George Mikan (Minneapolis Lakers) est l'un des piliers historiques de la NBA. (Photo : Seymour Wally/NY Daily News via Getty Images)

George Mikan, un géant dans l’univers des petits

par Clément D.
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Accomplir un travail de mémoire sur le basket des années d’avant-guerre est une chose primordiale afin de le comprendre tel qu’il est aujourd’hui. Sans ces aïeules, jamais nous n’aurions eu de LeBron James ou de Kareem Abdul-Jabbar. George Mikan, qui nous a quittés il y a 15 ans, est à l’origine de grands changements encore d’actualité dans notre NBA. Alors que les Los Angeles Lakers viennent de remporter leur 17e titre, rendons hommage à l’un des joueurs majeurs de l’histoire de cette franchise.

Né en 1924 dans l’Illinois, Mr. Basketball était un athlète de 2,08 m au sein d’une ligue dominée par les meneurs. À cette époque, beaucoup pensaient qu’un homme de cette taille ne pouvait pas pratiquer ce sport. Grâce à sa mobilité et à sa persévérance, il a révolutionné les perspectives des observateurs à tout jamais. Un petit pas pour Mikan, mais un pas de géant pour le basketball.

DePaul, le déclic qui lance la machine

« Quand l’autre équipe prenait un tir, je montais juste pour sortir la balle. » Voici un clair résumé de la carrière universitaire de George Mikan. Avant 1944, la règle du goaltending n’existe pas encore. C’est encore inenvisageable qu’un homme puisse sauter si haut pour stopper un tir. George Mikan, lui, l’a fait. Suite à cela, l’institution interdit de bloquer la balle dans sa phase descendante.

Très peu, voire pas du tout sportif dans son enfance, le jeune homme s’inscrit en 1942 à l’université de DePaul de Chicago dans le but d’être prêtre. À 18 ans, il mesure 2,06 m. Un freak pour l’époque. Les coaches sont cependant réticents à l’idée de l’inclure dans l’équipe. L’étudiant se déplace assez bizarrement à cause de sa morphologie selon les dires de l’époque. Il rencontre alors un coach rookie.

« When the other team took a shot, I’d just go up and tap it out. »

George Mikan

Tout timide et peu fier de sa taille, Mikan devient un joueur agressif et confiant sous la direction de Ray Meyer. Le phénomène règne en maître dans la raquette face aux joueurs adverses, il contre un nombre innombrable de ballons à l’aide de ses bras tentaculaires. Ce coach âgé de 28 ans fait travailler un seul et unique geste que l’on appelle aujourd’hui le « Mikan Drill ». L’utilisation de ce petit hook aussi bien main gauche que main droite par ce Big Man change l’attaque de l’équipe. Aussi précis qu’une montre suisse avec ce tir, il pose énormément de soucis aux défenses ennemies. Pour preuve, il marque 53 points lors d’un match universitaire.

MINNEAPOLIS, MN - 1955: George Mikan #99 of the Minneapolis Lakers shoots during a game played in 1955 in Minneapolis, Minnesota. NOTE TO USER: User expressly acknowledges and agrees that, by downloading and or using this photograph, User is consenting to the terms and conditions of the Getty Images License Agreement. Mandatory Copyright Notice: Copyright 1955 NBAE (Photo by NBA Photos/NBAE via Getty Images)
Le Mikan Drill en action face aux Knicks en 1955. (Photo : NBA Photos/NBAE via Getty Images)

Pendant ces années-là, George Mikan est nommé deux fois College Player of The Year et trois fois All-American, emmenant son équipe au titre NIT – aussi prestigieux à l’époque que le titre de NCAA aujourd’hui. Après une domination collective et individuelle, les portes du monde professionnel s’ouvrent à lui.

Première superstar de la balle orange

En 1946, il rejoint donc les Chicago Americans Gears qui évoluent dans la National Basketball League (NBL). Dès sa saison rookie, George Mikan rentre 16,5 points par match. Aussi dominant chez les professionnels qu’à l’université, Mikan martyrise les pivots adverses. Il faut préciser que l’horloge des 24 n’existe pas encore, il est donc plus difficile d’inscrire plus de 20 points.

Anecdotiquement, Mikan joue avec un plâtre à la jambe au cours d’un Game 4 contre les Rochester Royals, alors managés par Red Auerbach, lors duquel il score 22 points. Il est élu MVP de la saison et remporte le titre de champion de NBL en 1947. La dissolution de son équipe le contraint à signer avec les Lakers de Minneapolis. « Quand George arrivait en ville, c’était un événement. Tout le monde voulait le voir », déclare Slater Martin, l’un de ses coéquipiers. Mikan était le Stephen Curry de son temps, il fascinait les foules. Les stades se remplissaient de fans curieux d’apercevoir le géant à lunettes enchaîner les hook.

Suite à la fusion des deux ligues, NBL et BAA, donnant ainsi naissance la NBA, Mr. Basketball remporte la première finale de la ligue en 1950. Avec ce hook si léger mais si dangereux, Mikan marque 31,3 points par match sur l’ensemble des playoffs. En 1950-51, la statistique des rebonds est enfin prise en compte. Dès lors, il comptabilise un peu plus de 11 rebonds de moyenne. En 1952-53, il établit son record avec une moyenne de 14,4 rebonds.

Après avoir provoqué l’instauration du goaltending, le joueur pousse la NBA à augmenter la distance entre la ligne des lancers francs et le panier. Cette règle, créée en 1952, est appelée la « Mikan rule ». George Mikan fait donc bel et bien partie de ces mutants qui ont transformé le jeu.

LOS ANGELES - 1996: Shaquille O'Neal #34, Kareem Abdul Jabbar #33 and George Mikan #88, three generations of great Los Angeles Lakers centers pose for a portrait in Los Angeles, California. NOTE TO USER: User expressly acknowledges and agrees that, by downloading and/or using this Photograph, User is consenting to the terms and conditions of the Getty Images License Agreement. (Photo By Peter Read Miller/NBAE via Getty Images)
George Mikan en compagnie de Shaquille O’Neal et Kareem Abdul-Jabbar, deux pivots légendaires qui doivent beaucoup à Mr. Basketball, en 1996. (Photo : Peter Read Miller/NBAE via Getty Images)

Cette année-là, Mikan domine la NBA. Il marque notamment 61 points dans un match à double prolongation face aux Royal de Rochester — le deuxième plus haut total de tous les temps à l’époque et plus du double que le reste de son équipe. Il dispute les finales face à New York, alors qu’aucune des deux équipes ne peut jouer à domicile pour les six premiers matchs. Leurs salles sont en effet occupées par des événements jugés plus importants à l’époque, comme le spectacle du Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus, cirque itinérant qui a alors investi le Madison Square Garden. Dans l’un des contextes les plus étranges de l’histoire, Mikan vient à bout des Knicks en sept matchs et décroche le titre.

Il réitère l’exploit en 1953 et en 1954, pour faire le premier three peat de l’histoire de la NBA, avant de prendre sa retraite à seulement 29 ans. Accablé par les blessures, une dizaine de fractures avec lesquels il a souvent dû jouer, Mikan souhaite passer plus de temps avec sa famille.

Voyant que les Lakers rencontrent de grandes difficultés, il décide de revenir sur le terrain. Il n’est néanmoins plus aussi véloce et puissant. Lors de l’exercice 1955-56, il ne score que 10 points de moyenne. Il est ensuite poussé par ses dirigeants à prendre les rênes de l’équipe, ce qui ne sera pas un franc succès.

Plus tard, il deviendra le premier commissioner de la ABA, ligue rivale de la NBA, un poste qu’il n’occupera que pendant deux ans. Il jouera également un rôle dans la création des Timberwolves avant de s’éloigner définitivement des parquets.

Emporté par le diabète en 2005, George Mikan cumule sept trophées de champions et cinq titres de meilleur scoreur de la ligue, NBL et BAA/NBA confondues. Il se dirige un temps vers la politique, briguant un mandat au congrès en tant que représentant de Minneapolis. En l’honneur du Hall of Famer, une statue reproduisant le Mikan Drill est construite à Minneapolis devant le Target Center.

Photo : Seymour Wally/NY Daily News via Getty Images

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