la portée de tous dans la manière où cela permet à des personnes moins initiées au Basketball de s’exprimer plus facilement puisque l’on retrouve moins de monde sur le terrain.

De plus, le réel avantage est de créer des évènements, comme un festival. Cela se réalise sur quelques jours, c’est hyper intense. J’ai été hyper impressionné par le TQO par la qualité de jeu, par comment cela a été organisé et valorisé. Sous ce dôme, il y avait ce côté « gladiateur » combattant dans une arène et c’est très intéressant pour le spectacle. Cela rebat les cartes par rapport à une compétition 5×5 traditionnelle.

Tout le monde est mélangé et cela est très intéressant. L’été dernier, nous avions à notre tournoi des joueurs de niveau départemental qui ont pu affronter Léo Cavalière — joueur de Jeep Elite à Strasbourg qui a remporté la Superleague en 2020. Chez les filles, ce fut la même expérience pour des joueuses amatrices de la région qui ont joué contre MEP ou Migna Touré. Ce sont des souvenirs chouettes à se créer. Il y a une certaine ambiance dans le 3×3 où l’on sent davantage de convivialité, de proximité.

J’emprunte la phrase suivante à Sylvain Maynier (ancien joueur professionnel et organisateur de l’Urban Poitiers Basket, N.D.L.R.) qui disait que nous fêterions bientôt seulement les dix ans de la première coupe du monde de la discipline, que nous en sommes qu’aux prémices. Si l’on s’entraide, on va arriver à s’élever les uns les autres. Il y a cette ambiance-là qui prédomine dans les tournois de 3×3.

La concurrence, il y en a, mais elle est saine. Tout le monde a conscience qu’elle permet d’améliorer le niveau de jeu et d’avoir à toutes les échelles de belles réussites. Typiquement avec les femmes qui se qualifient aux JO, cela va être génial pour la Superleague, pour les organisateurs. Si elles sont présentes, nous pourrons valoriser nos tournois, les mettre en avant et nous dire que les évènements vont être de très bonne qualité.

La finale féminine du tournoi de 2020, qui opposait quelques membres de l’Équipe de France (Miga Touré et Marie-Ève Paget) aux joueuses de la région.
Photo : Pau 3×3

Les femmes justement, ont eu besoin de passer par le TQO pour décrocher leur billet pour Tokyo alors que les deux meilleures joueuses classées au ranking FIBA sont françaises, comment cela se fait-il ?

Le classement FIBA des nations est fait en fonction des différentes performances des joueurs et joueuses qui composent une Fédération. Ce sont les cinquante meilleurs joueurs dans une catégorie (F/H/U23) qui comptent pour donner des points au classement. Et ce classement subit un « cut » chaque année pour prendre en compte la régularité des joueurs en activité durant les douze derniers mois.

Malheureusement pour nos Françaises, il n’y avait pas assez de joueuses qui composaient ce classement pour obtenir une qualification directe. Celles qui sont en Équipe de France évoluent au plus haut niveau au sein de club Senior de 5×5 durant la saison, ce qui ne permettait pas d’avoir des joueuses libres. Le circuit professionnel en France réglera ce souci. On aura des joueuses qui ne feront que cela de l’année. Ce système permettra, je l’espère, de qualifier directement les EDF dans de grandes compétitions. Car plus les joueurs performent et participent à des compétitions, et plus les joueurs marquent de points. C’est une prime à la participation corrélée à une prime à la performance.

En France, effectivement nous disposons d’excellentes joueuses, mais il n’y en a pas assez qui sont présentes dans les hauteurs du classement individuel FIBA de cette année en cours. Ce système est bien fait dans le sens où il est imaginé pour que des joueurs de 5×5 ne se déplacent pas quand ils le désirent sur du 3×3. Des joueurs qui débarquent de nulle part prennent la place de joueurs spécialistes de 3×3, ne jouent pas le jeu, mais écrasent tout au final. Cela fausserait les compétitions et serait injuste pour les nations qui développent continuellement cette discipline.

Justement, est-ce interdit que des joueurs professionnels de 5×5 viennent sur des compétitions internationales pour aider leur nation à remporter une médaille ? Je pense par exemple aux femmes en WNBA qui pourraient cet été intégrer la Team USA, qualifiée aux Jeux Olympiques.

Je ne suis pas sûr que cela soit proscrit. Mais en tout cas chez les femmes, le calendrier WNBA est le même que celui des JO. En tout cas, le système actuel permet de faire émerger de vrais talents du 3×3, de pays moins connus parfois. Puis, en toute honnêteté, je ne suis pas sûr que des stars NBA surpasseraient les joueurs 3×3. Il faut d’autres qualités et c’est un jeu assez physique auquel certains joueurs n’aimeraient pas se coller.

Pour autant, bien qu’il soit difficile d’imaginer un joueur de 5×5 pleinement épanoui sur du 3×3, je trouve qu’au contraire les joueurs professionnels de 5×5 qui évoluent de plus en plus sur du 3×3 font nettement progresser leur jeu, sont très polyvalents. Après avoir passé un été à sillonner les tournois 3×3, ils arrivent prêts physiquement dans leur saison en club de 5×5.

Complètement ! Des joueurs et joueuses qui sortent des « étés 3×3 » sont transformés. La plupart des joueuses en EDF ont gagné un statut grâce à cela. Le 3×3 permet de travailler autrement et de le transposer sur du 5×5. Sylvain Maurice (entraîneur de l’Équipe de France U23 masculine, N.D.L.R.) l’a vu au sein de ses équipes de France Jeunes. Il me racontait durant un Pau’dcast que ses joueurs et joueuses ont su après l’expérience 3×3 se développer et cartonnaient sur les championnats 5×5. C’est un vrai atout. »

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