Saison Grand Cru : 2015-16

by Clément Devos
Stephen Curry (Golden State Warriors) tire face à LeBron James (Cleveland Cavaliers)

La saison 2015-16, un Saint-Emilion dans une cave de Gregg Popovich.

Basketteur ou non, tout le monde sait que la NBA est une machine à fabriquer de belles histoires, avec une dramaturgie qu’aucune organisation sportive ne peut égaler. Cette théâtralité est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle la ligue américaine dispose d’un si vaste pouvoir d’attraction.

En 2016, la balle orange a autant rebondi qu’une intrigue dans un roman d’Agatha Christie. Les yeux des fans se sont d’une semaine à l’autre écarquillés de joie, d’étonnement et humidifiés de nostalgie. L’Analyste revient sur les événements de l’année 2016, un grand cru.

Un casting hollywoodien

Commençons par la fin. Celle de la saison régulière, pour être exact. Depuis octobre, le monde entier sait que Kobe Bryant prendra sa retraite à la fin de l’exercice 2015-16. Il met ainsi un terme au plus grand chapitre de sa vie. Acclamé, adulé, remercié lors de ses derniers déplacements, cette 20e et ultime saison est digne de Kobe. Digne de l’icône qui a inspiré tant de ses pairs. Son dernier match, contre le Jazz d’Utah, atteste de la grandeur de ses travaux. Le Black Mamba score 60 points à 22 sur 50 aux tirs et donne la victoire aux siens.

Dans la foulée, Kevin Garnett — autre personnage éminent — quitte la ligue. À 40 ans, le gamin de Greenville se retire des parquets après une carrière bien remplie. Revenu à Minneapolis, dans la franchise de ses débuts, en tant que vétéran, Kevin Garnett a prouvé aux jeunes rookies de l’époque qu’un fort tempérament peut ouvrir bien des portes en NBA. Drafté en 1995 par les Minnesota Timberwolves, The Big Ticket n’a jamais cessé de croire en lui-même et en ses rêves. Il a montré à la ligue que « tout est possible », dicton scandé à la fin du Game 6 des Finales NBA de 2008, sous le maillot des Celtics.

Photo : Harry How/Getty Images

Un mois après ses deux compères, Timothy Theodore Duncan tire sa révérence en passant par la petite porte. À l’image du joueur, cette sortie est très discrète. À 40 ans, le quintuple champion NBA ne tient plus la dragée athlétiquement face aux nouveaux monstres physiques arrivés dans la ligue. À partir de 1997, lui et les Spurs ont construit une machine implacable, démontrant chaque année que le basketball reste et restera un sport collectif. Le gamin des îles Vierges — initialement déterminé à une grande carrière de nageur — a su demeurer le numéro 1 des Spurs pendant de nombreuses années, témoignant ainsi de sa soif de victoire. Pour preuve, en 20 ans chez les Spurs, jamais il n’a manqué une campagne de Playoffs. Après deux décennies d’excellence, Tim Duncan tire sa révérence en prétendant au titre de meilleur joueur à son poste.

Des joutes dantesques

Pendant les Playoffs, la NBA nous réserve chaque année son lot de rebondissements. Chaque série est unique, avec ses péripéties et sa chute. Les deux confrontations suivantes sont singulières dans leurs déroulés et dans leurs finalités.

La première oppose les Golden State Warriors au Thunder d’Oklahoma City. Les pronostics sont partagés. Impossible de prédire l’issue de ce duel, les deux premiers matchs le démontrent. La troupe de Russell Westbrook sort victorieuse du Game 1, tandis que Baby Face et sa bande remportent le Game 2. Pour ce qui est des deux matchs suivants, les Warriors ne résistent pas à un Kevin Durant de gala. 4 ans après leurs dernières Finales NBA, l’ensemble des observateurs voit l’équipe d’Oklahoma y accéder à nouveau pour affronter les Cavaliers de Cleveland. Stephen Curry devient incandescent dans les Game 5, 6 et 7 en inscrivant à deux reprises 31 points, puis 36 points à 58 % à trois points. Après avoir été menés 3 à 1, les hommes de Steve Kerr sont parvenus à se retrousser les manches et à battre le collectif de Scott Brooks pour atteindre leurs 2e Finales consécutives.

Une autre confrontation entre deux grandes équipes est entrée dans l’histoire au cours ce printemps 2016. C’est bien évidemment les Finales NBA, opposant le trio Curry-Thompson-Green à celui de Cleveland, James-Irving-Love. Au complet et sans blessure pour cette confrontation, les Cavs veulent prendre leur revanche. Mais après 4 matchs joués, la situation ne se présente pas comme ils l’avaient prévu. En effet, les hommes de la baie d’Oakland ne sont plus qu’à une victoire du titre de champion. A rien ne sert de faire durer le suspense. Car chacun d’entre nous sait que LeBron James écrira l’histoire cette année-là, en remportant le premier titre de Cleveland après avoir été mené 3 à 1 en Finales NBA — une performance jamais réalisée en 60 ans. Certains pensent que LeBron James a vaincu les Warriors grâce à la suspension de Draymond Green ; d’autres que la conférence de presse de Klay Thompson après le Game 4 aurait provoqué un déclic pour le King d’Akron. Que vous croyiez ou non à ces hypothèses, le fait est que les Cavaliers ont arraché leur premier titre et que ce moment a marqué notre sport.

Photo : Ezra Shaw/Getty Images

Une superstar, une révolution, deux faits d’armes All-Time

Éliminée au premier tour face aux Los Angeles Clippers en 2014, l’équipe de Bob Myers remporte le titre l’année suivante. Avec un bilan de 67 victoires pour 15 défaites lors de leur saison régulière 2014-15, les Warriors veulent continuer sur leur lancée en réussissant le back-to-back. L’exercice 2015-16 commence sur les chapeaux de roues pour les champions en titre. Un Stephen Curry intraitable et ses coéquipiers réalisent une série de 24 victoires pour 0 défaite. Arrivés au week-end de l’All-Star Game, les Splash Brothers en sont à 48 victoires pour 4 défaites. Dans les médias, on commence à penser que les Warriors peuvent dépasser le record de 72 victoires pour 10 défaites en saison régulière, détenu par les Chicago Bulls de 1996.

En début avril, alors qu’il ne reste que 7 matchs, les champions en titre sont toujours en lice pour réaliser un exploit historique. Ils sont à 68 victoires pour 7 défaites. Ils n’ont plus que 2 cartouches dans leur chargeur pour devenir l’équipe la plus victorieuse l’histoire de la NBA. Après avoir perdu 2 matchs contre Boston et San Antonio, il leur reste encore 3 matchs à jouer. Il faut alors faire un sans-faute. Et après 2 victoires, la confrontation ultime se tient à Memphis. Pour cette dernière soirée, l’ambiance est électrique et les joueurs font face à l’histoire. Pyromane comme à son habitude, le fils ainé de Dell Curry ne déroge pas à la règle ce soir-là. Il plante 46 points à 52,6 % à trois points (10/19). Une grande performance, permettant aux Warriors de devenir l’équipe la plus dominante en saison régulière.

Pour ponctuer l’exercice, le 10 mai, les journalistes élisent Steph Curry MVP de la saison à l’UNANIMITÉ — chose qui n’est jamais arrivée en 60 ans. Les chiffres font mal aux yeux : il est à 30,1 points, 5,4 rebonds, 6,7 passes et 2,1 interceptions par match, pour un total de 402 tirs à trois points, 73 victoires et 79 matchs joués. Il rentre dans le club des 50, 40, 90 avec 56 % à 2 points, 46 % à 3 points et 90,8 % aux lancers francs. Avec le volume de tirs pris, ces chiffres sont tous simplement hallucinants et historiques.

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