Jaylen Brown, le savant Celtics

by Morgan Dossou
Jaylen Brown (Boston Celtics) sur le banc, avec son maillot orné du message « LIBERATION » pour la bulle d'Orlando.

Cette saison, le numéro 7 des Celtics a brillamment répondu aux attentes sportives qui allaient de pair avec son nouveau contrat. L’arrière-ailier de l’équipe de Brad Stevens a démontré qu’il était un joueur complet et talentueux. Son duo avec Tatum a mené son équipe aux finales de conférence, éliminant au passage les champions en titre, les Raptors. Mais cette année, le jeune joueur de 23 ans s’est aussi illustré en dehors du terrain. Il a prouvé qu’il était un homme engagé et un leader pour sa communauté, notamment lors de l’explosion du mouvement « Black Lives Matter » suite à la mort de Georges Floyd qui a bouleversé la société américaine. Le troisième choix de la Draft 2016 a tout pour devenir un visage incontournable de la NBA dans les années à venir. Focus sur ce joueur talentueux doté d’une personnalité épatante.

Un jeune homme pressé et talentueux

Le prometteur Celtic est né le 24 octobre 1996, dans une petite ville de l’Etat de Géorgie, Alpharetta. Il est issu d’une famille de sportifs. Son père, Marselles Brown, était un boxeur professionnel plus connu sous le surnom « More Than A Conqueror ». Il a eu une carrière admirable, couronnée par un titre de champion du monde World Boxing Union à l’âge de 48 ans. Son grand-père, aussi boxeur, a été le sparring-partner de légendes telles que Mohammed Ali et Joe Frazier. À cela s’ajoute un cousin, A. J. Bouye, cornerback de football américain pour les Broncos de Denver. Mais le jeune Jaylen ne suit pas la voie familiale, il montre très tôt de l’intérêt pour balle orange.

Au lycée, Jaylen Brown montre son talent précoce. Malgré l’anonymat de son établissement, la Joseph Wheeler High School, le futur coéquipier de Tatum réussit à s’imposer comme un basketteur à fort potentiel. Il mène son équipe à un sacre d’Etat et affronte les yeux dans les yeux de futurs phénomènes tels que Ben Simmons à la Montverde Academy ou Malik Monk à la Bentonville High School. Il devient l’un des lycéens les plus convoités du pays, et obtient cinq étoiles sur chaque liste de scouting. Il participe aux plus grands événements basket tel que le Jordan Brand Classic ou le McDonald’s All-American. Il récolte de nombreuses distinctions, notamment le Mr. Georgia Basketball en 2015, qui récompense le meilleur lycéen de l’Etat de Géorgie. Il participe pendant ces années à ses premières sélections et le jeune Jaylen Brown remporte la médaille d’or du Championnat FIBA ​​des Amériques en 2014 avec l’équipe nationale U18 des États-Unis.   

À la fin de son cursus, Jaylen Brown a l’embarras du choix pour sa future université. Les scouts de tout le pays essayent de le convaincre. Mais, pour le joueur des Celtics, la priorité n’est pas de rejoindre un grand programme sportif possible, mais bien un grand programme éducatif. C’est pour cela que Jaylen Brown choisit — contre toute attente — la faculté de Berkeley, en Californie. L’université d’Ivy League possède une équipe de basket, les Golden Bears, qui n’a pas atteint le Final Four depuis 1960. Mais sur le plan académique, Berkeley est une des meilleures universités au monde. Ses programmes sont reconnus mondialement, notamment pour les sciences. Berkeley est une fabrique à génies, la faculté recense 104 prix Nobel et 14 prix Pulitzer parmi ses anciens élèves.

Jaylen Brown (California Golden Bears de l'université de Berkeley) monte au dunk.
Jaylen Brown, avec le maillot des California Golden Bears de l’université de Berkeley. (Photo : Joshua Dahl/USA TODAY Sports)

Jaylen Brown s’adapte très rapidement à ce haut lieu de l’intelligentsia californienne. Il profite au maximum de ce cadre d’étude exceptionnel. Mais le futur numéro 7 des Celtics n’a pas pour autant délaissé le basket, il compile une moyenne de 14,6 points, 5,4 rebonds et 2,0 passes décisives en 27,6 minutes par match sur 34 matches. Il est récompensé par le titre de Pac-12 Freshman of the Year, qui distingue le meilleur joueur universitaire de première année. Ce trophée a été remporté par de nombreux grands joueurs de la NBA, comme Kevin Love avec UCLA ou Jason Kidd avec Berkeley. Il finit son année par une élimination prématurée pendant la March Madness, mais surtout par un mémoire de vingt-trois pages dont le sujet était « Comment le sport institutionnalisé impacte le système scolaire éducatif américain ».

Le présent et le futur des Celtics

Jaylen Brown vient d’une cuvée de Draft très riche, certains de ses membres deviendront des acteurs majeurs de la ligue – de Brandon Ingram, qui vient de remporter le titre de MIP, à pascal Siakam qui est devenu champion NBA et MIP, en passant par Ben Simmons, récemment élu dans All NBA third team. Le natif de Géorgie est sélectionné en troisième position par la légendaire franchise des Celtics de Boston. À son arrivée, le joueur de Berkeley est hué par les fans, mais cela n’affecte pas cet athlète hors pair. Le jeune Brown travaille son shoot et son dribble durant l’été et va réaliser une très belle Summer League avec des statistiques très prometteuses 16,0 points, 6,2 rebonds et 2,3 interceptions en 6 matches.

La première saison du barbu à la coupe high top est très prometteuse, il arrive à grappiller 20 titularisations et montre qu’il est prêt à devenir un véritable joueur dans la grande ligue. Il est récompensé par une sélection dans le second cinq majeur des rookies NBA. En Playoffs, il s’illustre en Finales de conférence dans une série contre les Cavaliers de LeBron James — dont il a la charge défensivement. La domination de Cleveland dans cette série est sans appel, mais le rookie des Celtics montre à la planète basket son potentiel des deux côtés du terrain. A 20 ans, défendre de cette manière sur LeBron lors d’une série de matches intenses n’est pas à la portée de tous.

La saison sophomore de Jaylen Brown est renversante, il franchit un palier. Il s’installe comme titulaire indiscutable de l’équipe de Brad Stevens et conclut sa saison 2017-18 avec des stats solides : 14,5 points à 47 % au tir, 5 rebonds et 1,6 passe en 31 minutes. Il brille dans son rôle d’ailier polyvalent, doté de qualités athlétiques bien au-dessus de la moyenne. Jaylen Brown n’est pas avide de chiffres. Il est au service du collectif et se sacrifie pour Boston. Pour compenser l’absence de Kyrie Irving, blessé, Brown n’hésite pas à prendre le leadership pendant les Playoffs, partageant le devant de la scène avec un rookie particulièrement précoce du nom de Jayson Tatum.

BOSTON, MA - OCTOBER 25: Jaylen Brown #7 of the Boston Celtics looks on during a game against the Toronto Raptors on October 25, 2019 at the TD Garden in Boston, Massachusetts.
Jaylen Brown est l’une des pierres angulaires du projet sportif des Celtics. (Photo : Brian Babineau/NBAE via Getty Images)

La saison 2018-19 des Celtics n’est pas à la hauteur des attentes. Jaylen continue de montrer son grand potentiel, mais il voit son rôle réduire tout au long de la saison dans un effectif bouché. Le jeune Celtics passe de titulaire indiscutable à pensionnaire du banc, avec moins de responsabilités et de minutes par rencontre. Cette période particulière l’a exposé à de nombreuses critiques, beaucoup de stress et énormément de doutes.

Cette saison (2019-20) est celle de l’explosion de Jaylen Brown. Avec sa nouvelle coupe, il forme avec un duo létal avec Jayson. Il a retrouvé sa place de titulaire indiscutable dans le roster des Celtics et compile des stats impressionnantes : 20,4 points, 6,4 rebonds et 1,1 interception en 34 minutes par soir, à 49 % au tir. Il est un élément essentiel de la réussite de l’équipe de Danny Ainge. Depuis son arrivée bulle, JB ne cesse de proposer des prestations de très haut niveau et de délivrer des highlights somptueux, à l’image de son poster surpuissant sur OG Anunoby. Lors du dernier match des Celtics en finales de conférence contre le Heat de Miami, Old Boy a permis aux Celtics de relancer la série. Sa ligne de stats est impressionnante : 26 points, 7 rebonds, 5 assists et 3 interceptions en 43 minutes. Cette saison pleine va permettre de faire taire les critiques autour de son « gros contrat » de 115 millions sur quatre ans, signé avant le début de la saison. 

Un citoyen modèle et engagé

Face au meurtre de George Floyd, qui a donné une nouvelle dimension au mouvement Black Lives Matter, les quatre coins de l’Amérique sont submergés par un déferlement de manifestations pour l’égalité, exigeant l’évolution de la société américaine les questions raciales qui la hantent depuis des siècles. Lors de l’une des premières manifestations, à Atlanta, on distingue au premier rang des silhouettes connues du grand public telles que le rappeur Lil Yachty ou Malcom Brogdon, joueur des Pacers. Mais un homme vêtu de noir attire l’attention, il brandit avec conviction une pancarte « I can’t breathe ». Cet homme n’est autre que Jaylen Brown.

Touché par ce meurtre de sang-froid, il décide de se battre pour ce qui est juste, en tant que citoyen, et mène la marche dans sa Géorgie natale. Ce goût pour l’engagement n’est pas soudain. Il le cultive depuis son adolescence. L’éducation est pour lui l’arme la plus puissante pour survivre en société — ce qui explique le choix de son université. Brown multiplie les initiatives pour encourager la jeunesse — surtout défavorisée — à s’éduquer, à se familiariser avec des domaines tels que la science ou l’informatique. Malgré son statut privilégié de joueur de NBA, « Old Man » s’intéresse et lutte contre les inégalités qui deviennent de plus en plus étouffantes au pays de l’oncle Sam.

Manifestation à Atlanta (Georgie) en réaction au meurtre de George Floyd. Sur l'image, Jaylen Brown tient un mégaphone pour mener la marche.
Jaylen Brown, parmi les manifestants à Atlanta. (Photo : Jaylen Brown/Instagram)

Il s’inscrit pleinement dans la lignée des basketteurs activistes, tout comme Bill Russell ou Kareem Abdul-Jabbar. Homme de convictions, Brown est élu vice-président de la NBPA (National Basketball Players Association, le syndicat des joueurs) par ses pairs à l’âge de 22 ans. Au sein du syndicat, tout le monde est élogieux à son sujet. Il est décrit comme un jeune homme investi, curieux et travailleur. Dans la bulle d’Orlando, JB utilise les médias comme tribune pour faire entendre son message et ses idées. Le mot « LIBERATION » orne son maillot. Le féru d’échecs est également l’un des leaders lors des réunions entre joueurs suite au boycott des matches de Playoffs à l’initiative des Bucks de Milwaukee.

Jaylen Brown refuse de se limiter à son rôle de basketteur, de « se taire et dribbler ». Il veut participer à l’évolution de son pays, changer la donne en tant que citoyen.

Du haut de ses 23 ans, Jaylen Brown montre avec cette saison réussie qu’il peut s’installer à la table des meilleurs joueurs de la NBA dans les années à venir. Mais le 3e choix de la Draft 2016 est aussi un homme inspirant et charismatique, qui peut devenir une icône de la lutte sociale aux États-Unis. Tous les voyants sont au vert pour que Jaylen Brown devienne une personnalité incontournable de la grande ligue.

Photo : Ashley Landis/Pool/AP Photo

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