David contre Goliath : Zion Williamson peut-il vaincre Ja Morant ?

by Benjamin Moubeche
Zion Williamson (New Orleans Pelicans) et Ja Morant (Memphis Grizzlies) échangent leurs maillots.

Si la cuvée de Draft 2019 semblait riche en potentiel, un joueur s’était déjà distingué de la masse. C’est Zion Williamson, décrit comme un talent générationnel, qui avait été pointé du doigt comme « l’élu » de cette nouvelle vague d’athlètes. Malheureusement pour le colosse, une blessure au genou viendra lui barrer la route — pourtant toute tracée — vers le succès.

Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres. Son concurrent, Ja Morant, a profité de cette déconvenue pour distancer le prodige. Depuis le début de la saison, le deuxième choix de la Draft s’impose comme l’héritier légitime du tant convoité trophée de Rookie of the Year. David a pris l’avantage sur Goliath en exploitant ses failles.

Alors que la discussion paraissait close, il semblerait que le retour de Williamson ait réussi à rouvrir le débat. Ja Morant est loin devant, mais peut-il le rattraper à pas de géants ? Une chose est sûre : le « nouveau LeBron James » ne part pas favori. Certains diront que l’on ne peut pas récompenser un rookie qui a manqué plus de la moitié de la saison. Ils auront peut-être raison, mais ne nous arrêtons pas à ce seul argument.

Éclaircissons notre propos : après une si longue absence, Zion ne pourra pas devenir le favori de cette course. La question est de savoir s’il a une chance d’être considéré comme réel outsider ou si Morant doit d’ores et déjà installer une nouvelle étagère pour accueillir son trophée.

Ce duel n’est pas sans rappeler celui qu’ont livré Joel Embiid et Malcolm Brogdon par le passé. En 2017, alors que le nouveau pivot des 76ers marquait presque le double des points de son adversaire à chaque match et malgré sa domination au rebond, le titre de meilleur rookie de la saison lui avait filé entre les doigts à cause de ses absences. Tandis que Brogdon avait assisté à 75 rencontres cette saison, Embiid n’en avait que 31 à son actif. Williamson, lui, aura l’occasion de faire monter ce chiffre à seulement 37 s’il ne manque plus une seule apparition.

Les dossiers se ressemblent, mais ne sont pas similaires. D’abord, il ne faut pas oublier que le troisième finaliste, Dario Saric, était le coéquipier de Joel Embiid. Il s’agit d’un élément qui, sans avoir renversé les votes pour autant, a certainement donné un avantage au lauréat. Ensuite, le contexte de l’époque n’a rien à voir avec celui du cas auquel nous faisons face aujourd’hui. C’est sur cette différence notable que tout pourrait se jouer.

Le trophée de Rookie of the Year étant décerné par des journalistes et broadcasters, il ne faut pas négliger un critère qui, bien qu’anodin pour les uns, comptera beaucoup pour les autres. Ce critère est le storytelling, la narration.

Depuis le lycée, Zion Williamson est attendu parmi les plus grands. Il incarne le futur de la NBA, le potentiel Michael Jordan ou LeBron James d’une génération. Il s’agit d’un joueur unique, à la nature invraisemblable, comme nous n’en avions encore jamais vu dans la ligue. Vous le savez, les médias, les fans et — évidemment — la NBA sont friands de ce type de récits. Le sacre de cette nouvelle icône serait la parfaite conclusion de l’un des premiers chapitres de son épopée. En votant pour Zion, le jury a l’occasion d’écrire l’histoire.

Photo : Brad Penner/USA TODAY Sports

De plus, cette course au trophée se joue sur un fond de course aux Playoffs palpitante. Le résultat de celle-ci pourrait être un critère important dans le choix du lauréat. À l’heure actuelle, les Grizzlies et les Pelicans sont respectivement à la 8e et 9e place à l’Ouest, avec seulement 3 matchs d’écart. Memphis a un des calendriers les plus difficiles de la ligue sur cette fin de saison, et déplore la perte de Jaren Jackson Jr et Brandon Clarke pour blessures. Ils marchent sur un fil.

Malgré une victoire surprise contre les Lakers, Ja Morant et ses coéquipiers ont actuellement un bilan de 4 victoires pour 6 défaites sur les 10 derniers matchs. Malgré une défaite attendue face à Los Angeles, Williamson et les siens ont un bilan de 6 victoires pour 4 défaites sur les 10 dernières rencontres. Dans le cadre de cette course, le résultat de ces deux confrontations revêt une importance particulière, mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

New Orleans est dans une excellente forme, et ce depuis le retour de Zion Williamson qui semble avoir repris les rênes de l’équipe — n’en déplaise à Brandon Ingram, en lice pour le trophée de meilleure progression de l’année. En 28,9 minutes par match, l’ailier fort compile des moyennes de 24,1 points, 6,8 rebonds et 2,1 passes à 59,3 % aux tirs. Revenons sur ce match face aux Lakers : dans celui-ci, Zion a marqué 35 points et 7 rebonds à 12-16 aux tirs contre la 3e meilleure défense de la ligue. Soit, ses adversaires étaient privés de leur principal défenseur ce soir-là — tout comme pour Morant —, mais cette performance sert bel et bien la campagne de Williamson.

De l’autre côté, Ja Morant maintient son équipe à la 8e place de la ligue. Clair leader de la franchise, il tourne à 17,7 points, 7 passes et 3,4 rebonds à 49,2 % aux tirs sur l’ensemble de la saison. Lui aussi a brillé contre Los Angeles : 27 points, 14 passes et 6 rebonds à 10-16 aux tirs et 4-6 à trois points. Mais, à la différence de son rival, il aura réussi à mettre LeBron James en échec. Pour Morant, cette prestation servira d’étendard pour convaincre les votants.

Les deux joueurs sont promis à un brillant avenir en NBA et affichent déjà des moyennes exceptionnelles pour de nouvelles recrues. Aux commandes de leurs équipes, ils lutteront l’un contre l’autre, jusqu’à la fin de la saison, pour la dernière place en Playoffs. Nous assistons à un affrontement direct extrêmement rare, qui pourrait faire pencher la balance le jour de la grande décision.

Deux scénarios se dessinent alors :

Dans le premier, Ja Morant se maintient à la 8place et clôt définitivement le débat. En l’absence de qualification des Pelicans, le résultat risque d’être inchangé. Morant a joué l’ensemble de la saison et a survolé l’ensemble des rookies, il mérite cette distinction plus que quiconque.

Dans le second, Zion Williamson arrive à emmener New Orleans en Playoffs. Il confirme les attentes placées en lui et séduit le jury par son histoire et son statut de « sauveur » du basket de La Nouvelle-Orléans. Dès lors, le Freak regagnerait le peloton de tête, sans être favori pour autant.

Quelle qu’en soit l’issue, la bataille entre David et Goliath aura su ajouter un peu de piment dans une saison pourtant déjà palpitante. Naturellement, Morant et Williamson ne sont pas les seuls rookies talentueux de cette cuvée de Draft : RJ Barrett, P. J. Washington, Tyler Herro, Rui Hachimura et tant d’autres joueurs sont, eux aussi, pleins de promesses. Place à la nouvelle génération.

Photo : Gerald Herbert/AP Photo

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