4-1, les Bucks ont perdu bien plus qu’une série

by Benjamin Moubeche
Giannis Antetokounmpo, des Bucks de Milwaukee

4 à 1, mais surtout 1 à 4. Sur le score de 103 à 94, Miami élimine Milwaukee sans que son leader puisse jouer une seule minute dans le match. Écartés au deuxième tour des Playoffs avec le meilleur bilan de la saison régulière, les Bucks sont bien loin des objectifs qu’ils s’étaient fixés et des attentes partagées par la plupart des observateurs.

Cet échec change bien des choses — si ce n’est tout — dans le projet de Milwaukee. Giannis Antetokounmpo, MVP en titre et Défenseur de l’année, est éligible à une extension de contrat cette année. S’il ne trouve pas d’accord avec son équipe, il deviendra agent libre en 2021.

L’urgence Antetokounmpo

Le parcours exemplaire du Greek Freak le rend éligible à une extension de cinq ans pour 220 millions de dollars, qui prendrait donc fin après la saison 2025-26. Bien sûr, c’est le joueur qui aura le dernier mot. La décision de signer dès cet été ou d’attendre la free agency lui revient. Après avoir subi pareil revers face à Miami, Antetokounmpo ne sautera certainement pas sur un tel engagement, mais il a d’ores et déjà annoncé qu’il ne demanderait pas son transfert. « Ça n’arrivera pas », a-t-il assuré mercredi. « Certains voient un mur et s’en vont. Je le traverse. » Néanmoins, les Bucks devront se montrer particulièrement convaincants pendant les négociations.

Financièrement, l’offre de Milwaukee est inégalable. En se basant sur le salary cap initialement projeté, Antetokounmpo devrait avoir le choix entre un contrat de 140,8 millions de dollars sur quatre ans et une extension de 221,5 millions sur cinq ans avec une dernière année à 50,4 millions. Avant de trouver une proposition comparable à celle que les Bucks pourront lui faire en fin d’année, il devra attendre la fin de la saison 2022-23 — ce qui pourrait, en cas de départ, le pousser à d’abord s’engager pour trois ans.

Bien sûr, Antetokounmpo pourrait très bien décider de resigner un contrat d’un an, avec une player option sur la seconde année, tout comme Kevin Durant avec les Warriors. Cela lui laisserait plus de temps pour évaluer ses options, tout en profitant d’une éventuelle hausse du salary cap en 2022 ou en 2023.

Giannis Antetokounmpo en plein dunk. (Photo : Dylan Buell/Getty Image)

En 2021, il aura la possibilité de rejoindre une équipe qui a préparé ses finances pour accueillir un joueur de son calibre, à l’image des Knicks. Certains exécutifs seront probablement prêts à tous les sacrifices pour mettre la main sur le numéro 34. Ainsi, le Heat, les Raptors et les Warriors sont trois destinations fréquemment évoquées en cas de départ.

Une chose est sûre, l’échec des Bucks en Playoffs rendra la tâche du front office particulièrement difficile. Dans le meilleur des scénarios, Antetokounmpo acceptera un gros chèque cet été en guise compensation. Dans tous les cas, Milwaukee devra convaincre sa star de rester avant qu’elle ne soit confrontée au marché des agents libres.

Bureaux sous haute surveillance

Face à Erik Spoelstra et son Heat, Mike Budenholzer a montré ses limites au coaching. La saison passée, son manque d’adaptation contre les Raptors de Kawhi Leonard lui avait déjà valu des critiques similaires. Attaché à son propre système, le coach des Bucks est parfois incapable d’avoir une véritable vue d’ensemble.

Aussi bien à Milwaukee qu’à Atlanta, Bud s’est tantôt révélé très efficace en Playoffs, mais il s’est toujours heurté à un mur. Est-il le coach dont ce projet a besoin pour accéder au titre ? Rien n’est plus sûr.

Limiter ses joueurs à 36 minutes par match en Playoffs lui aura valu de nombreuses critiques. En conférence de presse, Giannis semblait parfois frustré par cette politique – et il s’agit du plus grand problème. Finalement, c’est bien son opinion qui déterminera si Budenholzer restera ou non. Milwaukee ne peut pas se permettre de contrarier son franchise player et doit se plier à ses exigences : s’il souhaite que son coach soit renvoyé, il le sera très certainement. S’il veut continuer de travailler avec lui, il sera probablement intouchable pendant l’intersaison.

Pour rappel, New Orleans, Chicago, Philadelphie, Indiana et désormais Oklahoma City cherchent déjà un nouveau coach. Il s’agira d’un marché saturé cette année, sans qu’un candidat soit vraiment plus intéressant que l’entraîneur actuel des Bucks.

Mike Budenholzer (Coach of the Year), Giannis Antetokounmpo (MVP) et Jon Horst (Executive of the Year), le 24 juin 2019 à la remise des NBA Awards. (Photo : Will Navarro/NBAE via Getty Images)

Budenholzer n’est pas seul dans cette situation difficile. Jon Horst, le General Manager, devra également assurer une intersaison de haut vol. Nommé Exécutif de l’année en 2019, Horst a jusqu’ici fait preuve d’un excellent instinct, tant concernant l’acquisition d’Eric Bledsoe que celles de Brook Lopez ou de George Hill.

Avec des comptes déjà bien remplis, la marge de manœuvre du Front Office reste limitée. Mais Horst devra utiliser toutes les ressources à sa portée pour tenter de faire passer un cap à Milwaukee la saison prochaine.

Face à un manque de résultats en Playoffs, les propriétaires de la franchise seront mis à l’épreuve dans les années à venir. « Je ne pense pas qu’être dans la luxury tax soit un problème », déclarait Marc Lasry l’année dernière. « Je pense que c’est parce que nous savons qu’il faudra passer par là. » Des paroles que le co-propriétaire des Bucks devra assumer en offrant un soutien financier total au projet sportif de son équipe.

Les cadres de la franchise devront se mobiliser pour conserver Giannis Antetokounmpo et pour permettre à Milwaukee de jouer dans la cour des grands.

Une situation gelée, à moins de briser la glace

Dans l’état actuel des choses, les Bucks ont une flexibilité financière extrêmement limitée.

JoueurSalaireStatut
Khris Middleton33,051,724 $ 
Giannis Antetokounmpo27,528,090 $ 
Eric Bledsoe16,875,000 $ 
Brook Lopez12,697,674 $ 
George Hill9,590,602 $ 
Robin Lopez5,005,350 $player option
D.J. Wilson4,548,280 $ 
Donte DiVincenzo3,044,160 $ 
Wesley Matthews2,692,991 $player option
Thanasis Antetokounmpo1,701,593 $ 
Ersan Ilyasova7,000,000  $non garantis
Sterling Brown2,023,150 $cap hold
Pat Connaughton1,707,576  $cap hold
Kyle Korver1,707,576 $cap hold
Marvin Williams1,707,576 $cap hold
Frank Mason1,523,320 $cap hold
Cam Reynolds1,523,320 $cap hold
Premier tour de Draft2,379,840 $cap hold
Jon Leuer3,169,348 $dead cap
Larry Sanders1,865,546 $dead cap
Total141,3M $ 
Projection : luxury tax132,7M $ 
Projection : salary cap109,1M $ 
Finances de Milwaukee en 2020-21

Si Wesley Matthews n’active pas sa Player Option, Milwaukee pourra potentiellement lui offrir 3 millions de dollars avec la biannual exception de 3,6 millions. Après une saison à 7,4 points de moyenne et 36,4 % à trois points — des statistiques bien en dessous de ses standards — l’arrière pourrait également se contenter de ses 2,7 millions de dollars en option.

Robin Lopez, quant à lui, devrait évidemment lever sa Player Option de 5 millions de dollars. L’ancien pivot des Bulls n’a joué que 3 matchs de Playoffs, pour un total de 21 minutes. S’il venait à la refuser, peu d’équipes seraient en mesure de lui offrir un salaire similaire pour de telles performances.

Se séparer d’Ersan Ilyasova leur permettrait de dégager un total de 9,3 millions de dollars en midlevel ou minimum exception — avec lesquels il faudra également lui trouver un remplaçant. En Playoffs, l’intérieur n’a marqué que 9 points sur un total de 23 minutes de jeu, réparties entre trois apparitions. Du haut de ses 33 ans, les Bucks pourront aisément recruter un joueur plus intéressant pour le même prix. Cette opération serait pour eux l’unique moyen de débloquer une partie de leurs finances.

Giannis Antetokounmpo, Ersan Ilyasova et Kyle Korver (Photo : Dylan Buell/Getty Images)

La franchise pourra difficilement se positionner à la free agency, c’est pourquoi elle devra se montrer particulièrement active sur le marché des transferts malgré un faible nombre d’assets. Milwaukee aura la possibilité de trader le premier tour de Draft 2020 d’Indiana (24), mais il s’agit là de leur seule véritable monnaie d’échange — en dehors des joueurs, bien évidemment. Cette année, leur premier tour appartient aux Celtics, tandis que les Cavaliers détiennent celui de la Draft 2022, protégé en 2023 et en 2024.

Sans transférer leurs choix de Draft, les Bucks devront investir 2,4 millions de dollars pour payer leur rookie, potentiellement Theo Maledon ou Leandro Bolmaro.

Ainsi, la seule solution de Milwaukee pour faire évoluer leur effectif consiste en de petits ajustements d’effectif, en utilisant la midlevel exception, ou en un trade qui verrait l’un des cadres de l’équipe partir. Des équipes rivales pensent que Milwaukee explorera la possibilité de faire venir Chris Paul dans un transfert. Un pari risqué et difficile à mettre en place financièrement, mais qui pourrait s’avérer payant.

Les semaines et mois à venir s’annoncent particulièrement mouvementés pour l’équipe du Wisconsin. Tout ce que ce Front Office a créé pourrait s’évaporer avec le départ d’un seul joueur, qui pourrait être libre de tout contrat dans un an. Antetokounmpo est la fondation du projet des Bucks. S’il tombe, l’ensemble s’effondrera avec lui.

Photo : Stacy Revere/Getty Images

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