Anunoby, le nouvel « OG » des Raptors

par Morgan Dossou
Publié le Modifié le
OG Anunoby (Toronto Raptors)

Depuis le début de la saison, les Toronto Raptors sont tout simplement sensationnels. En mi-janvier, l’équipe championne NBA en titre a effectué une série record pour la franchise de 15 victoires consécutives. Loin des doutes de l’après Kawhi Leonard, les hommes de Nick Nurse proposent un jeu séduisant et efficace, mais ils prouvent aussi que ce collectif est un candidat sérieux à sa propre succession.

Derrière les leaders affirmés que sont Siakam et Lowry, Toronto, qui pointe à la deuxième place à l’Est, peut compter sur de solides lieutenants. Parmi eux, OG Anunoby, qui a intégré la rotation après le départ de The Klaw. Faire oublier un joueur de ce calibre n’est pas une tâche aisée. Malgré tout, l’Anglo-Nigérian ne cesse d’impressionner depuis le début de l’exercice 2019-2020. Qui est vraiment le nouvel ailier talentueux des Raptors ?

London to Indiana

L’histoire de Ogugua Anunoby Junior, plus connu sous son surnom « OG », commence le 17 juillet 1997 à Londres. Un violent deuil accompagne la naissance du jeune OG, car sa mère meurt quelques semaines après l’accouchement. Ce drame marquera profondément la famille. OG Anunoby Senior décide, quatre années après la naissance de son deuxième fils, de déménager dans le Missouri. Il désire offrir un nouveau départ à ses enfants et enseigner l’anglais à l’Université Lincoln, qui a la particularité d’avoir été fondée par les vétérans afro-américains de la guerre de Sécession.

C’est donc dans le Missouri que le jeune OG va commencer à tâter la balle orange même si son père aurait préféré le voir se lancer dans le baseball. Il intègre alors la Jefferson High School, à Jefferson City au centre du Missouri. Il joue pour l’équipe de basket-ball du lycée. Anunoby Jr se développe et montre des qualités prometteuses. Lors de sa dernière année, il affiche une solide moyenne de 19,1 points et 8,6 rebonds. Anunoby était l’un des meilleurs basketteurs lycéens du Missouri.

Après avoir terminé ses études secondaires, il décide de rejoindre la reconnue Université de l’Indiana et son équipe des Hoosiers, rivale historique des Wildcats de Kentucky. Malgré de nombreuses propositions, le futur ailier des Raptors est sûr de son choix. Il est avant tout rassuré par son frère aîné, Chigbo Anunoby, qui a joué en NFL comme defensive tackle pour les Titans du Tennessee et les Browns de Cleveland. L’entraîneur des Hoosiers Tom Crean a été décisif dans l’avenir du Britannique. Il a été intrigué par ce qu’il a vu d’Anunoby lors d’un tournoi AAU à Atlanta et encore plus intéressé après une analyse vidéo des performances de son lycée. Crean est un véritable façonneur de joueurs NBA, qui a notamment fait évoluer de manière significative la star des Pacers Victor Oladipo et le futur Hall of Famer Dwyane Wade à l’Université Marquette au début des années 2000, rien que cela…

OG Anunoby débarque dans une nouvelle équipe avec l’étiquette d’outsider, il est obligé de travailler dur pour gagner des minutes et intégrer la rotation. Il arrive à jouer 34 rencontres lors de sa saison de freshman, et obtient des statistiques timides, mais honnêtes avec 4,9 points, 2,6 rebonds et 0,5 passe décisive par match. Mais un match référence va sublimer l’année d’OG. Le 26 mars 2016, Indiana reçoit l’ennemi, Kentucky. Le derby en 32e de finales de la March Madness est un rendez-vous clé pour les deux formations. OG ne manquera pas cette occasion de briller. Il réalisera une fin de match XXL avec une défense mémorable sur le futur joueur des Nuggets, Jamal Murray, et sur Tyler Uris.

Dès le début de sa deuxième année chez les Hoosiers, le kid de Londres montre l’étendue son potentiel et prend une place significative dans les plans de son coach. Mais une blessure au genou droit vient mettre fin à sa saison et à son parcours universitaire. Avant sa grave blessure, on observait une nette progression dans ses statistiques, puisque l’ailier jouait 25,1 minutes par match, avec 11,1 points, 5,1 rebonds et 1 contre par match en 16 rencontres disputées. Cette blessure arrive donc au pire moment dans la carrière naissante d’OG Anunoby.

Photo : Evan De Stefano

English Man in Toronto

La blessure au genou d’OG sera un véritable tournant dans sa jeune carrière. Avant ce malheureux accident, de nombreux analystes et scouts NBA voyaient indéniablement OG comme l’un des 10 meilleurs prospects de cette cuvée. Le niveau de la Draft 2017 est pourtant très relevé, on y retrouve de multiples talents qui éclateront lors des saisons suivantes tels que Jayson Tatum, Lonzo Ball, Bam Adebayo ou encore Donovan Mitchell. Le jeune Anglo-Nigérian réussira à surmonter cette épreuve compliquée par sa force mentale et son importante éthique de travail.

Le soir de la Draft, OG Anunoby n’entend son nom qu’à la 23e position, juste après Jarrett Allen. C’est la franchise canadienne, présidée par l’ancien basketteur nigérian Masai Ujiri, qui récupère le joueur d’Indiana. GM accompli, reconnu pour ses compétences et sa vision durable, Masai est séduit par le potentiel de Anunoby. Il n’est pas avare en compliments à son sujet, quelques jours après la Draft il affirme que le pick 23 est « un gamin incroyable » et qu’il va devenir, à long terme, l’une des pierres angulaires du projet des Raptors. Anunoby est le 12e Britannique à rejoindre la NBA et le troisième à jouer pour les Raptors, suivant les traces de Robert Archibald et Pops Mensah-Bonsu.

OG effectue sa première saison sous les ordres de Dwane Casey. Il dispute 74 joutes, dont 62 en tant que titulaire, en alternant entre les postes 3 et 4. Le joueur montre des qualités défensives et athlétiques certaines, bien qu’il ne s’agisse que de la partie émergée de l’iceberg, et signe un premier exercice prometteur, avec 5,9 points à 47 % de réussite au tir en 20 minutes par rencontre. Il connaît l’apogée de sa saison de rookie au cours des demi-finales de Conférence contre les Cavaliers de LeBron James. Anunoby est chargé de contenir Le King pendant toute la série. Le Britannique accomplit une suite de matchs de grande envergure malgré la supériorité de la bande à LeBron. Il a même impressionné ce dernier, notamment lors du Game 3 après lequel le natif d’Akron affirme devant la presse : « OG Anunoby à un brillant avenir. À vrai dire, son futur, c’est maintenant. Il est déjà bon. »Cet éloge vaut mille mots.

La deuxième saison se montre plus compliquée pour le numéro 3 des Raptors. L’arrivée de Kawhi Leonard viendra bousculer son statut. Il est relégué sur le banc par le nouvel entraîneur, Nick Nurse. Ce bouleversement dans l’effectif et le parcours de Toronto limitent sa très attendue progression.

Une triste nouvelle va toucher l’ancien d’Indiana, son père, Ogugua Anunoby Senior, décède au mois de septembre 2018. Le deuil du natif de Londres sera difficile à surmonter et l’empêchera de participer à la présaison de son équipe. Il réalise une année correcte, mais loin d’être à la hauteur de son potentiel. OG est sur le terrain pour 67 matchs en saison régulière et ne commence que 6 rencontres. Le temps de jeu d’OG est resté inchangé et ses statistiques offensives ont légèrement augmenté d’une année à l’autre, mais on note une sensible chute en termes d’efficacité. Cette saison laborieuse se termine par une opération de l’appendicite qui va empêcher le jeune ailier de participer à la campagne victorieuse de son équipe.

Photo : Vaughn Ridley/Getty Images

Le comeback très réussi de OG

L’intersaison des Raptors fut plutôt mouvementée. Green et Kawhi — deux joueurs déterminants dans la conquête du trophée Larry O’Brien — font leurs valises pour la Californie. On ne note aucune arrivée importante, le Front Office des Raptors choisit de jouer la carte de la continuité. OG intègre alors le cinq majeur de Toronto. En plus de cela, Ujiri décide d’activer la team option sur la quatrième année de son contrat, qu’il n’a pas encore entamée. Ces deux actes sont une réelle preuve de la confiance que lui accorde sa franchise.

C’est un OG déterminé que l’on retrouve dès le début de l’exercice 2019-2020. Durant cette première partie de saison, Anunoby confirme qu’il dispose de compétences athlétiques au-dessus de la moyenne, de solides atouts défensifs, ainsi que d’un tir extérieur fiable et en constante évolution. C’est un véritable besogneux qui n’a pas peur d’aller au mastic. Son profil de two-way player est très intéressant dans la NBA actuelle, mais il montre une limite dans la création offensive pour ses coéquipiers. Il prouve cette saison qu’il est capable d’avoir des coups de chaud au scoring, mais il va devoir se muer en playmaker et scoreur régulier pour devenir un top ailier de la ligue.

Un aspect du jeu sur lequel l’athlète de 22 ans a particulièrement travaillé, c’est les paniers générés en isolation. Cette capacité lui permettra certainement d’étoffer son bagage offensif. Il s’inscrit parfaitement dans le 5 de Nick Nurse, et est l’un des éléments majeurs de la réussite des Raptors qui se classent actuellement à la deuxième place à l’Est. Son temps de jeu a considérablement évolué, il est passé de 20 minutes par match la saison dernière à 29 minutes cette année. Il tourne à 10,2 points, 5,4 rebonds et 1,25 passe décisive de moyenne. Des statistiques solides qui peuvent encore être améliorées.

Remplacer l’un des meilleurs joueurs de la ligue est une perspective intimidante, quel que soit le scénario. Mais Oguagua Anunoby Jr relève le défi d’une belle manière. Le 23e choix de la Draft 2017 montre match après match qu’il a tout pour devenir le futur de Toronto et peut-être même le futur de la NBA. L’histoire reste à écrire.

Photo : Bleacher Report

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