Le sacre de 2010 : Kobe à son apogée

by Thibaud Hue
Kobe Bryant célèbre le titre des Los Angeles Lakers face aux Boston Celtics en 2010

À l’occasion de cette semaine hommage à Kobe Bryant, tragiquement décédé, L’Analyste revient sur la vie d’une légende. En 2010, il est au sommet de sa carrière de basketteur. Sa saison, auréolée d’exploits collectifs et individuels, est ponctuée par un cinquième et dernier sacre légendaire en finale NBA face aux Celtics, ses éternels rivaux.

Fort de ses deux dernières saisons, durant lesquelles Kobe glanera son premier titre de MVP (2008) et sa quatrième bague face à Orlando (2009), il entame dans de bonnes conditions la nouvelle décennie. Lamar Odom, Luke Walton, Pau Gasol, Derek Fisher… Avec un effectif de première classe, les Lakers sont à nouveau favoris. De plus, le roster s’est renforcé pendant l’intersaison, le front office ayant récupéré l’agent libre Ron Artest, en provenance de Houston.

Dominants, les Angelinos cavalent en tête de la conférence Ouest. Pendant la régulière, Bryant ne manque pas d’occasions pour briller à titre individuel et multiplie les performances au scoring. En janvier 2010, il devient ainsi le plus jeune joueur à dépasser les 25 000 points (dépassant Jerry West, Alex English et Reggie Miller). Les Lakers terminent finalement la saison sur le toit de la NBA, avec un bilan de 57 victoires pour 25 défaites. 

Une fracture à l’index

En tête de la course au MVP, une fracture à l’index en décembre freine ses statistiques. Il préfère alors concentrer son énergie sur les moments importants en s’économisant un maximum. Il inscrit ainsi pas moins de sept paniers au buzzer, une performance rare sur une saison régulière. Pour ne pas manquer de matchs, il refuse de se faire opérer. La star doit donc modifier sa technique de shoot pour ne pas trop se reposer sur son doigt blessé. Avec Chuck Person, entraîneur adjoint des Lakers, il ajuste sa mécanique pour que son index guérisse pendant qu’il joue. Une blessure qu’il traîne jusqu’au premier tour des playoffs face au Thunder. Gêné, il lâche deux matchs dans l’Oklahoma. La série est finalement remportée 4-2. Son doigt est annoncé guéri alors qu’il s’apprête à affronter le Jazz en demi-finale. Avec 32 points de moyenne et 52 % au shoot sur la série, l’ailier sweep Utah et confirme son rétablissement. 

Kobe Bryant lors des playoffs NBA en 2010 avec les Lakers. (Photo : Reuters/Lucy Nicholson)

En finales de conférence, la tâche se complique face aux Suns de Steve Nash. La série est disputée et les deux franchises tiennent bon à domicile. Le Staples sera le théâtre de la 5e confrontation. À la fin du match, Richardson égalise pour les Texans grâce à un improbable shoot à trois points contre la planche. Il reste seulement trois secondes sur l’horloge. Kobe tente un dernier tir. Bien défendu, son shoot ne touche pas l’arceau et retombe miraculeusement dans les mains de Ron Artest qui la dépose dans le panier au buzzer pour la victoire. Lors du match 6, Kobe s’illustre avec 37 points pour faire craquer les Suns, 4-2. Il signe ainsi sa meilleure série en carrière, avec 33,7 points, 7,2 rebonds et 8,3 passes de moyenne à 53 % au tir. Direction les Finales NBA, les sixièmes du Black Mamba et les troisièmes en trois ans.

Des retrouvailles au sommet

Les retrouvailles au sommet avec les Celtics de Ray Allen, Kevin Garnett et Paul Pierce sont symboliques. Si la rivalité entre les deux franchises ne date pas d’hier, elle n’avait pas été aussi intense que depuis le duel entre Bird et Magic dans les années 80. Les deux équipes s’étaient déjà croisées lors des finales de 2008, lors desquelles Boston avait maîtrisé Los Angeles (4-2). Le compétiteur né qu’est Kobe Bryant sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Une deuxième défaite en trois ans contre les C’s serait un aveu de faiblesse qu’il ne peut se permettre.

Face à la meilleure défense de la ligue, il peine à porter son équipe au scoring et perd de nombreux ballons (3,9 par match). Lors du premier match, malgré 4 turnovers et 45 % au shoot, il inscrit 30 points et s’impose à domicile, 102-89. Les Lakers concèdent le match 2 à un Ray Allen en furie (32 points) qui rentre huit paniers à trois points (sur onze tentés). Il établit ainsi nouveau record en Finales NBA, récemment battu par Stephen Curry lors des finales de 2018 contre les Cavaliers.

Kevin Garnett fait faute sur Kobe Bryant lors des Finales NBA 2010.
Photo : Jim Davis/Globe Staff

Le troisième match est remporté par les Lakers qui prennent la tête, 2-1. Les hommes de Phil Jackson auront été sérieux de bout en bout, portés par les 29 points de Kobe et les 12 points de Lamar Odom, très utile en sortie de banc. C’est encore un sixième homme qui sera la clé de la victoire dans le match 4, pour Boston cette fois, qui recolle à 2-2. En effet, Glen Davis inscrit 18 points dont 9 dans le dernier quart-temps. Kobe est impuissant malgré ses 33 points.

Retour à Los Angeles. Maladroits, les Purple & Gold ne trouvent plus le chemin des filets. Bryant en profite pour offrir l’une de ses plus belles performances en carrière pour revenir au score. Pendant quatre minutes et quarante secondes, il inscrit 17 points à 100 % au shoot. Tout son arsenal offensif y passe et il termine sa prestation par un tir à trois points à neuf mètres. Malgré ses 38 points, il est trop seul. Impossible de lutter face au collectif huilé de Boston en état de grâce. 27 points pour Pierce, 18 points pour Rondo et pour Garnett, les Celtics mènent 3-2.

Ce match 6 au TD Garden est joué avec une intensité rare. Phil Jackson sait qu’il doit resserrer ses lignes défensives pour espérer arracher une dernière manche. La franchise est au bord de l’élimination. Tout en contrôle, les Verts seront muselés de bout en bout. Catastrophiques en attaque, seul Ray Allen dépasse la barre des 15 points. En présence d’un Pau Gasol de gala (17-13-9), les Lakers compteront même jusqu’à 27 points d’avance dans le dernier quart-temps. Score final : 89-67. Un septième match aura bien lieu en Californie.

C’est probablement l’un des matchs les plus importants de toute sa carrière. Kobe le sait. À 32 ans, les occasions de gagner une nouvelle bague risquent de manquer, il ne peut pas échouer. Pour la cinquième fois de l’histoire, les deux franchises vont s’affronter lors d’un game 7. Jusqu’ici, Boston les a tous remportés. Bryant est très maladroit. Heureusement, il inscrit 10 de ses 23 points dans le dernier virage. Les Celtics, qui ont longtemps mené, voient leurs adversaires revenir à hauteur grâce à un trois points de Derek Fisher, 64-64. Il ne reste plus que cinq minutes à jouer et Kobe donne l’avantage à son équipe avec un lancer franc. Grâce à leur pivot espagnol, les hommes de Phil Jackson gardent les commandes. Gasol provoque des fautes et inscrit 7 points dans le money time. À moins de 16 secondes du terme, Rajon Rondo ramène les siens à deux longueurs avec un shoot clutch derrière l’arc, 81-79. Suite à une faute de Ray Allen, Vujacic convertit ses deux lancers, 83-79. Malgré une ultime tentative à trois points, les C’s s’inclinent et les Lakers triomphent. Une victoire collective puisque l’arrière a pu se reposer sur ses coéquipiers Gasol (19-18-4) et Ron Artest (20-5-1).

Kobe Bryant entouré de ses deux filles : Natalia et Gianna avec son deuxième trophée de MVP des finales en 2010.
(Photo : Mike Blake/Reuters)

Après des finales compliquées, Kobe Bryant est définitivement au sommet de sa carrière avec une cinquième bague de champions et un deuxième trophée de MVP des finales. Que ce soit au niveau de son leadership, de sa technique ou de son impact sur le parquet, ses prestations en playoffs 2010 l’ont fait changer de dimension. L’ailier a reconnu ensuite que cette bague avait été la plus dure à conquérir. Statiquement, sa campagne est impressionnante : 29 points, 6 rebonds et 5,4 passes de moyenne sur 23 matchs. Après son three-peat au début des années 2000 en compagnie du Shaq, il boucle un back-to-back, seul leader, pour terminer la décennie. À l’apogée de son succès.

Si son dernier titre n’est pas celui dont on parle le plus, il est celui qui représente le mieux le sportif qu’était Kobe Bryant : un travailleur et un compétiteur hors du commun. Leader dans l’âme, il a su s’adapter à un nouvel effectif pour aller chercher une dernière victoire en Finales NBA, dix ans après son premier titre en carrière.

Photo : Bob Rosato/Sports Illustrated via Getty Images

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