Shai Gilgeous-Alexander, le prodige du Thunder d'Oklahoma City. (Illustration : Hugo Holgado/XIII Studio/L'Analyste)

Pour les Timberwolves, l’objectif se situe au-delà de la saison

par Enzo Brule

Après une saison écourtée avec moins de 20 victoires, l’État du Minnesota peut reprendre son doux rêve cette saison. Un effectif étoffé avec le récent premier choix de la Draft, un duo à faire pâlir de jalousie ses concurrents et le retour de l’enfant prodigue : les loups reviennent avec des griffes et des crocs acérés. Pourtant, la saison n’a même pas commencé que les signes pessimistes se multiplient. Tour d’horizon de la situation des Wolves, à quelques jours du début de la saison, avec la perspective dun fan en la personne de TWolves Nation France.

La situation de Karl-Anthony Towns

Le Franchise Player des Wolves a récemment fait la une de nombreux médias pour une triste raison. En plus de sa mère, le pivot a perdu six membres de sa famille des suites du coronavirus. Lors de son Media Day, il a confié que ses proches, qui venaient le soutenir dans les gradins, étaient sa plus grande source de motivation. Aujourd’hui, après tout ce qu’il a vécu — du décès de son ancien coach Flip Saunders à cette pandémie —, KAT perd de son envie de jouer. « J’avais toujours le sourire quand je voyais ma mère, sur la ligne de fond ou dans les tribunes, qui me regardait jouer », a-t-il confié à ESPN. « Ce sera dur de jouer, de dire que c’est une thérapie. »Avec de telles déclarations, les fans des Wolves qui espéraient à une grosse saison de leur jeune star ont dû revoir leurs attentes à la baisse, l’humain passe avant la compétition.

Karl-Athony Towns à la présentation des Wolves. (Photo : Hannah Foslien/Getty Images)

Sur le plan sportif, Towns a, pour la première fois de sa carrière, une équipe construite autour de lui — avec l’un de ses meilleurs amis en prime. Le pivot All-Star, qui entre dans sa 6e année en NBA, est en constante progression depuis sa Draft. Les attentes sont plus élevées que jamais. Le Franchise Player du Minnesota cumulait 26,5 points, 10,8 rebonds, 4,4 passes décisives par match la saison passée, sur seulement 35 rencontres. En ce qui concerne sa précision, KAT tournait à 50 % au tir, 41 % à trois points et 79 % aux lancers.

« Très difficile de pouvoir deviner son niveau d’implication sur la saison à venir. […] Par peur d’être contaminé ou de contaminer sa famille, il est possible d’imaginer qu’il ne veuille pas jouer si le contexte sanitaire ne s’y prête pas. Cependant, avec un vaccin sans doute très rapidement accessible pour les staffs NBA, j’ai foi en le fait qu’il puisse jouer. […] Ça prendra du temps, mais je suis convaincu que KAT va regoûter aux joutes de la NBA. »

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Une ligne arrière surchargée

D’Angelo Russell, Ricky Rubio, Anthony Edwards, Malik Beasley, Josh Okogie, Jarett Culver. Six joueurs majeurs de l’effectif des Timberwolves sur une seule et même ligne — sans oublier Ade Murkey et Jaylen Nowell. Le backcourt du Minnesota est plein de talent, peut-être trop plein. Si on peut imaginer les quatre premiers se répartir un temps de jeu conséquent, il sera difficile de voir les quatre derniers autant qu’on le voudrait.

Malik Beasley et D’Angelo Russell (à gauche), Juancho Hernangomez et arrett Culver (à droite). (Photo : David Sherman/NBAE via Getty Images)

D’Angelo Russell et Anthony Edwards, an cœur du projet du Minnesota, devraient tous les deux disposer d’une quantité de minutes conséquente. Ricky Rubio, meneur d’expérience, devrait se cantonner au rôle dans lequel il excelle depuis une dizaine d’années maintenant. Quant à Malik Beasley, Josh Okogie et Jarrett Culver, ils devront s’habituer à jongler entre plusieurs postes. Si on peut toujours trouver un poste auquel les faire jouer, le partage des minutes reste toujours la problématique principale. Compte tenu de leurs qualités et de leur apport sur le terrain, Beasley et Okogie devraient tout de même être privilégiés. Culver, lui, devra batailler pour obtenir sa poignée de minutes, tout comme Murkey et Nowell. La hiérarchie se dessine.

« Culver a été extrêmement critiqué par la fanbase, c’est un fait. Mais si on s’approche de ses stats d’un peu plus près (notamment son per 36 minutes), on s’aperçoit que c’est loin d’être le naufrage annoncé. […] Sans compter que notre rookie a su montrer qu’il était déjà sans doute notre deuxième meilleur défenseur. On a tendance à l’oublier. Ryan Saunders va devoir faire des choix. Et je pense que le schéma le plus propice au développement de nos jeunes arrières sera sans doute de les associer à Rubio. La clé est là, selon moi.

J’aime l’idée d’une second unit Rubio — Culver — Edwards. Défensivement il y a moyen que ce soit très embêtant, Rubio sera là pour encadrer les deux jeunes sans leur piquer tous les ballons. Et Edwards sera ainsi utilisé sur ses qualités de scoreur. À noter que l’on peut intervertir Culver et Okogie si on le souhaite. Mais Okogie présente davantage de garanties dans le 5, tout en ne bouffant pas les ballons. Toujours d’un point de vue développement, je trouve que 2 idées seraient mauvaises :

– Faire jouer Edwards dans un 5 avec DLo, Beasley et KAT. En effet, si l’on voulait un gars qui ne touche aucun ballon et qui défend le plomb, il fallait prendre Okoro. Quelle est la marge de progression de Anthony Edwards s’il n’a que 6 shots par game et qu’on ne capitalise pas sur sa plus grosse qualité ?
– Faire jouer Okogie et Culver dans le même 5. Là, je vais nuancer quand même. Peuvent-ils partager une mission défensive temporairement ? Oui, clairement. Mais il ne faut pas que cette utilisation dépasse ce cadre. En l’état, ils sont absolument impossibles à associer offensivement. »

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Les hommes de l’ombre

Certains ajouts de l’intersaison et des re-signatures sont passés quelque peu inaperçus. Pourtant, ce sont eux qui aideront les tauliers de l’effectif. Ce sont notamment Juancho Hernangomez, Ed Davis et Rondae Hollis-Jefferson. Trois ailiers forts qui peuvent occasionnellement occuper le poste de pivot lorsque Towns se repose.

Le premier est une re-signature.Transféré par les Nuggets à la trade deadline en février — dans un transfert qui avait surtout permis à Minnesota de récupérer Beasley et Russell — Hernangomez a conquis le board des Wolves lors de son court passage. Le deuxième était agent libre cet automne et a joué avec D’Angelo Russell à Brooklyn. Ed Davis, qui a passé la saison passée au Jazz, vient apporter sa présence au rebond. Le troisième est lui aussi un ancien coéquipier de Russell et Davis à Brooklyn. Hollis-Jefferson a acquis une expérience précieuse cette saison avec les Raptors, champions NBA en 2019.

Juancho Hernangomez et Malik Beasley en tête de file des Timberwolves. (Photo : Garrett Ellwood/NBAE via Getty Images)

Cependant, l’un des points faibles du Minnesota la saison passée était la défense, et malgré ces trois ajouts, il ne faudra pas s’attendre à un énorme changement. Le système des Timberwolves devrait se concentrer sur les qualités offensives de l’effectif.

« Davis et RHJ sont des vétérans qui ont déjà une connexion avec DLo. Ça peut clairement amener de l’envie et de l’ancienneté à une équipe qui en manque cruellement. En effet, on a encore énormément de joueurs qui ont moins de 25 ans. Ceci dit, je pense que leur rôle on-court sera moins important que leur rôle off-court. Pour ce qui est de Juancho et Beasley, ils sont déjà intégrés à un groupe qui est resté le même entre mars et maintenant. Mais est-ce que Rosas les voit comme options à long terme ? Je ne crois pas. »

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Ryan Saunders est-il l’homme de la situation ?

Arrivé début 2019 pour remplacer Tom Thibaudeau, le statut de Ryan Saunders a toujours été un sujet clivant dans le Minnesota. En 106 matchs, il n’a jamais eu un bilan personnel à plus de 20 victoires, mais à sa décharge, il n’a jamais fait de saison complète. Si son bilan comptable n’est pas bon, son bilan relationnel est quant à lui excellent. Apprécié de son vestiaire et de son public, le fils de Flip Saunders a conquis les cœurs dès sa promotion au rang de head coach.

Ryan et Flip Saunders, coaches de père en fils. (Photo : David Sherman/NBAE via Getty Images)

Cette saison, Ryan Saunders sera sous pression pour la première fois de sa carrière. Les doutes persistent quant au fait qu’il soit l’homme de la situation. Si les résultats ne suivent pas, son statut pourrait bien être remis en cause. Si, au contraire, il continue à faire monter les Wolves en puissance, sans pour autant les amener au Play-In, il n’y aurait aucune raison de ne pas continuer avec lui la saison prochaine. Son travail réside essentiellement dans la cohésion et la cohérence de son effectif sur le terrain, il doit maximiser le potentiel de l’équipe en composant avec ce qu’on lui donne. Il faut rappeler que les Timberwolves ont l’une des trois plus jeunes équipes en moyenne d’âge cette saison.

« À titre personnel, j’ai pas mal de doutes sur Saunders. Est-il apprécié par ses joueurs ? Sans aucun doute. Mais si les résultats ne suivent pas, je ne serais pas étonné qu’à terme Vanterpool prenne sa place. Maintenant, on n’en est pas encore là et je pense que Ryan passera la saison au chaud. Dans un Ouest plus coriace que jamais et au vu des manques que présente cette équipe, je ne vais pas dire qu’arracher le Play-In serait un exploit. Mais ce ne serait vraiment pas loin. Qu’on se le dise, le COVID peut sacrément changer la donne et ça peut te faire finir 8e comme 14e. Et ça compte pour toutes les équipes. […] Pour revenir à notre “range”, je nous vois au-dessus des Kings et d’OKC pour sûr. Et je pense que l’on n’a rien à envier à San Antonio et aux Grizzlies. Il suffit que la mayonnaise ne prenne pas à New Orleans ou que Houston implose pour pouvoir espérer se retrouver à minima en Play-In. Après, je préfère compter sur nous-mêmes que sur une éventuelle déconvenue adverse. »

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Que faire si ça ne fonctionne pas ?

On pourrait s’attendre à ce que les Wolves abordent une phase décisive de leur projet compte tenu de leurs récentes acquisitions, mais ce n’est pas le cas. Compte tenu des différentes situations contractuelles de leurs joueurs et de leurs objectifs, les attentes restent faibles. L’objectif de la saison est de construire les fondations d’une équipe qui veut, à terme, se faire une place en Playoffs. Idéalement, ce serait pour la saison 2021-22. Guersson Rosas voit un projet long terme pour Minnesota et essaie d’entourer du mieux possible sa star, Karl-Anthony Towns.

« Je pense que la saison déterminante sera davantage 2021-22. […] Le meilleur exemple qui me vient à l’esprit est Denver : progression constante sur deux ans, 82e match perdu contre… nous, pour finir 9e, puis explosion l’année qui suit. Pour ce qui est de Rosas, il voit le projet comme étant du long terme. Échangera-t-il les 3/4 de notre effectif et 4 picks pour entourer DLo et KAT ? Non. C’est aussi notamment pour ça qu’il a pris Edwards. Il sent clairement que la franchise pourra se reconstruire autour de lui en cas d’envie de départ de KAT d’ici deux ans. Mais on n’en est clairement pas encore là. Pour terminer, j’ai des attentes davantage “ciblées” que collectives. Voir comment le développement de nos jeunes se fera. Surtout celui d’Edwards et Culver. McDaniels est également intéressant, mais ne jouera a priori pas avec l’équipe de G-League pour raisons sanitaires. Lui sera à surveiller d’ici deux bonnes années. Gros gros potentiel. Voir également qui seront les leaders vocaux dans une équipe qui en manquait cruellement, KAT n’étant pas le profil idoine dans ce domaine. J’attends donc d’être agréablement surpris, mais nous classer 11 ou 12e ne me parait pas du tout être un manque de respect. »

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C’est donc une saison de fondation qui attend les Minnesota Timberwolves. Si sur le papier, l’effectif peut faire rêver en comparaison avec les années précédentes, il va falloir attendre la confirmation sur le terrain pour tirer des conclusions sur le projet Wolves.

Illustration : Hugo Holgado (XIII Studio) / L’Analyste

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