Devin Booker (Phoenix Suns) et Chris Paul (Houston Rockets), désormais coéquipiers. (Photo : Barry Gossage/NBAE via Getty Images)

Chris Paul débarque à Phoenix : le soleil n’a jamais tapé aussi fort dans l’Arizona

par Antoine Ronté
Publié le Modifié le

Chris Paul portera les couleurs des Phoenix Suns la saison prochaine. Un an après avoir été chassé de Houston, le meneur part d’Oklahoma en maître reconnu afin de faire les beaux jours d’une jeune équipe ambitieuse.

Le futur Hall of Famer rejoint donc les Suns quand Ricky Rubio, Kelly Oubre Jr, Ty Jerome et Jalen Lecque effectuent le chemin inverse. Phoenix ajoute un premier tour de Draft 2022 protégé. Un transfert dans les tuyaux depuis plusieurs semaines, annoncé par Shams Charania de The Athletic. L’exercice 2020-21 est bel et bien lancé.

Un transfert évident

Le premier échange depuis l’ouverture du marché des transferts résonne de manière cohérente, et ce pour les deux équipes.

Le Thunder, sur un nuage après sa saison dithyrambique, entend entamer un nouveau chapitre de son histoire depuis le départ de Russell Westbrook l’an passé. Ambition impossible avec CP3 : non seulement son contrat — 41 millions de dollars en 2020, 44 millions en 2021 — pèse lourd, mais ce qu’offre le meneur n’apporte aucune garantie sur le long terme. Après une année de transition où le Point God a obtenu sa revanche et transmis son expérience aux jeunes, il est temps pour Oklahoma City d’envisager l’avenir en se tournant vers une reconstruction durable. Après Schröder, c’est Paul qui prépare ses valises.

Pour les Suns, acquérir le joueur de 35 ans répond à une juste logique. Sur la lancée de leur bulle sensationnelle (huit victoires en autant de rencontres), Phoenix se renforce pour constituer un effectif compétitif. Les pertes de Rubio, Oubre Jr et Jerome se relativisent dans la mesure où les deux derniers n’ont pas joué à Orlando et, bien que Rubio représente une valeur sûre, CP3 appartient à une tout autre catégorie.

Après avoir prouvé à la planète basket qu’il régnait toujours à la mène, Chris Paul peut-il relever un nouveau défi ? Au Thunder, personne ne l’attendait. ESPN estimait les chances de playoffs d’OKC à 0,2 %. Décrié, qualifié de joueur et contrat toxique, CP3 a porté sans trembler son équipe à la cinquième place de l’Ouest. Aux Suns, il devra faire face à un tout autre challenge.

Chris Paul aux Phoenix Suns
À Phoenix, Chris Paul est attendu au tournant par de nombreux observateurs et par son équipe. (Illustration : Hugo Holgado/XIII Studio/L’Analyste)

À l’instar de son aventure à OKC, ses missions seront de guider les jeunes (Mikal Bridges, DeAndre Ayton et consorts), d’accompagner Devin Booker dans sa progression et d’apporter sa science du playmaking. Sa sagesse fera le plus grand bien à ce collectif jeune et intrépide.

Mais si Phoenix sacrifie quatre éléments — dont deux prépondérants —, c’est surtout pour entrer dans le cercle des meilleures équipes de l’Ouest. Avides de Playoffs depuis 10 ans, l’arrivée du meneur doit signer le retour des Suns sur le devant de la scène.

S’il a ébloui l’an passé, les regards se porteront sur sa capacité à maintenir son niveau de performance. Il devra garder la même humilité et continuer d’inspirer les siens à travers un comportement exemplaire. Sa manière d’aborder sa relation avec Devin Booker et de mettre en lumière l’arrière sera essentielle.

L’un, vétéran admiré, l’autre, jeune fougueux animé par la compétition. Les deux seront attendus au tournant quant à leur association. À première vue, Chris Paul et Devin Booker dépeignent évidemment un tandem de folie. Le meneur sait parfaitement mettre ses coéquipiers en confiance et leur donner la gonfle au bon moment, au bon endroit. L’arrière quant à lui excelle dans le jeu sans ballon, lorsqu’il s’agit de recevoir puis scorer. Tous deux très intelligents et désignés pour le basket, leur combo rappelle celui que formait CP3 avec James Harden, virtuose du scoring.

Sur le terrain, Paul et Harden s’entendaient à merveille. Le sens du collectif du premier, additionné aux exploits individuels du barbu, a propulsé Houston au sommet de l’Ouest. Les fans des Suns peuvent sont en droit d’attendre la même chose. Booker devrait se focaliser sur le scoring tandis que Paul se chargera de créer pour les autres et de filocher lorsqu’en vient la nécessité. En revanche, la relation des deux hommes en dehors du terrain devra nécessairement se distinguer des tensions que cultivaient CP3 et Harden.

En connaissance de cause, ils n’ont pas patienté bien longtemps avant d’organiser un premier entraînement ensemble. (Vidéo : nick_tuft7/Instagram)

Si Devin — en bonne jeune star — ramène le jeu à son compte, ne profite pas de son coéquipier à sa juste valeur, il court à sa perte. Fort de sa saison avec Monty Williams, la maturité et la lucidité qu’il a acquises cette année devraient l’aider à accueillir un deuxième All-Star. Pour la première fois de sa carrière, le 13e choix de la Draft 2015 peut atteindre ses objectifs à l’aide d’un effectif et d’un staff de qualité. À lui de prouver qu’il est de la veine des plus grands.

Quant à Chris Paul, sa renaissance à Oklahoma lui permettra d’aborder ce nouveau défi. Connu pour son côté de temps à autre désagréable, il serait désastreux pour son image qu’il refuse de jouer son rôle de vétéran et qu’il remette en question le leadership de Booker. Néanmoins, au vu des compétiteurs que sont ces deux athlètes et des possibilités que laisse entrevoir le nouvel effectif des Suns, la cohabitation devrait fonctionner.

Que peuvent espérer les Suns l’année prochaine ?

Le probable cinq majeur :

Chris Paul – Devin Booker – Mikal Bridges – Cam Johnson – Deandre Ayton

Au sein d’une Conférence Ouest très relevée, tirer son épingle du jeu s’annonce périlleux. Les Suns feront face à de véritables armadas, rien que dans leur division : les Lakers de LeBron et AD, les Warriors de retour après une année « sabbatique » et les Clippers plus revanchards que jamais. Pour leur tenir tête, ils devront s’appuyer sur leurs fondamentaux. Quatre points vitaux pour réussir :

1. L’alchimie Booker/Paul

Comme mentionné précédemment, le tandem CP3/Booker impressionne sur le papier. Grâce à ce backcourt d’élite, l’ensemble des ambitions de l’équipe sont revues à la hausse. Si les deux joueurs se montrent à la hauteur des attentes, Phoenix aura de quoi résister. Mais ce ne sera pas suffisant.

2. La défense

Jamais les Suns ne réussiront sans défendre. Si leurs progrès sont notables — crédit à Monty Williams — l’exigence monte encore d’un cran cette année. Mikal Bridges, en leader défensif, devra montrer l’exemple et tenir son rang face aux stars. Le vice, l’intelligence et la capacité à lire les plans de jeu adverses de Chris Paul bénéficieront grandement dans ce domaine. Quant à Booker, Ayton et Johnson, s’efforcer de donner le maximum des deux côtés du terrain sera impératif.

MIAMI, FLORIDA - FEBRUARY 25: Mikal Bridges #25, Deandre Ayton #22 and Kelly Oubre Jr. #3 of the Phoenix Suns huddle against the Miami Heat during the first half at American Airlines Arena on February 25, 2019 in Miami, Florida. NOTE TO USER: User expressly acknowledges and agrees that, by downloading and or using this photograph, User is consenting to the terms and conditions of the Getty Images License Agreement. (Photo by Michael Reaves/Getty Images)
L’arrivée de Chris Paul ne permettra pas aux joueurs des Suns de se relâcher, bien au contraire. (Photo : Michael Reaves/Getty Images)

3. L’éclosion d’Ayton

Pour sa troisième saison dans la grande ligue, Ayton doit justifier sa sélection en première position de la Draft 2018. Non pas que le pivot n’ait pas mis en exergue son talent précédemment, mais sa production est en deçà des attentes. Désormais servi par le Point God, DeAndre n’a plus d’excuses. Sa présence dans la raquette doit peser sur le jeu des Suns, tant offensivement que défensivement. Il est temps.

4. La Draft et la Free Agency

Évidemment affectées par la venue de Paul, les finances des Suns n’en sont pas pour autant gelées. Phoenix bénéficie d’une mid-level exception à 9 millions de dollars et James Jones, le GM, cherchera probablement à conserver Dario Saric. Aaron Baynes et Franck Kaminsky arrivent à également au terme de leur contrat. Reste à voir s’ils prolongeront, sans quoi ils devront être remplacés. À noter que les Suns disposent toujours du 10e choix de Draft 2020 et que le rookie sélectionné s’inscrira assurément dans le projet de Phoenix.

La perspective d’Oklahoma City : maître Presti

La perte de CP3 est évidemment un coup dur pour les fans du Thunder, attachés au caractère de l’équipe sous l’égide du meneur. Étincelant tout au long de l’exercice, Chris Paul a gratifié l’Oklahoma d’innombrables moments forts. C’est certain, la franchise sera marquée de son empreinte dans les années à venir et les supporters se souviendront de son passage.

Néanmoins, OKC s’en sort très bien. En échange d’un joueur intransférable l’année dernière en raison de son « contrat toxique », Sam Presti obtient trois jeunes joueurs, un vétéran et un premier tour de Draft en 2022. À l’aube d’un nouveau chapitre, le manager du Thunder signe une masterclass.

OKLAHOMA CITY, OK - SEPTEMBER 26: Oklahoma City Thunder General Manager Sam Presti speaks to media at preseason media availability at the Thunder ION on September 26, 2019 in Oklahoma City, OKlahoma. NOTE TO USER: User expressly acknowledges and agrees that, by downloading and or using this photograph, User is consenting to the terms and conditions of the Getty Images License Agreement. Mandatory Copyright Notice: Copyright 2019 NBAE (Photo by Zach Beeker/NBAE via Getty Images)
Sam Presti, le chef d’orchestre de la reconstruction du Thunder. (Photo : Zach Beeker/NBAE via Getty Images)

Avec cet échange, le Thunder détient désormais 24 choix de Draft sur les 7 prochaines années. Un atout de poids pour reconstruire.

202025e choix (Nuggets)
28e choix (Lakers)
53e choix (Thunder)
20211er tour (Thunder)
1er tour (Heat ou swap Rockets)
2nd tour (Thunder)
20221er tour (Thunder)
1er tour (Clippers)
1er tour (Suns, protégé 1-12)
2nd tour (Thunder)
20231er tour (Thunder ou swap Clippers)
1er tour (Heat, protégé 1-14)
2nd tour (Thunder)
20241er tour (Thunder)
1er tour (Clippers)
1er tour (Rockets, protégé 1-5)
2nd tour (Thunder)
2nd tour (Grizzlies)
20251er tour (Clippers ou Rockets)
2nd tour (Thunder)
20261er tour (Thunder)
1er tour (Clippers)
1er tour (Rockets, protégé 1-5)
2nd tour (Thunder)

Qu’attendre de Kelly Oubre Jr ?

Excellent avant la suspension de la saison, l’ailier a véritablement de quoi s’imposer sous la tunique du Thunder. Sans réel poste 3 depuis le départ de Paul George, son association avec Shai-Gilgeous Alexander dessine une perspective intrigante pour l’exercice à venir. S’il performe, nul doute que Sam Presti le prolongera, lui qui est agent libre à l’issue de la saison 2021.

Ricky Rubio ?

Le soldat espagnol aura grandement contribué à l’ascension de Phoenix et prouvé une fois de plus sa valeur à qui osait la mettre en doute. Après s’être autant donné pour l’équipe, Rubio a d’ailleurs admis avoir du mal à digérer la nouvelle. « C’était une surprise, surtout au vu de la communication », a confié le meneur au quotidien espagnol Marca. « Quand j’ai entendu les rumeurs au sujet de mon transfert, j’ai appelé mon camp et ils m’ont dit que mon nom n’était pas sur la table dans les discussions. »

Malgré tout, il rebondira rapidement, à Oklahoma ou ailleurs, au sein d’une équipe dans le besoin d’un gestionnaire. « Quand les choses se compliquent, il faut montrer son caractère et s’investir encore plus », a-t-il d’ailleurs affirmé.

Ty Jerome et Jalen Lecque ?

Ty Jerome a joué 31 matchs l’année dernière et Jalen Lecque aucun. Il sera intéressant de suivre les progrès des jeunes pousses, si Sam Presti décide de les conserver.

L’intersaison 2020 démarre fort. Pour inaugurer le marché des transferts, le Thunder envoie le futur Hall of famer Chris Paul à Phoenix en échange d’Oubre Jr, Rubio, Jerome, Lecque et un premier tour de Draft en 2022. La reconstruction est lancée à Oklahoma, tandis que Phoenix tend à revenir au plus haut niveau. Et ça ne fait que commencer.

Photo : Barry Gossage/NBAE via Getty Images

Lisez aussi

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Accepter En savoir plus